Marie-Ève Martel
Est-ce être un mouton que de porter le masque? Pas si sûre.
Est-ce être un mouton que de porter le masque? Pas si sûre.

Libêêêêêêêrté !

CHRONIQUE / «On devrait interdire le port du burkini et la pratique de l’islam au Québec afin de protéger nos libertés», écrivait un internaute en réponse à un tweet de Michelle Blanc, qui s’insurgeait de voir que les locataires du chalet voisin au sien étaient des femmes en burkini qui profitaient de la fraîcheur de l’eau de «son» lac.

Ironique quand même de proposer de brimer la liberté des autres au nom des siennes, ai-je pensé en lisant ces quelques mots noyés à travers une série de réponses où tout un chacun invectivait ceux qui ne partageaient pas le même avis.

Comme le veut l’adage, la liberté des uns...

Mais bon, il n’y a rien de surprenant à ce que des gens soient frileux ou outrés de voir des gens au visage couvert, surtout par les temps qui courent.

C’est un drôle d’amalgame à faire, mais dans les deux cas, il se trouve des gens pour dire que de se couvrir le visage est nécessairement le symptôme d’une oppression quelconque.

Même le port du masque pour des raisons sanitaires est décrié. Une tranche de la population qui s’oppose à celui-ci dénonce l’autre qui s’y prête.

Des moutons ! disent-ils de ceux qui obéissent aux autorités de la santé publique, dont ils doutent de la sincérité. Pas question pour eux de se faire manger la laine sur le dos.

Bêêêêêê !

Malheureusement, certaines personnes ont interprété le déconfinement comme un élargissement de leurs libertés, parfois même au-delà de ce qu’ils se seraient permis avant la pandémie.

Suffit de voir les photos prises de terrasses de certains bars pour constater qu’aux yeux de certains, c’était comme si rien n’était arrivé. Pas étonnant donc que la COVID-19 se soit répandue comme une traînée de poudre à certains endroits où un relâchement a été observé.

En effet, les gens sont libres de sortir, de fréquenter des lieux publics et de côtoyer qui ils veulent. Les gens sont — encore pour le moment, mais pour combien de temps ? — libres de ne pas porter le masque s’ils n’en ont pas envie.

On ne peut s’empêcher de remarquer qu’il y a également un effet d’entraînement de ce côté-là. Des gens qui en voient d’autres festoyer sans se soucier des mesures sanitaires en place seront peut-être tentés de les imiter puisqu’il n’y a pas de danger apparent. Ou bien certains fléchissent sous la pression de leurs pairs qui les jugent parce qu’ils souhaitaient se couvrir le visage.

Qui est le mouton maintenant ?

Libêêêêêêrté !

Si la santé des autres est un obstacle à sa liberté individuelle, c’est peut-être là le signe que celle-ci déborde un peu trop d’un côté...

La situation qu’on observe actuellement contraste étrangement avec le contexte de la mi-mars. Autant l’esprit de communauté a mené au respect des règles sanitaires et à un confinement exemplaire, ce printemps, autant on assiste désormais au retour en force de nos individualismes, de nos besoins de liberté et nos envies, qui prennent le dessus sur la patience et l’abnégation dont nous devrions faire preuve pour passer définitivement à travers la pandémie, dont la deuxième vague ne saurait tarder.

Le port du masque, l’observation d’une certaine distance physique et le report de certaines activités auxquelles il n’est pas encore possible de s’adonner normalement ne sont pas un aveu de faiblesse ni le signe qu’on est un mouton.

Au contraire, ils sont le signe d’une conscience sociale qui va au-delà du bien-être de notre seul individu.

Jouir de libertés individuelles ne nous affranchit pas de nos responsabilités sociales et collectives. Certains semblent oublier cet état de fait qui est pourtant l’un des fondements du « vivre-ensemble » encadrant notre mode de vie grégaire.

En troupeau.

Le temps étant venu de marquer une pause pour les vacances estivales, cette chronique fera relâche pour les prochaines semaines.

À bientôt !