Les réservoirs d’eau géants sont emblématiques de Masson-Angers.

Les oubliés

CHRONIQUE / « Ouin… La madame n’est pas contente.

— De qui parles-tu Manon ?

— D’une dame qui a écrit une lettre publiée dans la section « À vous la parole » du Droit de ce matin (hier). Tu l’as lue, Denis ?

— Pas encore, non. De quoi s’agit-il ?

— En gros, elle dit que le secteur Masson-Angers, où elle habite, n’est pas valorisé par la Ville de Gatineau et que c’est un secteur oublié. Elle écrit, par exemple, que l’aréna est fermé à cause de problèmes de gaz et que la seule piscine publique de ce secteur est fermée à cause d’un manque d’entretien.

— Je ne sais pas à propos de l’aréna, mais elle a raison pour la piscine. J’ai lu il y a quelques jours, alors que nous étions en pleine canicule, qu’elle sera fermée tout l’été. Et dans ce texte, on pouvait lire que la Ville suggérait aux citoyens de Masson-Angers de se rabattre sur trois jeux d’eau. En d’autres mots : «Oubliez votre piscine et allez vous arroser».

— C’est donc vrai que ce secteur est oublié ?

— Je ne sais pas s’il est oublié, Manon, mais je dirais qu’il est méconnu. En tout cas, moi, je ne le connais pas vraiment. Quand j’entends le nom Masson-Angers, je pense au traversier entre Cumberland et ce secteur. Je vois aussi les deux réservoirs d’eau géants qu’on peut apercevoir de la 50. Et je vois les commerces placardés de la route 148 qui mène vers Thurso et la Petite-Nation. Ce bout de route a l’air d’un village fantôme. Masson-Angers, c’est le secteur à l’autre bout de la 50 où les gens vont dormir. C’est à peu près l’image que j’ai de l’endroit.

— Il y a sûrement plus que ça, Denis.

— Sûrement. Tiens, je vais googler le nom Masson-Angers sur mon ordi. Ah, voilà. Le site Tripadvisor propose «les 10 meilleures choses à faire à Masson-Angers en 201 Quelle est la première chose sur la liste ?

— Heu… une visite du Parc du lac Leamy.

— Mais… ce n’est pas à Masson-Angers, ça.

— Pas du tout, Manon.

— Et la deuxième chose à faire sur la liste ?

— Une visite du Musée de Cumberland, de l’autre côté de la rivière, en Ontario.

— Misère. Je commence à comprendre pourquoi certains commerçants de Masson-Angers préfèrent s’identifier à Buckingham.

— Mais la troisième chose à faire sur cette liste se trouve bel et bien à Masson-Angers. Il s’agit de ParaSurvol Outaouais.

— C’est quoi ça ?

— De ce que je lis, c’est un vol en tandem dans un paramoteur. Ça me semble excitant. Et les critiques sur Tripadvisor sont excellentes. Et de l’image que je vois, je dirais que c’est comme survoler Gatineau assis dans une chaise-panier en plastique qu’on retrouve devant chaque porte d’un motel cheap.

— T’essaierais ça, Denis, un vol en paramoteur ?

— T’es malade ? Moi et ma phobie des hauteurs ? Je mourrais assis dans une chaise de motel « cheap ».

— Poltron.

— Et je m’assume. T’as terminé avec Le Droit, Manon ?

— Presque. Savais-tu que Patrimoine Ottawa offrira quatre visites guidées cet été qui visent à reconnaître la place de la francophonie dans différents quartiers historiques de la région d’Ottawa ?

— Puis après ?

— Aucune de ces visites ne se fera à Vanier.

— On visitera quels quartiers alors ?

— La Basse-Ville, la Côte-de-Sable, Orléans et le cimetière anglican St-James à Gatineau.

— Quoi ? La Basse-Ville et Orléans, d’accord. La Côte-de-Sable, ça passe. Mais le cimetière anglican de Gatineau ? Vraiment ? Et pas de Vanier ? Là où se situait l’église Saint-Charles où est né l’Ordre de Jacques-Cartier ? Et là où se trouve le cimetière Notre-Dame où sont enterrés Wilfrid Laurier et Élisabeth Bruyère, pour ne nommer que ces deux figures historiques ?

— Non, pas de Vanier. Faut croire qu’il n’y a pas juste Masson-Angers qui est oublié et méconnu, hein Denis ?

— Passe-moi mon Droit, Manon.»