Oui, les alarmes qui nous réveillent le matin sont détestables. Mais il ne faut pas généraliser cette haine à toutes les alarmes. Bien planifiées, elles peuvent être très utiles le reste de la journée.

Ne frappez pas les alarmes

CHRONIQUE / Pour colorier les écailles du poisson, j’avais choisi une alternance entre le vert, le bleu et le rose. Ma fille de 7 ans, qui dessinait avec moi, a jugé que je méritais ses félicitations.

«Bravo, papa! T’as fait une suite logique», m’a-t-elle dit en crayonnant son bout de poisson. 

Elle a appris ça à l’école, les suites logiques. C’est un nom sophistiqué pour décrire une forme de régularité, un pattern. 

Mais ce que ma fille ne sait pas, c’est qu’on utilise les suites logiques chaque matin, pour que sa soeur et elle arrivent à l’heure à l’école. 

Au début de l’année, j’avoue que la ponctualité n’était pas notre force. Les filles arrivaient souvent dans la cour d’école au moment où la cloche sonnait ou, pire, en retard. 

J’allais les reconduire à pied et, je passais mon temps à les inciter à marcher plus vite, «allez, allez!». Par une sorte de malédiction, il y avait toujours un imprévu juste avant que les enfants passent la porte. Pipi de dernière minute. Manque un chandail chaud. Un des gants est disparu. Encore.

Pendant la routine matinale, nous, les parents, devions jeter des coups d’oeil fréquents à l’horloge pour être sûr que chaque étape ne s’éternisait pas. Et si on perdait le fil en finalisant les boîtes à lunch, par exemple, il y avait un effet domino sur le reste des étapes. On avait beau se lever plus tôt, ça ne fonctionnait pas plus. C’était exaspérant. 

Un soir, devant une bière, un ami qui est aussi papa m’a dit qu’un de ses potes avait trouvé une solution à ce problème. Il avait programmé plusieurs alarmes musicales pour aider ses enfants à se préparer le matin, chaque alarme commandant une étape spécifique de la routine.

J’ai décidé de tester cette méthode chez moi. J’ai écrit sur un papier l’heure précise de chaque étape de la routine et j’ai programmé une série de chansons sur mes haut-parleurs sans-fil. Du Jack Johnson pour le réveil et l’habillage; une chanson de Marie-Mai pour la fin du déjeuner et le brossage de dents; trois chansons de Stromae pour que les filles s’habillent pour aller dehors; et une chanson de Christine and the Queens pour sonner l’heure du départ. 

Le résultat a été impressionnant. Les alarmes sont programmées depuis deux mois et les enfants ne sont jamais arrivés en retard ou à la dernière minute dans la cour d’école. Nos matinées sont rendues moins stressantes. Les enfants n’ont plus besoin de nous pour leur dire de se grouiller. Marie-Mai fait la job à notre place. 

Oui, les alarmes qui nous réveillent le matin sont détestables. Mais il ne faut pas généraliser cette haine à toutes les alarmes. Bien planifiées, elles peuvent être très utiles le reste de la journée. 

Pourquoi les alarmes fonctionnent aussi bien? Je pense que c’est grâce à une suite logique binaire. Dans sa plus simple expression, une habitude est composée d’un signal (il est 7h30) et d’un comportement (je pars travailler). 

Mais quand le signal n’est pas clair, le comportement risque d’être différé ou oublié. Regarder l’heure à tout bout de champ pour éviter d’être retard est une méthode plus fragile qu’une alarme automatisée qui sonne toujours à la même heure. La technologique est parfois plus fiable que la vigilance humaine. 

Les retardataires s’auto-flagellent souvent en se disant qu’ils manquent de volonté. Mais la ponctualité n’est pas seulement une question d’auto-discipline, mais de signaux clairs qui déclenchent les habitudes souhaitées. 

William James, un des pères de la psychologie, a un jour écrit : «Toute notre vie, dans la mesure où elle a une forme définie, n’est qu’une masse d’habitudes — pratiques, émotionnelles et intellectuelles — systématiquement organisées pour notre mieux-être, qui nous portent irrésistiblement vers notre destin, quel qu’il soit». 

Des études montrent qu’environ 40% de nos activités quotidiennes sont formées d’habitudes — des comportements régulièrement répétés qui nécessitent peu ou pas de réflexion et qui sont appris plutôt qu’innés. Alors, si vous voulez changer quelque chose dans votre vie, commencez par changer vos habitudes. 

Les alarmes peuvent vous aider parce qu’elles donnent le signal d’enclencher une habitude. Votre téléphone cellulaire peut être un excellent allié en la matière. Vous pouvez mettre une alarme pour vous rappeler que c’est le temps de méditer, de partir à l’arrêt de bus, d’aller au gym, de prendre vos médicaments, d’aller vous coucher. 

Plusieurs applications, comme Fabulous ou Productive, facilitent la mise en place des alarmes, et permettent de les placer stratégiquement dans votre horaire sans avoir à les modifier chaque jour. 

Évidemment, les alarmes ne garantissent rien. Vous allez peut-être snoozer quand même. Mais au moins, elles sont en charge du rappel à votre place. Et elles vous mettent face à vos propres promesses : si je ne vais pas m’entraîner, ce n’est pas parce que je ne l’ai pas prévu ou parce que j’ai oublié. 

Chez nous, c’est devenu une très bonne façon de confier à un haut-parleur la responsabilité de rendre nos enfants ponctuels le matin. Chez vous, ce sera peut-être un moyen de changer une autre habitude. 

Testez de nouvelles alarmes dans la journée, vous allez voir, c’est bien moins pire qu’au réveil.