Semaine après semaine, de nouvelles révélations surgissent à propos du président américain Donald Trump, chacune plus choquante les unes que les autres.

L’étau se resserre dangereusement sur Donald Trump

CHRONIQUE / Déjà des dizaines de collaborateurs et trois des enfants du président américain font l’objet d’une enquête ou ont plaidé coupables de malversations. Et cela n’est que le début. L’étau se resserre de manière telle sur Donald Trump que ce dernier apparaît de plus en plus comme un parrain de la mafia.

Semaine après semaine, de nouvelles révélations surgissent, chacune plus choquante que la précédente. Embourbé dans ses scandales, le président se débat comme un lion en cage. Sa stratégie favorite, celle d’affirmer qu’il est victime d’une chasse aux sorcières, est devenue de moins en moins crédible, même pour ses plus fidèles partisans.

Un constat clair ressort : tout ce que Trump touche devient corrompu. Après avoir réglé à l’amiable une poursuite contre l’Université Trump, le nombre d’enquêtes criminelles pour malversations se multiplie : collusion russe, Fondation Trump, affaire Stormy Daniels, organisation de sa campagne présidentielle de 2016, comité d’organisation de son inauguration, octroi d’accès privilégiés à ses principaux donateurs politiques, violation de la constitution sur les émoluments présidentiels, embauche d’immigrants illégaux dans ses complexes hôteliers, etc.   

Or, le rapport de Robert Mueller, le procureur spécial, pourrait soumettre des preuves encore plus aggravantes. Et les démocrates qui prendront le contrôle de la chambre des représentants en janvier s’apprêtent à lancer de nouvelles enquêtes concernant sa gestion de l’administration et à demander un accès à ses déclarations de revenus.

Le tsunami démocrate survenu lors les élections de mi-mandat a ouvert une brèche dans la coalition républicaine soutenant Trump. La confiance de l’establishment républicain n’a pas encore été brisée. Néanmoins, un nombre grandissant d’entre eux se méfient des réactions du président face aux nouvelles révélations concernant ses multiples scandales personnels et économiques.

En dépit de leurs déclarations à teneur religieuse et morale, les décisions des représentants de l’establishment républicain reposent très peu sur les principes ou les valeurs morales. Leurs principales préoccupations sont de conserver le contrôle des trois branches de l’appareil fédéral américain. Aussi, ils sont disposés à se délester d’un haut dirigeant devenu un boulet politique. Or, le président teste au maximum leur patience.

Opposé au parti

Dans une série de dossiers controversés tels que l’immigration, l’imposition de tarifs commerciaux, le retrait militaire américain de la Syrie, l’abolition partielle des sanctions contre la Russie, la promotion des droits humains, la construction d’un mur à la frontière mexicaine ou l’imposition d’une paralysie du gouvernement, Trump propose des politiques opposant les intérêts du parti républicain à long terme.

Chaque fois que les républicains ont cherché à attaquer ces programmes, ils ont perdu. Même chez les partisans acharnés de Trump, le soutien à l’Obamacare demeure élevé. Les élections de mi-mandat ont montré comment la santé était une question perdante pour les républicains. Or, Trump persiste à vouloir démanteler le programme de l’Obamacare et à limiter l’expansion de Medicaid.

En conséquence, des signes sont palpables d’un changement d’attitude dans l’establishment républicain. Alors que l’administration Trump défend fortement les politiques du prince Bin Salman de l’Arabie saoudite, le sénat a adopté à la mi-décembre deux résolutions bipartisanes condamnant l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi et demandant à l’administration de mettre fin à son soutien à l’opération militaire saoudienne au Yémen.

La capacité de Trump de se doter d’une solide base électorale au sein du parti avait amené l’establishment à se rallier derrière sa candidature au printemps 2016. Toutefois, le Comité national républicain a noté récemment un tournant potentiel dans la capacité de maintenir un soutien populaire pour ses politiques. Ses cotes d’approbation se détériorent non seulement dans la population en général, mais aussi au sein des électeurs républicains.

Loyauté défaillante

Si les partisans du président ont démontré depuis trois ans une loyauté sans équivoque en des controverses et des enquêtes de toute sorte que Trump suscite, des signes apparaissent qu’ils commencent à se distancer du président. De groupes importants de ses partisans rompent avec ce dernier sur des positions spécifiques, selon un sondage récent commandité par CNN.

Si 90 % de ses partisans soutiennent toujours sa politique étrangère, ils sont 40 % à estimer que la réaction du président à l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi a été beaucoup trop faible. Aussi, ils se montrent largement d’accord avec la résolution unanime du sénat dénonçant le prince Bin Salman pour son implication dans ce meurtre.

Par ailleurs, seulement 19 % de ses partisans considèrent que les déclarations publiques du président concernant l’enquête sur la Russie sont complètement honnêtes, alors que 46 % pensent que ce dernier est impliqué dans le scandale. Par contre, seulement 5 % seraient d’accord pour un procès en destitution. Plus encore, une faction importante, soit 30 %, a une perception positive de Joe Biden comme candidat potentiel démocrate à la présidence en 2020.

Le désir d’une minorité de dirigeants républicains de voir un candidat confronter Trump dans les primaires de 2020 représente un autre signe inquiétant. Parmi les voix s’élevant en ce sens, on retrouve le gouverneur John Kasich d’Ohio et la sénatrice Susan Colins du Maine. 

Dans l’éventualité d’une contestation de son leadership lors des primaires, les sondages montrent que Trump est présentement assuré du soutien d’au moins 67 % des républicains. Mais nous sommes encore à un an du début des primaires. Beaucoup d’événements peuvent entre-temps influencer le sentiment des électeurs. Paradoxalement, le véritable talon d’Achille de Trump pourrait provenir, non des enquêtes criminelles, mais de la détérioration de la situation économique. 

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.