Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
Marie-Ève Martel
Celeste Barber excelle pour nous ramener sur le plancher des vaches en nous montrant que sans la magie du maquillage, de Photoshop et du gars des vues, très peu de tout cela serait possible.
Celeste Barber excelle pour nous ramener sur le plancher des vaches en nous montrant que sans la magie du maquillage, de Photoshop et du gars des vues, très peu de tout cela serait possible.

L’art de ne pas se prendre au sérieux

CHRONIQUE / Ce que j’aime le plus de vieillir, c’est le lest dont on se défait en arrêtant de s’en faire pour des broutilles.

Il y a tellement de choses qui me préoccupaient pendant ma vingtaine, et qui, désormais bien assise dans la trentaine, me semblent désormais insignifiantes...

L’approbation des autres et la peur d’avoir l’air fou en font partie.

Tant pis, donc, si vous n’aimez pas ma petite danse improvisée ici ou si mon apparente désinvolture vous indispose.

J’ai l’intime conviction que ce lâcher-prise m’épargnera quelques rides et quelques cheveux blancs.

Tout ça m’amène à vous parler d’une de mes idoles, Celeste Barber.

Vous ne la connaissez pas ? Vous manquez quelque chose !

La comique australienne au prénom cosmique est passée maître dans l’art de parodier des étoiles, célébrités et mannequins dans des contextes où ils semblent démontrer des capacités surhumaines.

Celeste, elle, excelle pour nous ramener sur le plancher des vaches en nous montrant que sans la magie du maquillage, de Photoshop et du gars des vues, très peu de tout cela serait possible.

Celeste, c’est la femme de tous les jours. La femme au corps moyen qui est belle telle qu’elle est, mais dont le sens de l’humour la fait rayonner. C’est la mère de famille typique, fatiguée, qui rêve d’un verre de vin et d’un temps de repos. C’est celle qui malgré tous ses efforts, ne parvient pas à avoir la grâce des femmes qu’elle imite grossièrement, le tout dans l’optique de nous rappeler avec humour que l’image de la femme qui est véhiculée par des médias et la publicité est généralement irréaliste et inatteignable.

Parfois, quand la tête me tourne et que je sens le tambour de mon anxiété battre à l’intérieur, je prends quelques instants pour regarder les exploits de Celeste. Des exploits, oui, car l’humoriste n’hésite pas à faire toutes sortes d’acrobaties et de faciès pour nous faire rire, tout simplement.

Et c’est là toute la beauté de la chose. L’exagération de Celeste démontre qu’elle est loin de se prendre au sérieux, contrairement aux multiples Venus qu’elle mimique avec les moyens du bord sur les réseaux sociaux.

Ça nous arrive à tous d’avoir un moment « Celeste Barber » de temps en temps. En fait, c’est surtout une affaire de filles, je crois.

Suffit de sortir de chez soi, un beau jour, très fière de sa tenue. Le p’tit kit parfait, qui donne un boost à notre estime de soi. On sort de chez soi prête à conquérir le monde, et on marche avec assurance. On a presque l’impression que le temps ralentit sur notre passage, ou bien qu’on avance au rythme d’une musique qui n’existe que dans notre tête, mais qui fera en sorte que les passants se retourneront sur notre passage.

Et paf ! On trébuche. Ou bien on réalise, arrivée au boulot, que la statique de la sécheuse a collé un bas en arrière de nos jeans, qu’on s’est maquillé un seul œil, etc.

Et si, plutôt que d’en être gênée, on essayait d’en rire ?

Ça me fait penser que ma collègue Isabelle, elle, affectionne particulièrement Audrey Nethery, une petite fille souffrant d’une rare maladie de la moelle osseuse qui lui donne l’air d’être beaucoup plus jeune que son âge réel. On reste d’ailleurs surpris d’apprendre qu’elle est aujourd’hui âgée de 11 ans.

Audrey adore chanter et est devenue fort populaire sur les médias sociaux depuis quelques années, quand ses parents ont décidé de diffuser des vidéos d’elle en pleine action pour mettre en lumière son état de santé particulier et rarissime.

On ne peut rester insensible aux images de la fillette qui chante et qui danse avec une énergie qui fait croire qu’il n’y aura pas de lendemain.

On ne peut rester insensible aux images d’Audrey Nethery, qui chante et qui danse avec une énergie qui fait croire qu’il n’y aura pas de lendemain.

« Elle se donne », comme on dit, et c’est cette candeur d’enfant qui rend le tout si magique et beau à regarder.

Allez voir une de ses vidéos et essayez de ne pas sourire.

Quelle attitude et quel laisser-aller !

C’est malheureusement quelque chose qui semble se perdre alors qu’on navigue dans les eaux troubles de l’adolescence vers l’âge adulte, mais qui semble refaire surface de temps en temps dans les bars à karaoké quand certains ont bu quelques verres de trop...

J’en connais plein qui laissent toute la place à leur Audrey intérieure quand elles font le ménage, par exemple.

C’est un cliché bien répandu : le passage de l’aspirateur et du chiffon deviennent des concerts impromptus devant un public en délire invisible lors desquels on s’imagine avoir la voix d’Adele et le swag de Beyoncé.

Mais oh, ce qu’on rougit si on se fait interrompre par un spectateur en chair et en os !

Pourtant, il n’y a pas de honte à avoir.

Et puis, si c’est ça que ça prend pour avoir du plaisir à faire des tâches ménagères...

Why not ?

Si Celeste nous rappelle que la perfection n’est pas vraiment de ce monde et qu’il n’y a rien de mal à être dans la moyenne, Audrey nous enseigne à vivre pleinement chaque moment.

Et dans les deux cas, tant pis pour ce que pensent les autres, la vie est trop courte pour se prendre constamment au sérieux.

Combien de regrets peut-on attribuer à la gêne ou au regard pesant des autres ?

Sûrement trop.

Pas mal convaincue qu’on a tous une Céleste et une Audrey qui sommeillent en nous. On devrait peut-être les réveiller plus souvent, ça ferait du bien...

Ça devient de plus en plus facile avec la pratique, croyez-moi. Tellement qu’on n’a plus envie de les laisser dormir à nouveau...

Avoir du fun, n’est-ce pas là l’ultime succès de la vie ?