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Marc Allard
Le Soleil
Marc Allard
Les humains adorent les plafonds hauts et les fenêtres qui permettent de voir la nature.
Les humains adorent les plafonds hauts et les fenêtres qui permettent de voir la nature.

Une maison heureuse

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CHRONIQUE / En fin de semaine passée, je me suis réconcilié avec mon salon.

Depuis longtemps, c’était une pièce que je boudais, où je n’avais pas envie de m’arrêter, comme un coloc qu’on croise, mais avec qui on n’a pas envie de jaser. 

Puis, la semaine passée, juste pour essayer, on a fait pivoter de 180 degrés le divan en direction de la fenêtre, qui offre une vue imprenable sur le gros garage du voisin. 

À ma stupéfaction, cette simple réorientation m’a conquis. J’avais tout d’un coup un désir ardent de me poser sur le divan et de jouer de la guitare pour les plantes, qui acceptent ma cacophonie sans jugement. 

Un matin, en prenant mon café dans le salon ensoleillé, j’ai réalisé que ma réconciliation s’expliquait par une paire de vitres enchâssée dans une bordure de bois : la fenêtre.  

À travers elle, je voyais non seulement le gros garage, mais les deux gigantesques érables effeuillés qui s’élèvent juste à côté, les nuages qui s’écrèment dans ciel et la lumière du soleil qui irradie les mottes de neige rebelles. 

Il s’avère que pour s’épanouir dans une maison, il faut laisser la nature entrer. La recherche en psychologie de l’environnement montre que les bâtiments dans lesquels ont se sent le mieux font écho à l’environnement naturel, rapportait l’an dernier le magazine Psychology Today

Il faut se souvenir que l’humain n’a pas évolué dans des bungalows ou des tours à condos, entouré de béton et d’arrêts-stops. Il a passé 4 millions d’années à proximité de la nature. 

Résultat, on est câblé pour se sentir bien à la vue des arbres, des cours d’eau, du ciel, des étoiles. D’où notre attrait pour les fenêtres, mais aussi pour toutes sortes de matériaux et de formes qui rappellent le verdoyant dehors.  

Avec le télétravail, les Québécois n’ont jamais passé autant de temps à la maison. Et plusieurs ont constaté que leur maison n’était pas le havre de quiétude qu’ils espéraient. Certains songent à déménager parce que leur logis actuel semble trop étroit, trop vieux, trop stressant. D’autres envisagent des rénovations majeures et ont déjà amorcé la métamorphose. 

Ils se tourneront peut-être vers les magazines et s’inspireront des plus récentes tendances en design. Mais comme l’explique Lily Bernheimer, la chercheuse en psychologie environnementale qui a signé l’article dans Psychology Today, ces tendances ignorent souvent ce que la science a découvert sur le lien entre le bien-être et le design.  

Par exemple, les décors modernes sont obsédés par les lignes droites, alors que les humains ont aussi un penchant pour les courbes. Entrez dans un condo retapé au goût du jour et vous risquez de croiser une panoplie de rectangles aux angles bien droits : fenêtres, bases de lits, comptoirs, tapis, etc. Les formes arrondies sont souvent négligées.

Or, une étude de Maryam Banaei, de l’Université iranienne de Science et de Technologie montre que les pièces avec des courbures ont été jugées plus agréables et stimulantes que les pièces assujetties à une géométrie angulaire.

Évidemment, ça ne veut pas dire qu’il faut détruire vos murs pour les reconstruire en zigzags. Mais vous pouvez adoucir le règne des angles droits avec des comptoirs aux extrémités arrondies, des tapis ronds, des coussins avec un motif à pois, des luminaires ovales. 

Les décors minimalistes, déplore Mme Bernheimer, ont un dédain pour l’ornementation. Ils enlèvent tout ce qui dépasse, sont sans pitié pour le superflu. Or, la science a montré que les humains adorent les objets «fractals», c’est-à-dire qui ont des formes irrégulières ou fragmentées, comme les flocons de neige, les montagnes, les arbres, les nuages. 

Alors, attendez un peu avant d’épurer votre salon. Pas obligé de garder votre collection de figurines sur le bahut, mais n’hésitez pas à enjoliver l’espace avec des bibelots, des toiles ou des cactus. 

Et, si vous songez à déménager, ne pensez pas seulement à la superficie de la maison, songez à la hauteur des pièces, suggère Lilly Bernheimer. Une étude menée par Oshin Vartanian de l’Université de Toronto a montré que les plafonds hauts encouragent une pensée plus abstraite et nous donnent un plus grand sentiment de liberté. 

Quand on est confinés à la maison, disons que c’est un gros avantage.