François Legault, premier ministre du Québec

L’Outaouais, terre convoitée

CHRONIQUE / C’est fou comme l’élection de trois députés caquistes a changé rapidement la donne en Outaouais. De région « prise pour acquise » par les libéraux, l’Outaouais est devenu un champ de bataille que se disputent les différents partis politiques.

La plus belle preuve ?

L’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité, cette semaine, une motion reconnaissant le sous-financement de l’Outaouais en matière de santé, d’éducation et de culture.

La motion, présentée par le ministre régional Mathieu Lacombe, a été adoptée à l’unanimité par tous les parlementaires, y compris les députés de l’opposition.

« Bah, ce ne sont que des mots », ont réagi certains. « Un symbole, rien de plus », ont ajouté d’autres.

Au contraire, je pense que le gouvernement Legault vient de se mettre le bras dans le tordeur jusqu’à l’épaule. Avec un engagement pareil, tout le monde en Outaouais, maires, préfets, associations, sans compter les deux élus libéraux de l’opposition, auront beau jeu de forcer le gouvernement à passer de la parole aux actes.

Le ministre Lacombe n’a sûrement pas déposé sa motion sans réfléchir. Si le gouvernement Legault se compromet de la sorte, c’est qu’il a des annonces en réserve pour appuyer concrètement son engagement. Que ce soit à propos du nouvel hôpital promis en campagne électorale, l’élargissement de l’autoroute 50 ou la construction d’un musée régional.

Dans tous les cas, cela augure bien pour la région.

Pendant des décennies, l’Outaouais s’est plainte d’être l’éternelle oubliée du Québec. Avec raison. Au milieu des années 2000, des gens manifestaient déjà dans les rues pour se plaindre du temps d’attente épouvantable dans les urgences, et du manque de médecins de famille.

Mais il a fallu le travail d’organisme comme l’Alliance pour la cause de l’enseignement supérieur de l’Outaouais (ACESO), puis du Front régional de l’Outaouais et du regroupement Équité Outaouais pour documenter la situation frontalière de la région et le faire avancer politiquement.

L’Outaouais est pourtant la seule région du Québec qui finance des services de santé dans une autre province. Bon an, mal an, la RAMQ doit rembourser plus de 100 millions au gouvernement de Doug Ford pour les soins de santé dispensés à des Québécois dans les hôpitaux ontariens. Un non-sens !

En matière d’éducation, quelque 6500 étudiants de l’Outaouais s’exilent vers les collègues et universités de l’Ontario même si les droits de scolarité y sont jusqu’à 3 fois plus élevés.

Une perte financière estimée à 65 millions pour les établissements de l’Outaouais.

Malgré les preuves qui s’accumulaient, les libéraux ont toujours refusé de reconnaître la réalité du sous-financement au cours des 15 années où ils ont exercé le pouvoir presque sans interruption. Rien ne les forçait à le faire. L’Outaouais envoyait, mandat après mandat, des députés libéraux à Québec.

C’est ce qui a changé avec la dernière élection. L’Outaouais est devenu un champ de bataille politique. Et la CAQ, qui a fait élire trois députés sur 5 dans la région, prend les grands moyens pour rafler tous les sièges à la prochaine occasion. L’Outaouais est devenu une terre convoitée. Et elle profite déjà de cette surenchère politique.