L’important vote sur la citation patrimoniale du quartier du Musée aura lieu mardi prochain au conseil municipal de la Ville.

L’importance du patrimoine

CHRONIQUE / C’est le vote sur la citation patrimoniale du quartier du Musée, mardi prochain, au conseil municipal. Dans tous les cas, ce sera l’un des votes les plus importants de l’histoire de Gatineau. Un vote lourd de conséquences, le genre de vote par lequel une ville définit ce qu’elle est et ce qu’elle veut être.

Je l’ai déjà écrit. Dans un monde idéal, je ne voudrais pas avoir à choisir. Je prendrais les tours Brigil ET je protégerais le quartier du Musée avec une citation patrimoniale. Je voudrais avoir les deux. Le meilleur des deux mondes. Brigil prétend qu’on peut avoir les deux avec son concept de citation patrimoniale « ouverte, moderne et flexible. »

Mais je n’y crois pas.

Si on construit les tours à l’endroit convoité par Gilles Desjardins, devant le Musée canadien de l’Histoire, le quartier du Musée finira par s’éteindre à petit feu. Les habitants du quartier n’auront plus les moyens d’y habiter à cause de la spéculation foncière. Ce n’est pas moi qui le dis, ce sont les experts du patrimoine, c’est Phyllis Lambert, une architecte de réputation mondiale. Si Gilles Desjardins veut vraiment protéger le patrimoine, a dit Mme Lambert, qu’il aille construire ses tours ailleurs. Ça a le mérite d’être clair !

Qu’on en dise ce qu’on voudra, le vote de mardi, c’est un choix entre la protection du quartier du Musée et les tours Brigil. Ce sera l’un ou l’autre. Pas les deux. C’est pour ça que le vote aura une importance déterminante pour la suite des choses. Ça lancera aussi un message important. Si les élus de Gatineau disent oui à Brigil sur ce coup-là, vous pouvez être sûr qu’il y a un tas d’autres promoteurs qui vont s’essayer ailleurs sur le territoire avec des projets hors normes.

Ça enverrait le signal, que peu importe ce que lui dictent ses plans d’urbanisme et ses grandes orientations élaborées à coups de consultations publiques, la Ville de Gatineau est toujours prête à piler sur ses principes — pourvu qu’on possède les moyens financiers et le pouvoir pour l’influencer — ce qui est le cas de Brigil.

Je suis toujours soufflé par le peu d’importance qu’on accorde à la notion de patrimoine à Gatineau. D’accord, le patrimoine n’est peut-être pas aussi payant en frais de développement économique, de création d’emplois et de taxes foncières que deux tours de 35 et 55 étages.

Mais le patrimoine crée de la vie.

C’était le festival de la Principale dans le Vieux-Aylmer, le week-end dernier. Les gens se marchaient sur les pieds tellement il y avait du monde. Dans ce quartier, on a pris garde de préserver les belles maisons d’antan, de conserver le caractère patrimonial de l’artère. Les gens se sont tenus pour que leur quartier demeure à échelle humaine. Ça ne s’est pas fait en criant: ciseau ! Il a fallu du temps et des batailles. Mais quand les commerçants d’Aylmer ont commencé à comprendre tout le potentiel qu’il y avait à tirer du patrimoine, ça a levé.

Mais il a d’abord fallu préserver le caractère particulier du Vieux-Aylmer. Conserver les éléments qui le distinguent du reste. Comme on l’a fait pour le village d’Argentine, tiens. Qui regrette aujourd’hui d’avoir préservé ce quartier situé à l’ouest du ruisseau de la Brasserie, l’un des plus beaux secteurs résidentiels du secteur Hull? Dans le temps aussi, il y avait de grosses pressions de la part des développeurs immobiliers.

L’apport du patrimoine, ça ne se calcule pas aussi facilement que des retombées économiques ou des revenus de taxes foncières. Mais ça compte lorsqu’on parle de sentiment d’appartenance à une ville, lorsqu’on parle d’identité gatinoise.

Deux éléments dont Gatineau manque cruellement et qu’il faudra aussi prendre en considération lors du vote de mardi prochain.