La présidence de Barrack Obama ressort comme si ce dernier avait été un républicain modéré.

L’héritage d’Obama remis en question

ANALYSE / Près de trois ans après avoir quitté la présidence, Barack Obama demeure une figure emblématique pour les Américains. Selon un récent sondage, ils le considèrent toujours comme étant le meilleur président qu’ils ont eu durant leur vie. Obama obtient 31 % des votes, comparativement à 21 % pour Reagan et 13 % pour Clinton.

Chez les démocrates, Obama est encore plus populaire. Il est vu favorablement par 95 % des membres de son parti. Chez les Afro-Américains, il obtient une note de 99 %. Cette popularité explique en grande partie le soutien de 30 % que Joe Biden reçoit des partisans démocrates. Ce dernier partage l’héritage d’Obama.

En avril 2019, l’ancien président Obama exprima ses inquiétudes concernant l’avenir de son parti. Il nota que parmi les candidats les plus progressistes, il y avait une tendance à être trop rigide et à rejeter toute vision qui ne correspond pas à leur pureté idéologique. Cette intransigeance va à l’encontre de la tradition du parti démocrate qui se veut une vaste coalition se démarquant par sa diversité et son esprit de tolérance.

Normalement, tout candidat démocrate devrait se concentrer sur trois choses : présenter une vision positive de son programme électoral, expliquer pourquoi il ferait mieux que l’occupant actuel de la Maison-Blanche et expliquer ses prises de position antérieures. Dans la promotion de leurs programmes politiques respectifs, les candidats les plus progressistes ne sont pas limités à mettre en valeur leur vision particulière.

Dans leurs attaques contre Joe Biden lors des débats du 30 et 31 juillet, la dizaine de candidats démocrates les plus radicaux ont attaqué systématiquement l’héritage d’Obama. Ces attaques sont venues pas seulement de Bernie Sanders, Elizabeth Warren, Kirsten Gillibrand ou Bill de Blasio, mais aussi de candidats afro-américains comme Kamala Harris et Cory Booker, et du candidat latino Julian Castro, ancien secrétaire au développement urbain sous Obama.

Au lieu d’affirmer leur volonté de consolider les politiques mises en place par l’administration Obama en santé, éducation, commerce, justice pénale, ou immigration, ils ont à tour de rôle écorché fortement l’héritage d’Obama. Ils ont oublié qu’Obama avait aussi sauvé l’économie américaine en 2009, qu’il avait relancé une industrie automobile en faillite, qu’il avait signé l’accord de Paris et qu’il avait nommé deux femmes impressionnantes à la Cour suprême.

Dans le processus, la présidence Obama ressort comme si ce dernier avait été un républicain modéré. Les attaques des candidats progressistes furent à la fois tristes et stupides. Être anti-Trump ne semble pas être suffisant pour ces derniers. Ils ont oublié qu’Obama était toujours « de loin le personnage le plus populaire du parti démocrate, vénéré par les libéraux, les modérés et même certains républicains ».

Paradoxalement, les deux véritables gagnants des attaques contre Obama sont Trump et Biden.

Trump, qui est animé par une animosité viscérale à l’égard d’Obama, s’est empressé de se réjouir de voir des candidats démocrates attaquer l’héritage de son prédécesseur. Pour Biden, ces attaques consolident sa position d’héritier du premier président afro-américain.

Le problème avec la frange la plus progressiste des candidats démocrates réside dans leur incapacité à faire des compromis sur les positions politiques qu’ils ont préconisées de longue date. Ils sont essentiellement des idéologues. Par exemple, lorsqu’en mars 2019 Nancy Pelosi, la présidente de la chambre, a présenté un projet de loi visant à renforcer l’Obamacare, elle reçut le soutien des démocrates de tous les horizons idéologiques, sauf celui de Bernie Sanders qui demeura farouchement opposé à la mesure.

Les candidats les plus progressistes sont convaincus que seul un agenda radical comportant des idées audacieuses pourrait stimuler les électeurs américains et les inciter à voter pour les démocrates. Opposé à toute stratégie préconisant un changement progressif, ils se comportent comme des parieurs hardis qui n’hésitent pas à prendre des risques.

Comme la large majorité des électeurs démocrates se considèrent comme modérés, ils croient que la meilleure façon d’accéder à la Maison-Blanche consiste à avoir à une approche à la fois pragmatique et progressiste. Ils ne veulent pas voir des candidats se qualifiant eux-mêmes de socialistes être désignés comme porte-étendard de leur parti en 2020.

Loin de vouloir faire exploser le système, ils veulent s’appuyer sur les programmes déjà existants et les améliorer. Si le parti se range trop à gauche, ils craignent que cela permette à Trump de demeurer à la Maison-Blanche et aux républicains de prendre le contrôle des deux chambres du Congrès. Cette perception est encore plus vraie chez les indépendants.

Le virage radical du parti démocrate pourrait avoir des conséquences politiques graves. Le parti risque de perdre les gains réalisés lors des élections de mi-mandat. Pour redevenir le parti dominant qu’il a été entre 1932 et 1980, le parti démocrate doit se reconstruire autour d’une coalition élargie, comportant différentes orientations idéologiques.

Le radicalisme de gauche risque de détruire le parti démocrate comme le populisme grossier et le nationalisme ethnique sont en train de le faire pour le parti républicain. Espérons que le parti démocrate trouvera la sagesse, la décence et le courage de ne pas sombrer dans les tares du parti républicain qui est devenu infecté par un courant extrémiste marqué par la bigoterie et le nationalisme ethnique.

L’ancien président Obama lança une importante mise en garde contre une radicalisation excessive. Espérons que les candidats progressistes auront compris le message lors du prochais débat du 12 septembre.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.