Durant le temps des Fêtes, je suis passée faire une course dans un supermarché. Il y avait tellement de gens qui faisaient la file pour passer aux caisses que l’entrée du supermarché était complètement accaparée par des rangées de paniers.

Les présomptions

CHRONIQUE / Ça n’a pas duré 30 secondes, mais ça semble beaucoup plus long quand je rejoue la scène dans ma tête.

Durant le temps des Fêtes, je suis passée faire une course dans un supermarché. Il y avait tellement de gens qui faisaient la file pour passer aux caisses que l’entrée du supermarché était complètement accaparée par des rangées de paniers.

Alors que je tentais de me frayer un chemin pour rejoindre la première allée libre et me diriger vers les produits que j’étais venue chercher, me voilà coincée entre une file et une dame qui arrive dans l’autre sens et qui me bloque le chemin avec son panier.

Un couple qui attendait pour payer ses achats se trouvait alors tout juste à côté de moi. La femme, faisant mine de murmurer, mais parlant assez fort pour que je puisse bien l’entendre, dit à son mari, sur un ton exultant la hargne :

« Fais attention, va te placer là, la jeune à gauche essaie de nous dépasser avec son gâteau en boîte. »

Je revenais de la librairie d’à côté où j’avais acheté un jeu de société dont la boîte était, en effet, similaire à celle des gâteaux qu’on retrouve dans la section des produits surgelés.

Il fut un temps où je n’aurais pas été capable de répondre quoi que ce soit. Mais ce jour-là, je me suis retournée.

« Ce n’est pas un gâteau, mais un jeu », ai-je dit à la dame en lui montrant l’objet en ma possession, sur lequel était aussi apposé la facture attestant de mon achat. « C’est un peu insultant que vous me prêtiez de telles intentions. »

Il fallait bien être dans un supermarché pour déguster toutes les savoureuses nuances de la déconfiture de son faciès qui s’est déployé au ralenti sous mon regard.

« J’apprécierais des excuses, Madame », lui ai-je dit.

Déculottée, l’inconnue a bredouillé une excuse, ce à quoi j’ai répondu « Bien. » Et j’ai tourné les talons alors que la voie s’était soudainement libérée devant moi.

Je l’ai ensuite entendue m’invectiver et me hurler de me « calmer le pompon » alors que je réussissais à m’engouffrer dans les allées.

Perdre les pédales

Avouons-le : on ressent toujours un petit frisson de plaisir quand on remet à sa place quelqu’un qui s’en permet un peu trop. C’est jouissif, même.

N’empêche, il y a quelque chose de très frustrant aux présomptions.

Il nous arrive tous de sauter trop vite aux conclusions. De juger quelqu’un au premier regard. De supposer de l’intention de quelqu’un sans prendre le temps de vérifier si notre intuition est bonne.

Les maudites présomptions. Si seulement on prenait une seconde pour se remettre en question plutôt que de se donner automatiquement raison, la Terre serait sûrement un lieu plus pacifique, ne croyez-vous pas ?

Si je fus la cible des présomptions de la dame du supermarché, loin de moi la prétention d’être parfaite. J’ai déjà, moi aussi, succombé à des préjugés. Pas plus tard que l’été dernier, par exemple, lors d’une sortie à vélo en solo.

Je venais tout juste d’entreprendre ma balade quand je suis arrivée à une intersection fort achalandée près de chez moi.

Comme toujours, j’ai attendu que le feu devienne vert en ma direction. À cet endroit, le feu piétonnier s’active en même temps, interdisant aux véhicules qui se trouvent derrière moi de tourner à droite pendant 30 secondes, pour me permettre de franchir le large boulevard qui croise cette artère.

J’entreprends la traversée. Quelques secondes plus tard, me voici au terre-plein central. Quelques secondes encore, et me voilà tout près d’arriver de l’autre côté du boulevard.

À cet instant précis, une voiture qui y circulait est arrivée à ma droite et, sans même ralentir, a entrepris un virage à droite au feu rouge.

Il s’en est fallu de quelques pouces à peine, mesdames et messieurs, pour que cette simple anecdote ne tourne au drame.

Heureusement, mes réflexes de jeune trentenaire m’ont servie, et je suis parvenue à gagner la piste cyclable in extremis, non sans laisser aller un juron bien senti. Je suis descendue de ma monture pour me remettre de mes émotions.

Sans s’arrêter, l’automobiliste s’est ensuite introduit dans le stationnement d’un commerce tout près de là.

Ici, dois-je préciser, j’ai malheureusement fait une présomption. Comme la voiture, si ma mémoire est bonne, était de marque Honda, de couleur noire et avait un aileron sur le coffre, j’ai rapidement supposé qu’elle était conduite par un jeune portant une casquette à l’envers convaincu que la route lui appartenait.

Première erreur.

C’est une dame d’un certain âge qui est sortie de l’automobile. Elle s’est approchée de moi, sans traverser la rue, en criant, les bras en l’air.

En la voyant ainsi m’invectiver, j’étais prête, moi aussi, à laisser tomber les gants. Je lui ai crié que le feu était vert.

Et plus elle se rapprochait, plus j’ai compris que j’étais dans l’erreur. La pauvre dame était en pleurs. Elle ne m’avait pas vue et tenait à s’excuser.

Ce qui devait être un affrontement s’est finalement avéré un beau moment d’humanité où, après avoir échangé quelques mots, la dame et moi nous sommes souhaitées de passer une belle journée. Puis, nous avons poursuivi notre chemin.

Ma présomption était fausse. Et moi aussi je dois des excuses à tous les conducteurs de voitures de marque Honda noires avec un aileron sur le coffre !

Décore ta vie

Vous avez été nombreux à m’écrire en lien avec ma chronique de la semaine dernière, dans laquelle je vous racontais que je n’ai jamais utilisé mes précieux autocollants de peur de les gâcher en les appliquant sur un futile objet.

Comme il n’est jamais trop tard pour bien faire, j’en ai acheté plusieurs pour orner mon nouvel agenda annuel. Et j’en suis ravie !

Nouvelle année, nouvelle attitude !