Personne n’a autant d’importance dans ma vie que mon père, Réjean, avec qui j’ai fait les 400 coups. Avec qui je partage rires, joies et défaites. Il a été très papatient, et ça a fini par lui sourire.

Les papatients

CHRONIQUE / Ce sera la fête des Pères demain.

À tous ceux qui seront entourés de leur marmaille, de leurs rejetons et peut-être même de la progéniture de ceux-ci, jeunes ou moins jeunes, que cette journée soit ensoleillée et remplie d’amour.

À tous les autres qui ne célébreront pas cette fête comme ils l’auraient souhaité, un seul conseil : soyez papatients.

Mes parents ont mis fin à leur mariage quand j’avais sept ans. Je me souviendrai toujours du moment où ma mère, aujourd’hui décédée, me l’a appris. C’était au retour de ma rentrée scolaire, en deuxième année.

« Ton père nous abandonne », s’est-elle contentée de me dire. Il n’en fallait pas plus pour briser mon cœur de fillette, qui mettra des années à s’en remettre.

Des années.

Pendant tout ce temps, on m’a convaincue que ma vraie place n’était qu’auprès de ma mère, qui «avait besoin de moi, elle ». Que mon père ne souhaitait ma garde que pour éviter d’avoir à payer une pension alimentaire, et que ma famille paternelle élargie n’avait pas de réel intérêt pour moi.

Pendant ces années, je l’ai crue. J’ai passé une fin de semaine sur deux avec mon père comme je l’aurais passé avec un inconnu. Dans des fêtes de famille, je restais dans mon coin, ne sachant pas si la présence chaleureuse et la générosité de mes oncles et tantes étaient authentiques ou factices.

Ce n’est qu’une décennie plus tard, que j’ai acquis la maturité nécessaire pour réaliser que bien des perceptions que ma mère avait profondément ancrées dans mon esprit n’étaient qu’un mirage visant à me garder jalousement auprès d’elle. J’étais victime d’aliénation parentale.

À l’aube de l’âge adulte, j’ai donc fait le choix de m’établir avec mon père. Bien sûr, il nous a fallu quelques années, à lui comme à moi, pour nous apprivoiser.

Et, au fil du temps, j’ai compris que jamais il n’avait voulu autre chose que mon bien. J’ai réalisé qu’il m’aimait autant qu’un père peut aimer son unique enfant, et que toutes ces années à tenter, sans succès, de percer la coquille d’acier dans laquelle on m’avait entraînée à me réfugier l’avaient terriblement fait souffrir.

Il ne m’en tient pas rigueur, mais je ne peux m’empêcher d’éprouver beaucoup de tristesse en repensant maintenant à ces années avec mes yeux d’adulte.

Aujourd’hui, hormis mon fiancé, personne n’a autant d’importance dans ma vie que mon père, Réjean, avec qui j’ai fait les 400 coups. Mon héros, avec qui je partage rires, joies et défaites. Il a été très papatient, et ça a fini par lui sourire.

Attente interminable

C’est donc un message d’espoir que j’ai envie de livrer aujourd’hui aux autres pères qui se trouvent dans une situation similaire.

J’ai des chums de gars, plus âgés et aujourd’hui séparés de la femme avec qui ils ont eu des enfants, devenus des ados et des préados.

Ils me confient parfois leurs inquiétudes de voir leurs enfants s’éloigner d’eux ou de les entendre prononcer des paroles qu’ils n’ont pu qu’entendre ailleurs... L’incompréhension et surtout le sentiment d’injustice peuvent alors être grands. Mes amis n’ont rien fait de particulier pour «mériter» le fossé qui les sépare de leurs enfants.

Mais celui-ci finira par se résorber de lui-même, dans plusieurs cas. En grandissant, les enfants réaliseront tout naturellement que papa est un être aimant qui ne fait qu’attendre son tour pour être aimé en retour. Ça ne rachètera pas les mois ou les années qui ont passé, mais il n’est jamais trop tard.

Ça peut sembler une attente interminable, mais il y a une lumière au bout de ce long tunnel. Il y a très peu de choses à faire. Suffit d’être papatient et de laisser la porte ouverte.

Évidemment, je m’adresse aujourd’hui aux pères, mais je ne nie pas que dans certaines familles, la situation est inversée. Des papas pas parfaits, il y en a et des mamans qui en bavent, tout autant. Pendant les premières années de sa vie, l’esprit d’un enfant est malléable et les premiers à sculpter sa vision du monde, ce sont ses parents.

Il est injuste que certains utilisent ce pouvoir à des fins égoïstes pour gagner l’affection d’un être qui aime inconditionnellement ou encore pour accaparer cet amour en semant le doute vis-à-vis l’autre.

La fin d’une relation amoureuse ne doit pas signifier la rupture d’une relation parentale parce que l’un des deux géniteurs de l’enfant en a unilatéralement décidé ainsi.

L’amour, c’est l’unique chose qui peut se multiplier à l’infini sans prendre plus de place.

Il est donc inutile de tenter de le garder complètement pour soi.