Le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, s’est dit vendredi scandalisé et troublé à la lecture du rapport d’enquête systémique sur les services dispensés aux enfants en famille d’accueil de la région de la Mauricie et du Centre-du-Québec, du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2016.

Loi du silence et de l’indifférence

CHRONIQUE / Après un autre rapport dévastateur de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ), il ne fait aucun doute que le Québec doit revoir ses services de protection de la jeunesse. Il ne fait aucun doute également qu’il faut briser la loi du silence et de l’indifférence.

Le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, s’est dit vendredi scandalisé et troublé à la lecture du rapport d’enquête systémique sur les services dispensés aux enfants en famille d’accueil de la région de la Mauricie et du Centre-du-Québec, du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2016.

Avec raison. 

Les droits de plusieurs enfants ont été bafoués. Loi et règlement n’ont pas été respectés. Des décisions du tribunal n’ont pas été suivies. Dans certains dossiers, l’application de règles administratives a primé sur l’intérêt et les besoins des enfants. 

Le travail de divers acteurs n’a pas toujours été réalisé avec toute la rigueur exigée et le suivi attendu lorsqu’il s’agit de la protection d’un enfant, si bien que plusieurs jeunes garçons et filles ont subi de mauvais traitements physiques et psychologiques dans des familles d’accueil. 

Comment un système aussi défaillant a-t-il pu s’instaurer et perdurer dans un domaine aussi délicat que celui de la protection de l’enfance?

C’est aussi cela qui est troublant et scandaleux. 

La Commission des droits a rappelé vendredi qu’elle a déclenché son enquête de sa propre initiative, «à la suite d’une décision judiciaire mettant en lumière des lacunes majeures dans les services offerts à un enfant hébergé en famille d’accueil».

Il paraît impensable que pendant des années, personne n’ait sonné la moindre petite alarme pour dire que des choses fonctionnaient tout croche à la DPJ de la Mauricie-Centre-du-Québec et dans ses points de service.

Si personne n’a parlé, si tout le monde a fermé les yeux sur l’inacceptable, si des gens ont jugé qu’il était vain de dénoncer ou de se plaindre, la situation est encore plus sérieuse et plus problématique qu’on le pense. Personne ne se sent responsable de rien. Personne n’a de comptes à rendre si le système dérape et «scrape» la vie d’enfants. 

Il devait bien y avoir des gestionnaires et des intervenants sociaux témoins de décisions douteuses et à courte vue, de façons de faire qui n’avaient pas d’allure, de pratiques qui contrevenaient aux lois et qui s’appliquaient au détriment d’enfants vulnérables que la direction de la protection de la jeunesse avait le devoir de protéger. Tout le monde ne pouvait être en congé de maladie ou en transition de carrière? Il devait bien y avoir quelques personnes d’expérience dans la boîte pour dire que l’organisation se dirigeait vers un mur? 

Pourquoi l’absence d’écho, d’ajustements et de coups de barre sur le terrain, au CIUSSS ou au ministère de la Santé et des Services sociaux? 

L’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux, le syndicat qui représente bon nombre d’employés des DPJ, soutient que les lacunes rapportées sont dénoncées depuis longtemps. 

Le centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-Centre-du-Québec, ainsi que le nouveau directeur de la protection de la jeunesse de la région reconnaissent par ailleurs que les services sur leur territoire n’ont pas été exemplaires, mais que des correctifs ont déjà été apportés et que les recommandations de la CDPDJ seront suivies.

À Québec, le ministre Carmant s’est aussi fait rassurant. «Comme j’ai dit dans le passé, je n’attendrai pas 18 mois avant de poser des gestes concrets pour soulager la charge de travail des gens sur le terrain. D’ici la fin de l’été, une annonce en ce sens aura lieu».

Tout le monde veut faire mieux dans l’avenir.

Il est dommage que cet objectif ne soit pas aussi vif lorsque les médias détournent l’attention. Il est aussi préoccupant que le décès tragique d’un enfant et le dépôt d’un rapport accablant soient nécessaires pour inciter les acteurs à combler des lacunes persistantes. 

La Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, mise sur pied par le premier ministre François Legault, permettra de faire le point sur l’organisation et le financement des services offerts aux enfants et aux familles vulnérables et en détresse, ainsi que de suggérer des moyens pour les améliorer.

Mais lorsque les services à l’enfance auront été scrutés sous tous les angles et lorsque des ajustements seront suggérés en novembre 2020, quel suivi ferons-nous de leur application sur le terrain et au quotidien? 

Si les cadres et les employés concernés n’osent parler de crainte de perdre leur emploi ou de nuire à leur avancement professionnel, s’ils suivent bêtement des règles administratives même si celles-ci vont à l’encontre du bien et de la sécurité des enfants, si un gouvernement impose des restrictions budgétaires dans un secteur où la réduction des ressources humaines et financières a des conséquences majeures dans la vie de jeunes vulnérables, si les appels à l’aide sont ignorés à tous les paliers, les médias risquent de faire encore les manchettes dans dix ans avec un rapport accablant visant la protection de la jeunesse.

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