Sylvain St-Laurent
Le Droit
Sylvain St-Laurent
Jo-Anne Polak a déjà occupé le poste de directrice générale des Rough Riders d’Ottawa, dans la Ligue canadienne de football.
Jo-Anne Polak a déjà occupé le poste de directrice générale des Rough Riders d’Ottawa, dans la Ligue canadienne de football.

Madame la directrice générale

CHRONIQUE / Le monde est prêt pour ça.

La société est prête pour ça.

Encore plus important: l’industrie est prête pour ça.

C’est ce qu’on m’a dit dans une conversation téléphonique, vendredi après-midi.

C’était une journée historique - vraiment, le mot est approprié, ici - dans le monde du sport.

Les Marlins de Miami avaient besoin d’un nouveau directeur général. Leur propriétaire, Derek Jeter, a plutôt choisi d’embaucher un(e) direct(rice) général(e).

Kim Ng deviendra la première dame à diriger un club sportif des ligues majeures, en Amérique du nord.

Moi, au téléphone, j’en ai parlé avec Jo-Anne Polak.

Mme Polak était d’excellente humeur. Fière. Elle m’a prédit que tout va bien se passer.

«Kim n’aura pas de mal à se faire accepter. Il y aura des exceptions, mais... À partir de maintenant, elle sera évaluée, au même titre que tous ses collègues, avec les succès et les échecs de son équipe.»

Mme Polak possède une certaine expérience.

Kim Ng sera la première dame à diriger un club sportif majeur, en Amérique du nord.

Kim Ng, la nouvelle directrice générale des Marlins de Miami

C’est vrai... Jusqu’à un certain point.

En décembre 1988, on a confié à Mme Polak le poste de directrice générale des Rough Riders d’Ottawa, dans la Ligue canadienne de football.

Elle a occupé ce poste jusqu’à la fin de la saison 1991.

Je n’étais pas journaliste sportif, au début des années 1990. Je ne vivais pas dans le coin. Je n’avais donc jamais rencontré Mme Polak.

J’ai cru, bien naïvement, qu’elle aurait des conseils à donner à la nouvelle grande patronne des Marlins.

«Non. Pas de conseils à donner», dit-elle.

«Kim vit une journée mémorable, mais elle va trouver que cette journée va passer très rapidement.»

Après, il va se passer quoi?

«Le plus difficile, c’est de se frayer un chemin jusqu’au bureau du DG. Quand tu obtiens les clés du bureau, tout va bien. Là, tu dois te mettre au travail, au même titre que tous les autres. Tu dois obtenir des résultats.»

«Moi, à l’époque, j’étais complètement absorbée par mon travail. Je pensais à la survie des Riders. À la survie de toute la ligue, en fait. Les Alouettes avaient cessé leurs activités. On pensait que la ligue se retrouverait dans une position très précaire si jamais elle perdait une autre équipe.»

«Je voulais gagner. Je voulais former la meilleure équipe possible. Je voulais m’assurer que tous les employés du club reçoivent leurs chèques de paie.»

En insistant, un peu, on finit par comprendre que Mme Polak, la pionnière, a bousculé certains personnages.

Le contraire nous aurait vraiment surpris.

«C’était souvent une question de générations», me dit-elle, toutefois.

Au début des années 1990, la LCF comptait quelques dirigeants septuagénaires. «Je me souviens même d’un homme qui avait plus de 80 ans.»

«Les plus vieux ne voulaient rien savoir de travailler avec une femme.»

Bon. Il faut comprendre que ces hommes avaient grandi dans les années 1920, dans un Canada qui venait tout juste d’accorder le droit de vote à ses citoyennes...

Avec les plus jeunes, il y avait beaucoup moins de frictions.

«Mike Riley était l’entraîneur-chef des Blue Bombers de Winnipeg, à l’époque. Il était âgé dans la trentaine. Il n’y avait jamais de malaises quand je devais travailler avec lui.»

Et les joueurs?

«Les joueurs s’en fichaient complètement! Avec eux, tout se passait naturellement.»

Les membres du old boys club de la LCF des années 1990 ne sont forcément plus dans le marché du travail, aujourd’hui.

C’est ce qui alimente l’optimisme de Jo-Anne Polak, pour la suite des choses.

Le monde a évolué, souligne-t-elle. On ne se comporte plus de la même façon. L’intolérance est moins... tolérée qu’avant, dit-elle.

Il a fallu attendre 30 ans entre la fin de son règne à titre de directrice générale et la nomination de la prochaine directrice générale.

Trente ans, c’est long.

«Moi, j’ai toujours été du genre penser que le verre est à moitié plein. Les choses progressent», dit-elle.

Même si elles progressent lentement.

Jo-Anne Polak est convaincue que le «progrès» va s’accélérer dans les prochaines années. De plus en plus de femmes vont occuper des postes importants, dans le monde du sport.

«Elles sont là. Elles sont nombreuses. Elles sont très près du but. Elles sont prêtes à émerger.»

C’est à ce moment-là qu’elle me dit que «l’industrie est prête pour ça».

On verra bien, dans quelques années, si elle a raison.