Marie-Ève Martel
Certaines résidences ont de quoi faire rêver de par leur grandeur, leur décoration impeccable et leurs commodités qui suggèrent une vie confortable à l’abri du besoin.
Certaines résidences ont de quoi faire rêver de par leur grandeur, leur décoration impeccable et leurs commodités qui suggèrent une vie confortable à l’abri du besoin.

Je suis une voyeuse

CHRONIQUE / Je l’admets : je suis voyeuse. Une voyeuse à temps partiel, mais une voyeuse assumée. J’aime m’immiscer sans vergogne dans l’intimité des gens, tenter de déceler des bribes de leur vie, déduire quels sont leurs goûts ou quel est leur tempérament, le tout en me fiant aux indices que me procure leur univers...

Je m’adonne à mon vice encore plus par les temps qui courent, parce que le printemps est généralement le meilleur temps de l’année pour zieuter en toute impunité.

Confinée dans ma maison sans possibilité d’aller chez les autres, j’ai tout de même trouvé une manière de m’inviter chez des inconnus dans le plus grand des secrets.

C’est un plaisir coupable : j’adore regarder chez les autres. Une vraie « scéneuse », aurait dit ma grand-mère.

Mais attention, je ne me colle pas le visage sur les fenêtres du voisinage pour épier autrui. Je préfère de loin assouvir ma curiosité à distance, de concours avec la complicité des propriétaires qui m’ouvrent virtuellement leur porte.

J’adore les émissions de rénovation où on transforme complètement une pièce ou une aire de vie, ou bien celles où des familles visitent plusieurs résidences pour ensuite arrêter leur choix sur leur futur nid.

Même que ça me rend parfois jalouse, car l’envie de tout démolir pour réaménager ma salle familiale est tentante, si ce n’est pas carrément de déménager !

Je ne le fais pas pour juger, non : les goûts, ça ne se discute pas... n’est-ce pas ?

En théorie.

Quoique parfois, c’est difficile de résister à la tentation...

Allons, soyons honnêtes : autant il y a de jolies maisons bien entretenues et savamment décorées, autant on retrouve des taudis ou des résidences dont l’esthétisme laisse à désirer.

Mon petit péché inoffensif m’amène également à regarder les annonces de maison à vendre sur Internet.

Quand j’étais petite, je pouvais passer des heures à regarder les propriétés à vendre sur le canal Télé-achat. Le poste deux. Vous vous souvenez ? Une série d’annonces défilant les unes après les autres, le tout doublé d’une voix masculine très suave qui décrivait chaque maison.

« Une visite vous convaincra », disait souvent le narrateur de sa voix grave et posée.

Il y avait aussi des voitures et une catégorie qui s’appelait Pêle-mêle, mais je préférais de loin les maisons.

Je pense que mon vice est né à cette époque.

J’ai des collègues et des voisins qui tentent de se défaire de la leur ces temps-ci, comme certaines personnalités publiques. Je n’ai jamais eu l’occasion d’aller les visiter chez eux, mais je me suis offert un tour du propriétaire sans qu’ils le sachent.

Que ce soit un condo, un chalet ou un bungalow, un manoir ou un taudis, j’ai l’impression que les galeries de photos de propriétés à vendre sont une fenêtre sur l’humanité en général.

Une façon de s’évader tout en demeurant dans le confort de son chez-soi, une activité pas mal à la mode ces temps-ci.

Certaines résidences ont de quoi faire rêver de par leur grandeur, leur décoration impeccable et leurs commodités qui suggèrent une vie confortable à l’abri du besoin.

Trois garages ? Une salle de cinéma ? Des piscines intérieure ET extérieure ?

J’ai même déjà vu une maison en bordure d’un lac et dont le terrain était si grand que les propriétaires avaient fait aménager un bâtiment abritant une cuisine près du plan d’eau.

Bien oui, c’était tellement loin de se rendre de la véritable cuisine à la table extérieure que les repas avaient le temps de refroidir avant d’être savourés devant le paysage.

À l’inverse, il est parfois triste de regarder dans quel état une demeure est laissée, par négligence ou faute de moyens financiers pour payer les travaux.

Dans ce temps-là, j’espère que les gens qui la quittent s’en vont vers quelque chose de meilleur... et que l’acheteur est un brin bricoleur !

Certaines annonces de propriétés à vendre deviennent virales, que ce soit en raison de l’allure unique du décor ou parce que l’annonce de mise en vente est désopilante.

Ça m’était arrivé il y a trois ans, quand j’ai vendu mon condo pour ensuite acheter la demeure dans laquelle je réside toujours.

Avec le temps, j’ai découvert de véritables perles, comme cette fois où le photographe n’a pas remarqué que le chien de la maisonnée avait laissé un joli cadeau canin sur le tapis du salon... sans oublier cette autre propriété où, par oubli sans doute, un godemichet trônait fièrement sur la table de chevet de la chambre des maîtres.

Une des propriétés qui m’a le plus fait rire, c’est cette somptueuse résidence dans le secteur de Philadelphie, en Pennsylvanie. Nichée dans un quartier plutôt cossu doté de bonnes écoles, la maison semble tout à fait normale au premier regard.

Un foyer digne d’une famille américaine bien nantie, quoi.

En parcourant l’album photos — et les nombreuses pièces de la maison —, on finit toutefois par tomber sur son secret bien gardé. Le sous-sol est aménagé en donjon sexuel qui ferait rougir Christian Grey !

De quoi donner un tout autre sens à « cette propriété saura vous charmer »...

Pour conclure cette petite pensée du samedi, je vous cite l’ancien maire du Plateau Luc Ferrandez, qui a eu le grand malaise de constater que des agents immobiliers font encore la promotion de maisons dotées d’une « vue à couper le souffle » pendant la pandémie de la COVID-19.

Ça ne s’invente pas.