En après-midi, notre horloge biologique décrète une baisse de la vigilance. Et parfois, on cogne des clous.

Gare à l'après-midi

CHRONIQUE / Si vous allez à l’hôpital pour un examen ou une opération, vous aimeriez sans doute que les médecins et les infirmières se lavent les mains.

Vous le savez, c’est une simple habitude d’hygiène qui peut éviter la transmission d’une pléthore d’infections aux patients et prévenir la propagation de dangereuses bactéries comme le C. difficile.

Et pourtant, le lavage des mains continue à faire défaut dans les hôpitaux au Québec et en Occident. Mais j’ai appris quelque chose de nouveau cette semaine : c’est bien pire l’après-midi.

En 2015, des chercheurs américains ont trouvé une manière astucieuse d’étudier le lavage des mains. Dans une trentaine d’hôpitaux, ils ont analysé les données provenant de distributeurs de savon capables de détecter par radiofréquence les puces électroniques des employés.

La distributrice était donc en mesure de savoir quelle infirmière, médecin, technicien, préposé, se lavait les mains, à quel moment et combien de fois par jour. En moyenne, les employés se lavaient les mains… moins de la moitié des fois où ils en avaient l’occasion, même s’ils en avaient l’obligation professionnelle.

Pire, les quelque 4000 travailleurs de la santé étudiés — qui commençaient pour la plupart leurs journées le matin — se lavaient les mains encore moins souvent l’après-midi. La baisse était de près de 40 % par rapport à la matinée.

Ce n’est pas tout. L’après-midi, les patients sont trois fois plus susceptibles de recevoir une dose anesthésique fatale et sont considérablement plus à risque de mourir dans les 48 heures suivant une chirurgie. Il y a aussi un tas d’autres erreurs médicales plus fréquentes l’après-midi. Bref, vaut mieux prendre rendez-vous le matin.

J’ai lu tout ça dans un livre qui vient d’être publié : When : The Scientific Secrets of Perfect Timing, de Daniel H. Pink.

Pink est un ancien rédacteur de discours d’Al Gore. Il a écrit plusieurs best-sellers sur le monde du travail et des affaires. Il a eu le luxe d’employer des chercheurs pour écrire son dernier bouquin, appuyé d’une épaisse section de références scientifiques.

Dans son livre, Pink parle beaucoup de l’influence du moment de la journée sur notre comportement. Et il recoupe une quantité impressionnante d’études qui montrent que l’après-midi est, pour plusieurs raisons, le pire moment de la journée.

C’est vrai pour les mesures d’hygiène et les erreurs médicales dans le milieu de la santé. Ce l’est aussi dans un paquet d’autres domaines et dans nos vies en général.

Par exemple, des chercheurs britanniques ont découvert que les accidents mortels reliés à la fatigue au volant atteignent des sommets deux fois par jour : entre 2h et 6h du matin et entre 14h et 16h l’après-midi. Cette tendance a aussi été constatée dans plusieurs autres pays.

Au travail, c’est pareil. Vous devriez mettre une alarme à 14h55. C’est le moment précis de la journée ou le travailleur typique est le plus improductif, selon une étude britannique.

«Quelque chose se passe durant le creux [de l’après-midi], qui se produit à peu près sept heures après le lever, le rendant plus périlleux que n’importe quel autre moment de la journée», écrit Daniel H. Pink.

Ce qui se passe, c’est un déclin de la vigilance.

Le comportement humain est régulé par une horloge interne que nous ne pouvons pas ajuster. Cette horloge gouverne nos «rythmes circadiens» qui font fluctuer, en l’espace de 24 heures, toute une série de mécanismes biologiques : l’éveil et le sommeil, la température corporelle, la circulation sanguine, les niveaux hormonaux et la vigilance.

Ainsi, en après-midi, notre horloge biologique fait baisser la température de nos corps et nos niveaux de cortisol («l’hormone du stress»). On devient alors beaucoup moins alerte et plus impulsifs. Beaucoup de gens cognent aussi des clous.

Pause ou sieste ?

Daniel Pink souligne que la siesta popularisée par les Espagnols est un antidote efficace au coup de barre de l’après-midi. De dix à vingt minutes — pas plus — suffisent à nous remettre sur le piton.

Une étude menée auprès de contrôleurs aériens a par exemple montré qu’une courte sieste permettait d’aiguiser leur vigilance et de faire grimper leur performance.

Si vous vous voyez mal roupiller au bureau, les pauses sont une bonne alternative, pourvu qu’elles soient assez nombreuses.

Daniel Pink cite DeskTime, une firme spécialisée dans l’analyse de la productivité, qui a déterminé que le meilleur ratio de productivité est de travailler 52 minutes pour 17 minutes de pause. Ce qui voudrait dire entre 5 et 6 pauses par jour.

C’est ce que vous faites ? Moi aussi…