L’Opération Verre-Vert est en cours depuis quelques années en Estrie, dans la MRC du Val-Saint-François. Les citoyens se sont ainsi concertés pour lancer des messages puissants aux décideurs politiques comme aux dirigeants de la SAQ afin de favoriser un système de consigne et de dépôt volontaire.

Levons notre verre à la détermination

CHRONIQUE / « Aaah. J’ai oublié ma boîte de bouteilles vides sur le bord de la porte à la maison, vous en avez de la chance, hein? »

Les trois conseillères de la SAQ m’ont souri. Elles me voient assez souvent pour savoir que je ne niaise pas quand je parle de boîte(s). En fait, elles doivent craindre que je débarque un bon matin avec les corps morts de tout ce que j’ai acheté au fil du temps, un long et lourd camion-remorque, un peu comme la gang de Verre-Vert.

Verre-Vert, c’est un groupe de citoyens qui s’est mis en action il y a quelques années déjà, en Estrie, dans la MRC du Val-Saint-François où je m’adonne à vivre. Histoire de démontrer leur détermination, d’attirer l’attention médiatique et d’envoyer des messages clairs aux décideurs politiques, ils ont organisé quelques livraisons spectaculaires de verre, tantôt à la SAQ, tantôt à l’écocentre.

Un dix roues rempli de bouteilles vides, veut, veut pas, ça surprend un peu.

Mais c’est pas pour faire les intéressants que nos concitoyens ont ramassé leurs bouteilles.

Ça fait des années qu’ils le répètent, le système de recyclage actuel, où toutes les matières sont garrochées pêle-mêle dans le bac, fait en sorte qu’elles se contaminent entre elles et que tout perd de sa qualité recyclable.

C’est un peu comme si tu fais une brassée avec ton pantalon de lin blanc, tes nouvelles serviettes de table rouges, ton top fleuri pis le jeans neuf de ton grand ado en ajoutant un petit bouchon d’eau de javel. Tu vas avoir un look intéressant en te pointant au bureau lundi.

L’idée, donc, c’est de faire une brassée de blanc, une autre de foncé propre, pis idéalement une autre de foncé où tu mets les bas pis les trucs plus sales pour pas que ça s’infiltre dans le textile de ton plus beau chandail.

Trier les matières à la source, ça pourrait (devrait) ressembler à ça, le plastique par ici, le métal par là, le papier de côté et le verre dans des bennes à verre, donc moins de tri, de bris d’équipements dans les centres de tri, de contamination, de perte et ultimement, d’enfouissement.

Parce que là, avouons-le, c’est un peu sacrant de constater que moins de 20 pour cent du verre récupéré est au final recyclé.

C’est un peu pour ça qu’a vu le jour le Mouvement SAQ Consigne, une autre initiative citoyenne, notons-le au passage, parce qu’on a souvent l’impression que ça grouille plus à la base qu’au sommet de la pyramide.

Les gens de SAQ Consigne invitent les Québécois à retourner leurs bouteilles vides dans leurs succursales, histoire de mettre de la pression sur les conseillers, pour qu’eux-mêmes mettent de la pression sur leurs patrons en haut lieu.

Les bouteilles de la SAQ, c’est grosso modo 50 pour cent du verre dans nos bacs de recyclage au Québec. En Ontario, la province d’à côté à laquelle le premier ministre Legault aimait bien se référer lors de la dernière campagne électorale, la consigne des contenants de vins et de spiritueux est facilitée par la répartition d’environ 800 lieux de dépôt et permet de récupérer autour de 90 pour cent de la matière.

Ici au Québec? On réfléchit. Beaucoup. Depuis un moment. C’est loooong.

L’avantage de la consigne, c’est le nanane en argent sonnant qui peut convaincre les plus récalcitrants, bien sûr, mais aussi l’expression du leadership nécessaire d’une société d’État.

Reste tout de même près de 50 pour cent du verre à gérer, parce que les cornichons, la moutarde, la sauce soya, etc.

C’est un peu pour ça que Verre-Vert pousse pour un système de dépôt volontaire dans les municipalités, comme ça se fait déjà en quelques endroits. Dans mon Val, les maires ont dit oui, la MRC est prête à tenter le coup, mais on attend Recyc-Québec. C’est loooong.

Des fois j’me demande, une fois que j’aurai laissé ma boîte de vino entre les bras d’une de mes conseillères, est-ce que je dois faire un détour au siège de Recyc-Québec pour déposer mon vieux pot de moutarde sur le perron?

Mais avant, faut que je repasse à la SAQ. Peut-être pas avec une boîte pleine, mais avec une ou deux bouteilles en main, un sourire gentil, l’envie de jaser avec mes conseillères préférées, de leur répéter que c’est pas pour les faire suer, juste pour leur rappeler de passer le message à leurs boss.

« Nous autres aussi, on est soucieuses de l’environnement, on recycle à la maison pis on trouve ça ordinaire de tout jeter aux poubelles ici », qu’elles m’ont dit la dernière fois.

Ben dans ce cas, changeons les choses.

Et levons notre verre... vert!