Marie-Ève Lambert
La Voix de l'Est
Marie-Ève Lambert
On a tous l’impression qu’il s’est écoulé plusieurs années depuis le début de la pandémie, en mars dernier. Imaginez à quel point cette crise sanitaire peut sembler interminable pour les enfants, pour qui le temps passe déjà plus lentement­ !
On a tous l’impression qu’il s’est écoulé plusieurs années depuis le début de la pandémie, en mars dernier. Imaginez à quel point cette crise sanitaire peut sembler interminable pour les enfants, pour qui le temps passe déjà plus lentement­ !

Une journée, c’est long longtemps...

CHRONIQUE / Ma dernière chronique sur la fermeture des écoles a beaucoup fait réagir. Certains partageaient mon opinion, d’autres pas. Pis c’est bien correct.

Par contre, j’ai été très surprise de constater que plusieurs lecteurs n’avaient retenu de mes quelque 800 mots qu’une ou deux petites phrases qui n’avaient même pas à voir avec le sujet principal de mon texte.

« Je vais rebondir là-dessus pour ma prochaine chronique », que je me suis promis. Mais j’ai envie d’écrire aujourd’hui sur autre chose que la COVID-19. Parce qu’il me semble qu’on ne parle que de ce maudit virus depuis des lunes, pis qu’on commence tous à être pas mal tannés. Sérieusement, je crois bien que dans un avenir rapproché, le mot « pandémie » aura 2020 comme synonyme dans le dictionnaire. Même quand on ne veut pas en parler, on y revient toujours.

Alors, on va essayer de se changer un peu les idées en ce long week-end, et pour ce faire, je vais vous faire une confidence.

La vitesse du temps

Je suis une maniaque des listes. J’en fais pour tout et pour rien. Ça me permet d’organiser un peu le fouillis dans ma tête. J’ai donc esquissé un petit sourire lorsque ma grande de sept ans m’est arrivée vendredi dernier avec, dans son petit calepin de licornes, sa to-do list de la fin de semaine. « Ça, c’est tout ce que je veux faire demain ! » qu’elle m’a lancé fièrement.

Elle y avait inscrit une dizaine d’activités. « T’es sure que tu vas avoir le temps de tout faire ça ? » que je lui ai demandé, perplexe devant un horaire si chargé. Sa réponse m’a laissée bouche bée : « Bin oui ! C’est long une journée, maman ! »

Sur le coup, j’ai failli riposter que je n’étais pas d’accord, mais je me suis ravisée. Je suis retournée en 1989, et effectivement, je me rappelle que les heures s’écoulaient lentement quand il me manquait mes deux palettes d’en avant, que les semaines paraissaient interminables, les week-ends hors de portée, et les vacances d’été éternelles.

Aujourd’hui, c’est une tout autre histoire... Mais pourquoi ? Pourtant, s’il y a bien une chose qui est équitable pour tout le monde, c’est bien la vitesse à laquelle s’écoule le temps, non ?

Perception ou pas...

Cette perception que le temps passe plus vite à mesure qu’on vieillit s’expliquerait, ai-je été surprise d’apprendre en faisant quelques recherches. Et plusieurs théories existent pour tenter de le prouver.

Le temps que nous percevons dépend des changements observés, par exemple via les images visuelles, selon un article paru dans la revue Sciences et Avenir l’an dernier. Ainsi « l’esprit ressent le “changement de temps” lorsque l’image perçue change », y explique le scientifique américain Adrian Bejan. Et plus il y a de changements de temps, plus il semble s’éterniser en durée.

Comme le cerveau des jeunes traite plus d’images que les plus âgés dans un même laps de temps, il leur semble donc que le temps passe plus lentement.

Une autre théorie, du mathématicien britannique Christian Yates cette fois, veut que le temps déjà vécu influe sur notre perception du temps. « Par exemple, une année pour un enfant de deux ans correspond à la moitié de sa vie, mais seulement à 10 % de celle d’un enfant de 10 ans, et à 5 % d’un jeune de 20 ans. Donc selon cette échelle, la durée perçue est exactement la même entre 5 et 10 ans qu’entre 10 et 20 ans, 20 et 40 ans et 40 et 80 ans... », explique-t-il, toujours dans la revue Sciences et Avenir.

Deux psychologues allemands avançaient pour leur part en 2005 que notre perception du temps serait basée sur la quantité de nouveaux souvenirs que nous enregistrons pendant une période donnée. Plus on est jeunes, plus on fait de « nouvelles expériences » dans un même laps de temps et donc plus celui-ci nous paraît long.

Quoi qu’il en soit, il y a vraiment des journées où j’échangerais ma perception du temps avec mes enfants. Sauf pour une affaire : on a tous l’impression qu’il s’est écoulé plusieurs années depuis le début de la pandémie, en mars dernier, et qu’il en reste encore plusieurs autres à venir avant de pouvoir passer à autre chose. Imaginez à quel point cette crise sanitaire peut sembler interminable pour les jeunes, pour qui le temps semble déjà filer plus lentement !

Oups ! J’avais dit que je ne parlerais pas de COVID. Vous voyez, on y revient toujours !