Le Mag

Netflix en bécyk

CHRONIQUE / Un jour de semaine, après avoir coché une interminable liste de tâches au travail et à la maison, vous vous autorisez enfin à relaxer. Le «N» de Netflix est juste là, sur votre écran. Vous cliquez et télégloutonnez jusqu’à minuit.

Entre deux épisodes de votre série préférée, un regret vous traverse l’esprit : merde, j’ai encore négligé de bouger. Trop d’imprévus, pas eu le temps d’aller au gym. Encore. 

Ronan Byrne, un étudiant en génie à l’Institut technologique de Dublin, en Irlande, avait le même problème que vous. À la différence qu’il a inventé une solution : le Cycflix, un vélo stationnaire qui tient Netflix allumé tant que vous pédalez assez vite. 

«Si vous restez trop longtemps au-dessous de la vitesse, Netflix sera suspendu jusqu’à ce que vous repreniez votre vitesse», explique Byrne sur son blogue. 

Imaginez : plus vous visionnez, plus vous êtes en forme! Tapez-vous le nombre d’épisodes que vous voulez en bécyk, mais n’oubliez pas d’aller dormir. 

Bon, peut-être que vous n’avez pas les compétences qui vous permettraient de patenter le Cycflix chez vous, avec les instructions de Byrne. Mais le principe à la base de l’invention vaut le coup de s’en souvenir. Le blogueur James Clear, qui vient de sortir un livre très fouillé sur les habitudes, appelle ça le temptation bundling, qu’on pourrait traduire par le «jumelage de tentations».  

En somme, il s’agit de lier une action que vous avez envie de faire à une action que vous devez faire. Ronan Byrne, par exemple, a lié son désir de regarder Netflix à son défi de s’entraîner, explique Clear dans Atomic Habits (non traduit en français). 

Sans le savoir, je pratiquais moi-même le jumelage depuis un bout de temps. Souvent, j’écoute le podcast de la Soirée est encore jeune en faisant le ménage ou je m’entraîne en écoutant un livre audio. Récemment, je suis allé fermer notre lot au jardin communautaire pour l’hiver, une besogne que je repoussais toujours à plus loin. J’ai adoré ça parce que j’ai pu écouter un cours en ligne en même temps. 

J’adore apprendre, mais je hais les tâches ménagères. Alors j’essaie de combiner les deux : le plaisant et le plate.

Ça ne fonctionne pas toujours très bien. Je mets énormément plus de temps à faire la vaisselle quand je regarde les reprises du Tonight Show de Stephen Colbert.

Quand les deux actions se superposent mal, on peut toutefois les décaler. Par exemple, on regarde son fil Facebook après avoir fait 10 push-ups. Ça peut aussi fonctionner dans l’autre sens : on lit notre magazine préféré une demi-heure avant d’aller au lit pour être sûr de ne pas se coucher trop tard. 

Peu importe la déclinaison que vous adoptez, votre jumelage devrait fonctionner parce qu’il rend séduisantes des tâches qui vous rebutent. Ce n’est pas un Cycflix, mais ça devrait rouler quand même. 

Ils vous aiment plus que vous pensez

CHRONIQUE/ Début octobre, j'ai fait trois heures de route pour aller passer la soirée avec des inconnus.

C'était un samedi. Avec les enfants, j'accompagnais ma blonde à l'anniversaire d'une copine de longue date qui célébrait ses quarante ans.

Un superbe chalet dans Lanaudière, planqué dans la forêt d'automne, sur le bord d'une rivière. En arrivant, mes filles sont descendues au sous-sol rejoindre les autres flos. Dix secondes plus tard, elles jouaient avec leurs nouveaux amigos et on ne les a pas revues de la soirée. 

C'était un peu plus compliqué pour nous, les adultes. On est était entourés d'une bonne vingtaine d'étrangers, venus d'un peu partout au Québec et même de la Floride pour souligner les quatre décennies de la fêtée. 

Toute la soirée, j'ai donc fait du «small talk» avec des inconnus dont je n'avais pas retenu les prénoms. Finalement, j'ai beaucoup jasé et beaucoup ri avec eux. Et je les ai trouvés tous très sympathiques. 

Le lendemain, en conduisant vers Québec, je repensais à la soirée et à aux gens que j'ai connus. C'est là que le DOUTE m'a rattrapé.

Peut-être qu'ils m'ont trouvé emmerdant finalement... Peut-être que j'ai trop posé de questions (déformation professionnelle)... ? Peut-être que j'aurais pas dû célébrer aussi fort quand mon équipe a gagné aux mimes? Finalement, ils ne m'ont peut-être pas aimé... 

C'est comme ça chaque fois que je rencontre des gens. La plupart du temps, je les trouve très aimables. Mais je crains que ce ne soit pas réciproque. 

Cette semaine, j'ai été rassuré d'apprendre que j'étais loin d'être le seul à douter.

Dans une étude publiée en septembre dans la revue scientifique Psychological science, la psychologue sociale Erica J. Boothby, de l'Université Cornell, aux États-Unis, et ses collègues ont constaté que les gens s'inquiètent effectivement beaucoup de mal paraître aux yeux des gens qu'ils rencontrent. 

Mais les chercheurs sont allés plus loin : ils ont voulu voir si c'était vrai. Dans une série de cinq expériences, ils ont demandé à des inconnus de converser. Ensuite, ils ont demandé à chaque interlocuteur : pis, comment penses-tu qu'il t'as trouvé ? Et ils ont vérifié si la perception correspondait à la réalité. 

