La députée indépendante de Glengarry-Prescott-Russell, Amanda Simard

L’unique Amanda Simard

CHRONIQUE — LES GRANDES ENTREVUES / La députée indépendante de Glengarry-Prescott-Russell, Amanda Simard, a marqué l’histoire de la francophonie ontarienne, le 29 novembre dernier, en claquant la porte du Parti progressiste conservateur de l’Ontario pour protester contre les coupes annoncées aux services en français.

Ce qu’elle ne savait pas ce matin-là en remettant sa démission, c’est que son parti s’apprêtait à l’expulser. Le bureau du premier ministre Doug Ford l’aurait même avertie, la semaine précédente, qu’elle subirait de « sévères conséquences » si elle prenait part à l’émission Tout le monde en parle (TLMEP) à Radio-Canada.

« Le personnel de mon bureau de comté (à Hawkesbury) a reçu un appel du bureau du premier ministre le jour où j’ai été invitée à TLMEP, raconte Mme Simard. Un appel qui disait qu’il y aurait de graves conséquences. Moi, j’appelle ça des menaces. Je n’ai pas les mots exacts, ce n’est pas moi qui ai pris l’appel du bureau du premier ministre, mais (la personne au bout du fil) a dit : “there will be severe consequences”. Alors mon staff m’a dit : “Amanda, tu ne peux pas faire ça, tu ne peux pas y aller (à TLMEP). Je leur ai répondu avec les mots de Pierre Trudeau : ‘just watch me’.”

La députée Simard s’est bel et bien rendue sur le plateau de TLMEP. Et elle a par la suite été isolée dans son propre camp. Le 28 novembre, lorsque les conservateurs ont voulu l’empêcher de se lever en chambre afin qu’elle puisse se prononcer sur une motion néo-démocrate visant à s’opposer aux coupes francophones, elle en avait assez vu. “C’est la goutte qui a fait déborder le vase”, laisse-t-elle tomber.

Le lendemain matin, elle annonçait à son chef Doug Ford qu’elle allait dorénavant siéger comme députée indépendante. Mais si elle avait attendu quelques minutes de plus pour remettre sa lettre de démission, c’est le parti qui lui aurait montré la porte.

«J’ai su qu’il y a eu une réunion du caucus le lendemain (de son intervention en chambre) afin de voter pour m’expulser, affirme la députée. Ce vote allait se prendre à 7 h 30, mais j’ai envoyé mon courriel (de démission) au premier ministre à 7 h 22. Ils étaient apparemment en train de voter pour m’expulser lorsqu’ils ont appris que j’avais démissionné. De toute façon, ils m’ont poussée vers la sortie, et moi j’en avais plein mon casque. Donc je suis partie.»

Amanda Simard a été élevée par une mère monoparentale.

Deux semaines se sont écoulées entre le «Jeudi noir des Francos» et la démission de la députée Simard. Celle-ci espérait, durant ces deux semaines, pouvoir convaincre Doug Ford et la ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney, de revenir sur leur décision d’abolir le Commissariat aux services en français et de saboter la mise sur pied de l’Université de l’Ontario français. Mais peine perdue.

«Mme Mulroney ne voulait absolument pas changer sa position, se rappelle Mme Simard. Elle restait ferme avec ses arguments économiques et elle était convaincue qu’elle était sur le bon côté des choses. Et lorsque j’ai rencontré le premier ministre, je lui ai dit : ‘this is a big mistake (vous commettez une grave erreur). Comment voulez-vous que je vote de votre côté et que j’explique ces coupures aux gens de mon comté ? Je ne peux pas défendre l’indéfendable’. M. Ford n’a évidemment pas changé sa position. Et lorsque j’ai quitté son bureau, je lui ai dit que j’allais devoir dénoncer ces mesures-là.»

— Songez-vous aujourd’hui à vous joindre au Parti libéral de l’Ontario ?

— Je le prends au jour le jour. Je ne dis jamais : “jamais”. Je crois que je vais m’aligner avec ceux qui partagent mes valeurs. Les libéraux m’ont dit que la porte était ouverte, mais ils ne m’ont jamais mis de pression. Je vais luncher avec Marie-France Lalonde (la députée libérale d’Orléans et ancienne ministre des Affaires francophones) la semaine prochaine. Mais ce sera une rencontre très informelle, ce sera amical. »

Amanda Simard fêtera ses 30 ans en février prochain. Originaire d’Embrun, où elle habite toujours, elle a fait ses études secondaires en français dans l’Est ontarien et elle est diplômée de la faculté de droit de l’Université d’Ottawa.

FiIle unique, elle a été élevée par sa mère monoparentale. « Mes parents se sont séparés quand j’étais très jeune, dit-elle. J’ai toujours vécu avec ma mère. C’était toujours juste nous deux. Je suis fille unique et, comme dit toujours ma mère, “une Amanda, c’est assez !”. (Rires). Nous sommes comme deux sœurs, ma mère et moi. Et durant mon enfance et mon adolescence, je passais deux fins de semaine par mois chez mon père.

«C’est d’ailleurs lui qui m’a emmenée au Grand ralliement S.O.S. Montfort quand j’avais huit ans, poursuit-elle. Il m’emmenait toujours visiter des musées et des événements culturels. Mais ce jour-là (le 22 mars 1997), il m’a dit qu’on allait participer à un ralliement. Je me souviens qu’on vendait des t-shirts S.O.S. Montfort à la porte du Centre municipal d’Ottawa. Et j’en voulais vraiment un, ils étaient très beaux. Je pense qu’on demandait 10 $ le t-shirt. Mais mon père m’a dit qu’on n’avait pas d’argent pour ça. Alors nous sommes entrés. Et je me souviens de l’énergie qu’il y avait à l’intérieur, c’était incroyable. C’était magique. Et en sortant, mon père était tellement emballé qu’il m’a dit : ‘viens Amanda ! On s’achète des t-shirts !’», conclut la députée dans un éclat de rire.