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Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
Marie-Ève Martel
Quand on y pense, la vie est une espèce de gros sablier où chaque grain de sable représente une expérience de vie. Les grains qui représentent les premières fois s’écoulent vers le bas, pour s’accumuler au fond du contenant.
Quand on y pense, la vie est une espèce de gros sablier où chaque grain de sable représente une expérience de vie. Les grains qui représentent les premières fois s’écoulent vers le bas, pour s’accumuler au fond du contenant.

Les petits deuils

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CHRONIQUE / Vous souvenez-vous de toutes vos premières fois? Règle générale, on leur accorde beaucoup d’importance. Les premières fois sont célébrées, car elles incarnent des jalons atteints, des étapes de vie franchies, des rites de passage.

Symboles de notre indépendance acquise graduellement, elles démontrent, indubitablement, qu’on ne peut arrêter l’écoulement des secondes, qui se fondent en heures, qui à leur tour deviennent des jours, des mois, puis des années.

Le premier souffle. Le cri primal.

Les premiers pas. Le premier pipi dans le pot. Le premier jour d’école. 

Le premier regard. Le premier amour. Le premier baiser. La première peine d’amour.

Pour les filles, les premières règles. La première fois.

Le premier emploi. La première voiture.

Le premier jour du reste de notre vie.

Le premier cheveu gris.

Quand on y pense, la vie est une espèce de gros sablier où chaque grain de sable représente une expérience de vie. Les grains qui représentent les premières fois s’écoulent vers le bas, pour s’accumuler au fond du contenant. 

Plus le temps passe et plus le sable se transverse du haut vers le bas du sablier et moins il reste de premières fois à vivre.

Plus le temps passe et plus les expériences s’approchent de leur dernière occurrence.

La vie qui passe est aussi et ainsi parsemée de petits deuils. Comme les premières fois, les petits deuils témoignent qu’on grandit, qu’on vieillit. Contrairement aux premières fois, qui restent ancrées dans notre mémoire, on ne réalise pas sur le coup qu’on vit un petit deuil. On a tendance à toujours penser qu’il y aura une prochaine fois; et un jour, ça nous frappera. Il n’y en aura pas.

La dernière fois qu’on a marché à quatre pattes, qu’on a rampé. La dernière fois que nos parents nous ont soulevé du sol pour nous prendre dans nos bras.

La dernière couche qu’on a portée. Le dernier pipi au lit. La dernière purée.

La dernière fois qu’on a roulé sur un vélo équipé de petites roues.

La dernière journée à la garderie, à l’école primaire ou la dernière journée de nos études.

La dernière fois qu’on a joué dehors avec nos amis.

Le dernier baiser avant la rupture. 

Le dernier regard sans au revoir.

La pandémie a donné lieu à des petits deuils, qu’on espère aussi temporaires.

La dernière fois qu’on a fait un câlin à un proche.

Le dernier souper entre amis.

Puis, il y a de ces deuils qui font plus mal et qui sont amenés à se multiplier avec le temps, signe une fois de plus que la vie poursuit son chemin, telle une rivière qui s’écoule tout doucement dans son lit.

La dernière fois qu’on parle à quelqu’un sans savoir qu’on ne lui dira jamais au revoir une fois de plus.

Les derniers pas.

La dernière demeure.

Un dernier regard.

Il peut être douloureux de réaliser que certaines occurrences ne se reproduiront plus dans notre vie. De comprendre qu’une étape est derrière nous.

Mais peut-être que certains petits deuils seraient plus faciles à vivre si on célébrait, à la manière des premières fois, ce qu’ils ont incarné.

Les petits deuils, ce sont les cailloux que la vie laisse derrière son passage.

Pour qu’on n’oublie jamais tout le chemin parcouru et qu’on chérisse toutes ces expériences.

Cette chronique fera relâche la semaine prochaine.