Il est sidérant de voir qu’il est encore possible, en 2020, qu’une école, même catholique privée, puisse expulser aussi ouvertement un élève sur la base présumée de son identité sexuelle.

Arc-en-ciel et nuances de gris

CHRONIQUE / Je l’admets, j’ai vu rouge.

Je suis presque tombée à la renverse en lisant une des chroniques de Denise Bombardier, publiée lundi. Au fil du temps, elle nous a habitués à en lire des vertes et des pas mûres, mais là...

La dame y écrit essentiellement qu’il n’y a rien de surprenant à voir nos enfants anxieux, avec tout ce qui leur arrive désormais à un si jeune âge.

Séparation des parents et éclatement de la famille ; roulement inquiétant d’enseignants dans les classes ; éco-anxiété due aux changements climatiques. Soit.

Là où j’ai décroché, c’est quand Mme B. dénonce « la rectitude politique nourrie du relativisme » enseignée dans nos écoles, qui contribue, selon elle, à stresser les élèves, qui « se font mettre en garde contre l’intolérance par des enseignants adeptes de la fluidité des genres ».

« Une garderie de Notre-Dame-de-Grâce reçoit régulièrement une drag queen avec la bénédiction de la directrice et l’assentiment des parents. Le travelo lit des contes aux enfants bluffés par son déguisement », écrit la chroniqueuse du Journal de Montréal.

Ayoye !

En quoi une heure du conte animée par une drag queen est-elle différente d’une heure du conte où la lectrice est déguisée en princesse, en clown ou en lapin de Pâques ?

Les enfants perçoivent le personnage ; pour eux, c’est un divertissement. Ils n’ont pas besoin de comprendre le contexte social entourant l’existence des drag queens pour apprécier le spectacle.

Lorsque Mme Bombardier affirme que ce genre d’initiatives a de quoi névroser la jeune génération, j’ai envie de lui rappeler que la fermeture d’esprit de la sienne a rendu des gens anxieux toute leur vie, tout simplement parce qu’on ne leur a pas laissé le choix d’être eux-mêmes à la lumière du jour.

Ce n’est que lorsqu’un adulte de leur entourage leur inculquera qu’il faut associer les drag queens à quelque chose de négatif qu’ils se mettront à le faire, le cas échéant. Ce sont des sophismes comme celui-ci qui cristallisent des préjugés dans l’esprit des adultes de demain.

Qui plus est, l’anxiété des enfants leur est souvent transmise par leurs parents, eux-mêmes anxieux, parfois sans le savoir.

Bref, l’anxiété, c’est beaucoup plus contagieux que l’homosexualité (ou la bisexualité, la pansexualité, alouette, vous voyez ce que je veux dire !)

Des études ont démontré que plus nous sommes exposés à une grande variété de choix, plus nous développons une certaine forme d’anxiété à l’idée d’avoir pris la mauvaise décision en laissant filer un choix plus avantageux.

Bref, en vertu de ce postulat, il est plus facile d’être satisfait de son choix quand on se fait offrir de la crème glacée à la vanille, au chocolat ou à la fraise que lorsqu’il y a des dizaines de saveurs toutes plus inusitées que les autres au bar laitier.

Mais avec un grand éventail d’arômes, tout le monde est certain de trouver un parfum qui lui convient.

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Tout ça m’a fait penser à une histoire qui avait défrayé les manchettes aux États-Unis, il y a environ deux semaines, quand une adolescente du Kentucky s’était fait expulser de l’école chrétienne privée qu’elle fréquentait parce qu’une photo d’elle célébrant son 15e anniversaire a été publiée sur les médias sociaux.

Pas de tenue provocante, pas de drogue, pas d’alcool. Non, la photo immortalisait la jeune fille, vêtue d’un chandail blanc orné d’un arc-en-ciel, devant un gâteau multicolore.

Un habit et une gâterie faisant la promotion d’un « style de vie inapproprié » et contraire aux valeurs prônées par l’école, qui a vu dans cette explosion de couleurs des références au drapeau de la fierté gaie.

Dans un courriel envoyé à la mère de l’adolescente, la direction de l’école a fait valoir que la photo de la jeune fille « démontrait des valeurs morales et culturelles contraires aux croyances de notre académie ».

Académie dont le guide de vie mentionnait spécifiquement que « l’amoralité sexuelle » et la défense/promotion de celle-ci étaient des péchés. Par amoralité sexuelle, l’école entendait l’infidélité, les relations sexuelles hors mariage de même que tout comportement qui déborde du cadre de l’hétéronormativité.

Il est sidérant de voir qu’il est encore possible, en 2020, qu’une école, même privée et aux États-Unis, puisse expulser aussi ouvertement un élève sur une présomption de son identité sexuelle, qui ne s’est d’ailleurs pas avérée dans le cas en question.

Pour un enfant, être expulsé de son école peut être un facteur important d’anxiété.

Dans ce cas-ci, les parents ont répliqué avec une poursuite. Heureusement...

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Il est vrai que depuis plusieurs décennies, l’arc-en-ciel est devenu un symbole indissociable de la communauté LGBTQ2+, illustrant toutes les nuances de genre, d’identité et d’orientation sexuelle qu’on retrouve dans la société.

Des nuances qui existent à l’intérieur même si certains les cachent à tout prix pour ne pas les voir et être confrontés dans leur échelle de gris.

Des nuances qui, contrairement à ce que pensent et prêchent plusieurs, sont aussi naturelles que le phénomène qui les représente, c’est-à-dire le croisement de gouttes de pluie avec les rayons du soleil.

Ce genre de situations démontre que pour bien des gens, tout est noir ou tout est blanc.

C’est triste.

L’école est un endroit où nos enfants explorent un éventail de possibilités et se découvrent en tant que personne, que ce soit leurs goûts, leurs habiletés et leur personnalité.

En aucun cas une école ne devrait brimer un élève dans ce qu’il est fondamentalement ; c’est contraire à sa mission qui est plutôt de l’accompagner dans son épanouissement personnel.

Après tout, le sens de la vie n’est-il pas d’en voir de toutes les couleurs ?