Doug Ford a passé le temps des Fêtes avec les stars francophones d'Hollywood.

Les vacances de Ford à Hollywood

CHRONIQUE / Ainsi, le premier ministre de l’Ontario. Doug Ford, a passé les Fêtes en milieu francophone. C’est déjà ça.

Le hic, c’est qu’il n’était nulle part au Canada. Il n’a pas réveillonné avec les Franco-Ontariens. Il n’a pas partagé le souper de Noël avec les Québécois. Et il n’a pas accueilli la nouvelle année en compagnie des Acadiens, des Fransaskois, des Franco-Manitobains ou avec toute autre communauté francophone au pays.

Doug Ford a plutôt décidé de se la couler douce durant le temps des Fêtes avec les francophones de… Hollywood, en Floride.

Un Franco-Ontarien du nom de Nicholas Lebel transmet régulièrement des textos à Doug Ford. Et M. Lebel ne se gêne jamais pour gentiment critiquer le premier ministre sur les coupes aux affaires francophones. Mais récemment, dans un moment de trêve de Noël, M. Lebel a simplement fait parvenir ses vœux du temps des Fêtes ou premier ministre ontarien.

À sa grande surprise, ce dernier lui a répondu. Voici ce que M. Ford a écrit (je traduis puisque son message était évidemment en anglais) :

« Joyeux Noël et bonne et heureuse année à vous et votre famille. Je suis dans la capitale francophone des États-Unis et je célèbre les Fêtes avec de nombreux amis québécois. Amicalement, Doug. »

Lorsque joint par un journaliste de #ONfr, Nicholas Lebel a déclaré qu’il avait bien apprécié ce bref échange avec le premier ministre. Mais il a ajouté : « Le fait qu’il soit en Floride, la capitale de la francophonie aux États-Unis, comme il dit, ou qu’il soit avec des Québécois ne fait rien pour les francophones de l’Ontario. Ça ne règle toujours pas que nous n’avons pas d’université de langue française ou de commissariat indépendant aux services en français ».

Bien dit, M. Lebel.

Mais Doug Ford était-il uniquement avec des Québécois là-bas ? J’en doute. Parce que plusieurs Franco-Ontariens (et autres francophones du Canada) sont aussi « membres » des Snowbirds, ces Canadiens français qui passent l’hiver à Hollywood, en Floride. Je parie même que vous en connaissez certains, chers lecteurs. Personnellement, je pourrais vous en nommer quelques-uns.

Alors pourquoi Doug Ford s’entête-t-il à parler des Québécois chaque fois qu’il est question de francophones ? Rappelez-vous de sa déclaration à un journaliste de Radio-Canada durant la campagne électorale du printemps dernier : « Je veux apprendre le français, avait-il dit, afin de pouvoir communiquer avec les Québécois ».

Misère… il ignorait à l’époque que l’Ontario — la province qu’il dirige aujourd’hui — compte plus de 600 000 francophones. C’est à se demander par moments s’il l’a appris depuis…

Mais bon. Notre premier ministre séjourne à Hollywood, Floride. C’est son choix. C’est son droit. Mais espérons qu’il ne se fie pas à la vie là-bas pour se faire une idée du quotidien des Franco-Ontariens.

Avez-vous déjà visité ce coin de la Floride ? Moi, si. Il y a longtemps. Vint-cinq ans pour être exact. Mais je devine que l’endroit n’a pas tellement changé depuis.

Pour vous décrire Hollywood en quelques mots, je dirais que c’est comme prendre un petit village du Québec et de le transporter en Floride, sur la côte de l’océan Atlantique.

Vous y trouverez là-bas votre copie papier d’un quotidien québécois, les dépanneurs vendent des cigarettes de marques canadiennes ainsi que de la bière Molson et Labatt, vous pouvez transiger aux guichets bancaires de Desjardins, et la moitié des boutiques et restaurants sont décorés d’une affiche : « On parle français ». Rien de dépaysant, mettons.

La très grande majorité des Snowbirds sont âgés de 65 ans et plus et, sur la « Hollywood Beach », neuf personnes sur dix parlent français. Ils sont tous retraités ou en vacances. La plus importante décision de la journée est de choisir entre porter le bermuda à fleurs ou le Speedo léopard pour passer la journée à la plage. Et il ne faut surtout pas oublier le matin d’appeler au resto où « on parle français » afin de réserver une table pour 16 h 30, soit l’heure la plus achalandée de la journée.

La belle vie loin de l’hiver, quoi.

Mais je crois qu’on s’entend pour dire que ce n’est pas ce qu’il y a de plus représentatif de la réalité des Franco-Ontariens. Souhaitons que Doug Ford l’ait compris…