Leur conclusion ? Les gens vous haïssent bien plus que vous le pensez.

Ben non, c't'une blague! C'est le contraire : les gens que vous venez de rencontrer vous ont sûrement trouvé bien plus sympathique que vous le pensez. 

Voyez ce que les chercheurs écrivent : «Nous avons constaté que suite aux interactions, les personnes sous-estimaient systématiquement à quel point leurs partenaires de conversation les aimaient et appréciaient leur compagnie.»

C'est pareil pour les gars et les filles, peu importe la durée de la conversation. En anglais, les chercheurs ont surnommé ce phénomène le «liking gap», qu'on pourrait traduire machinalement par «fossé d'appréciation». 

Le problème de ce fossé, ce n'est pas tant qu'il existe. C'est que non seulement il nous stresse sur le coup, mais il peut nous empêcher de se faire de nouveaux amis.

Quand on suppose que quelqu'un ne nous aime pas la face, on est moins susceptible de tendre des perches pour développer de nouvelles relations.

Mais la question  reste : pourquoi les gens se déprécient-ils autant lors d'une première rencontre ?

Parce qu'ils ne voient pas les signaux positifs, trop occupés à se demander s'ils trop ci ou pas assez ça. 

«Ils semblent trop attachés à leurs propres préoccupations quant à ce qu’ils devraient dire ou ont dit pour que les autres les aiment», explique Margaret S. Clark, coauteur de l'étude dans une entrevue publiée sur le site de l'Université Yale. 

Il y a aussi une part d'autoprotection là-dedans, poursuit Mme Clark. «Nous sommes pessimistes et nous ne voulons pas présumer que les autres nous aiment avant de savoir si c'est vraiment vrai.»

Vous le savez maintenant : c'est vrai. Les nouveaux venus dans votre vie vous trouvent pas mal plus sympas que vous pensez.

Morale de l'histoire: on devrait être plus optimistes après les becs ou la poignée de main d'au revoir. Le doute peut aller se faire foutre.  

La menace invisible

CHRONIQUE / Si des extraterrestres voulaient envahir la Terre, ils ne débarqueraient pas avec une armée de bonshommes verts et des soucoupes volantes.

Ils ne sont pas niaiseux; ils savent que les Terriens risqueraient de riposter en menant une guerre à la Independance Day.
Non, les extraterrestres seraient plus futés que ça : ils inventeraient une arme de destruction massive trop abstraite pour qu’on s’énerve avec ça : les changements climatiques.
De leur planète, ils s’esclafferaient en décryptant le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Ah oui? Les Terriens devront «modifier rapidement, radicalement et de manière inédite tous les aspects de la société» pour éviter un réchauffement de 1,5 °C?
Hahaha! Ils savent bien que ça n’arrivera pas.
Pourquoi? Parce que le réchauffement climatique a tous les ingrédients psychologiques pour ne pas être pris au sérieux. Ou plutôt, il ne les a pas.
Il y a une douzaine d’années, Daniel Gilbert, professeur au département de psychologie de l’Université Harvard, a écrit un article auquel je reviens chaque fois que je me demande pourquoi les humains font si peu pour contrer une menace potentiellement si dévastatrice.
Le cerveau humain, explique le psychologue social, réagit particulièrement à une menace lorsqu’elle est : A) humaine plutôt qu’inanimée; B) moralement transgressive; C) à court terme plutôt qu’à long terme; et D) soudaine plutôt que progressive.
Bref, les changements climatiques ont tout pour passer sous le radar cérébral. Ils ne sont pas humains comme des terroristes. Ils ne franchissent pas de normes morales comme le viol. Ses pires conséquences sont encore relativement loin, contrairement à la crise du fentanyl, mettons. Et elles se produisent graduellement, sans trop qu’on les remarque, à l’inverse des fluctuations de la météo, par exemple.
«Le cerveau humain est extrêmement sensible aux changements de lumière, de son, de température, de pression, de taille, de poids et de presque tout le reste, écrit Gilbert. Mais si le taux de changement est suffisamment lent, le changement ne sera pas détecté. Si le bourdonnement d’un réfrigérateur augmentait en quelques semaines, l’appareil pourrait chanter en soprano d’ici la fin du mois et personne ne s’en aviserait».
Ça ne veut pas dire que les humains sont incapables de se dresser contre les changements climatiques. L’évolution nous a quand même dotés d’une certaine préoccupation pour le futur. C’est pour ça qu’on pense à mettre de l’argent dans nos REER et qu’on installera bientôt nos pneus d’hiver.
Mais cette innovation de l’esprit n’en est qu’à ses débuts, note Daniel Gilbert. «L’application qui nous permet de réagir aux balles de baseball visibles est ancienne et fiable, mais l’application additionnelle qui nous permet de réagir aux menaces qui se profilent dans un futur invisible est encore en phase de test bêta», écrit-il.
Ce n’est pas rassurant pour l’avenir de l’humanité, je sais. On peut espérer que le rapport du GIEC va entraîner un énorme mouvement social et politique dans le monde. Qu’on va se mettre à consommer beaucoup moins et réduire drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre.
Mais si j’étais un extraterrestre, je dormirais tranquille. 

Chronique

L’extase pour tous

CHRONIQUE / Il y a toutes sortes de façons de s’échapper de son quotidien — l’alcool, le sexe, la bouffe, les séries télé, le magasinage.

Pour Jacinthe Vaillancourt, c’est la chorale.