Marie-Ève Martel
Tout ce dont le vieux matou a besoin, c’est d’un peu d’aide des passants qu’il croise et des gens chez qui il se rend pour apporter un peu de bonheur.
Tout ce dont le vieux matou a besoin, c’est d’un peu d’aide des passants qu’il croise et des gens chez qui il se rend pour apporter un peu de bonheur.

Le vieux matou

CHRONIQUE / Il doit bien être rendu à sa troisième ou cinquième vie, le vieux matou.

Encore aujourd’hui, à 85 ans, il est encore là.

À une certaine époque pas si lointaine, le matou, qui n’était alors pas si vieux, s’arrêtait à presque toutes les portes. Ruelles, petits appartements, logis modestes, fermettes, manoirs ou châteaux; pour le félin, ça ne faisait pas de différence. Il allait là où on voulait bien de lui.

Les gens aimaient bien ce chat porteur de présages et lui donnaient de quoi manger.

Tout le monde connaissait le vieux matou. On l’appréciait.

C’était le bon vieux temps.

Au fil des années, il a vu neiger le vieux matou. Il a vu bien des printemps. Il a vu les gens vieillir, il a vu les générations se succéder.

Lui aussi vieillissait. Mais il était toujours là. Et il n’a jamais perdu de sa fougue.

Un jour, les gens s’étaient habitués à la présence du matou, comme s’il ne disparaîtrait jamais. Graduellement, ils l’ont oublié. Certains ont cessé de le nourrir, puisque d’autres le faisaient.

Mais un jour, le vieux matou pourrait bien mourir de faim.

Ça fait des années qu’on le condamne à mort. Qu’on dit que son temps est fini, qu’il est voué à disparaître.

À mourir de sa belle mort.

Plus personne n’aime les vieux matous. C’est bien plus mignon un chaton!

Mais chaque fois, le vieux matou est resté. Il a neuf vies, qu’on dit.

Le vieux matou a toujours fait mentir les mauvaises langues.

Comme tout chat qui se respecte, le vieux matou a toujours tenu à son indépendance. Et le fait d’avoir changé de maître quelques fois au cours de ses 85 ans d’histoire ne lui a pas fait perdre son désir de liberté.

Bien au contraire. Après avoir failli y passer, c’était au mois d’août de l’an dernier, il a ressenti plus que jamais le besoin d’être libre.

Pour sa nouvelle vie, entamée il y a quelque temps, le vieux matou a choisi d’être le seul maître de sa destinée.

Encore une fois, il s’est trouvé des mauvaises langues pour prédire sa fin, une fois de plus.

Tout seul, le vieux matou? Il ne passera pas l’hiver!

Eh bien, si. Il roulait tranquillement sa bosse, se permettant même un ronron de temps en temps.

Tout ce dont le vieux matou a besoin, c’est d’un peu d’aide des passants qu’il croise et des gens chez qui il se rend pour apporter un peu de bonheur.

Et puis clac! La pandémie est arrivée.

Comme bien d’autres, le vieux matou a connu la faim.

Il a maigri, le pauvre...

Mais comme un chat a plusieurs vies, il est encore là.

À ce stade-ci de la lecture de cette chronique, vous avez compris que le vieux matou n’est pas vraiment un chat.

Pourtant, La Voix de l’Est et un félin ont ceci de commun qu’ils auraient, selon la légende, neuf vies.

Ça n’a pas toujours été facile. Il a fallu s’adapter pour survivre.

Mais voilà 85 ans que, peu importe nos moyens et nos ressources, notre équipe parvient à livrer chaque jour les nouvelles de notre région. Voilà 85 ans que des centaines d’artisans, se relayant les uns les autres, investissent coeur et passion dans ce journal qui fait également notre fierté.

Les mauvaises langues diront que les beaux jours de La Voix de l’Est sont derrière, mais j’ai espoir qu’il en reste encore de formidables à venir.

Certes, le format changera, pour mieux répondre à la réalité d’aujourd’hui. Mais la qualité et le dévouement qui nous permettent de célébrer aujourd’hui huit décennies et demie d’existence demeureront.

Certes, des choses ne seront plus gratuites. Mais rien n’est gratuit dans la vie.

Essentiellement, les nouvelles que vous lisez en ligne ne sont que la pointe d’un immense iceberg. Toute la partie immergée, c’est le temps passé à déterminer les sujets de reportage, les heures de recherche, la réalisation d’entrevues, le tri des informations recueillies, la rédaction du texte, la prise de photos, la correction, la mise en page et la mise en ligne, sans compter l’impression, la distribution et la livraison du journal. Il faut aussi ajouter tout le travail en périphérie de nos collègues au service à la clientèle, à la publicité, à l’infographie, à l’administration et au soutien technique, pour ne nommer que ceux-là. Pour poursuivre notre mission, il est essentiel d’obtenir le juste prix.

Le vieux matou continuera de venir à votre rencontre. Il le fera tout simplement autrement, car il est là pour rester.