Le maire Maxime Pedneaud-Jobin lors de la rencontre éditoriale avec Le Droit.

L’œil de la tornade

CHRONIQUE / Je n’irais pas jusqu’à dire que le maire Maxime Pedneaud-Jobin a été plate en entrevue éditoriale avec Le Droit. Pas plate, juste… tranquille.

C’est que Gatineau traverse une accalmie après les grands déchirements autour de la mise en service du Rapibus, du nouveau Guertin et des controversées tours Brigil. Je n’oserais jamais dire que ces dossiers ont été réglés une fois pour toutes – il ne faut jamais dire jamais à Gatineau. Mais ils sont réglés pour un bout.

Ces jours-ci, les adversaires du maire n’ont pas grand-chose à se mettre sous la dent pour lui mettre des bâtons dans les roues. La grosse crise politique de l’été a tourné autour des ratés de la collecte des déchets encombrants. C’est dire si c’est tranquille !

Il règne donc une paix relative au conseil municipal ces jours-ci. Le maire Pedneaud-Jobin en aura bien besoin pour faire avancer le gros projet des trois prochaines années : ce train léger de 2,1 milliards qui doit relier le secteur Aylmer aux centres-villes de Gatineau et d’Ottawa, via les ponts Alexandra et Prince-de-Galles.

Il n’y a pas de temps à perdre dans ce dossier si Gatineau veut profiter de la 2e vague des généreux programmes de subventions fédéral-provincial destinés aux grands projets de transport en commun. Surtout que Gatineau est en compétition avec d’autres mégaprojets, comme le troisième lien à Québec ou la ligne rose de métro à Montréal.

S’il y a un dossier où le nouveau premier ministre François Legault peut faire la preuve que l’Outaouais n’est plus l’éternelle oubliée du Québec, c’est bien avec ce projet de train léger. Jusqu’à maintenant, M. Legault s’est borné à promettre son appui au train gatinois, sans s’avancer sur un cadre financier.

Le maire Pedneaud-Jobin se dit confiant d’obtenir la participation de Québec : « Les projets ne peuvent pas tous être à Québec ou Montréal. Et ici, on a une position claire, un projet qui avance, qui est sérieux, qui est consensuel. Alors que dans d’autres villes, c’est plus difficile ». À Québec, on sait que le maire Régis Labeaume est encore réticent au projet de troisième lien dans l’est.

Le maire Maxime Pedneaud-Jobin aura mille autres raisons de faire le voyage Gatineau-Québec au cours des prochains mois. À titre de président du caucus des grandes villes du Québec, il voudra s’assurer que le gouvernement Legault respecte sa promesse de verser un point de TVQ aux villes, un engagement qui soulagerait le fardeau fiscal des Gatinois.

Le danger qui guette le maire à force de voyager à Québec et ailleurs, c’est de perdre le contact avec l’électorat. Pour ceux qui suivent de près la politique municipale, l’importance des enjeux entourant la TVQ, le train léger ou même les seuils d’immigration ne fait aucun doute.

Mais pour bien des citoyens qui voient encore leur ville comme un centre de services de base, le maire ne marque aucun point en s’affichant avec les grosses gommes de la politique québécoise et canadienne.

L’équilibre est toujours difficile à faire entre voguer dans les hautes sphères du pouvoir tout en gardant le contact avec la population. L’ancien maire Yves Ducharme a oublié cette règle de base en multipliant les voyages alors que sa ville récemment fusionnée était en proie à toutes sortes de crises. Ça lui a coûté son poste en 2005.

Le même piège guette Maxime Pedneaud-Jobin qui est plus à l’aise aux côtés d’un premier ministre que dans un souper de bines des Chevaliers de Colomb. Pas pour rien que ses adversaires l’attaquent sur des dossiers aussi triviaux que la collecte des encombrants, l’entretien des rues ou le déneigement. C’est son talon d’Achille, et ils le savent. Le calme relatif qu’on vit à Gatineau n’est peut-être que l’œil de la tornade.