Jean-Robert Gauthier s'est battu aux côtés de Gisèle Lalonde lors de la crise de l'hôpital Montfort.

Les mots de Jean-Robert

CHRONIQUE / Vous me permettez que je revienne une autre fois sur Montfort ?

Je ne veux pas être le vieux « radoteux » ou l’éternel nostalgique qui commence pratiquement chaque phrase par les mots : « dans mon temps… ! ». Mais la lutte actuelle des Franco-Ontariens et de tous les francophones au pays ressemble tellement à la lutte de S.O.S. Montfort qu’il est difficile de ne pas faire des parallèles.

Comme a répondu Ronald Caza dans la « grande entrevue » de samedi dernier lorsque je lui ai demandé s’il voyait des similitudes entre le soulèvement pour sauver l’Hôpital Montfort, en 1997, et celui de cette année pour sauver notre université et le Commissariat aux services en français :

« C’est incroyablement pareil, a-t-il laissé tomber. Dans les deux cas, les conserveurs ont pris leur décision pour épargner de l’argent sans prendre en considération que ces institutions jouent un rôle important pour la minorité linguistique. C’est du pareil au même », a ajouté l’avocat franco-ontarien.

Voilà. Du pareil au même.

Donc vous me permettez que je revienne sur Montfort ce matin ? Oui ? Merci.

Lors du Grand rassemblement S.O.S. Montfort du 22 mars 1997 à Ottawa, le Sénateur (feu) Jean-Robert Gauthier a surpris les 10 000 personnes présentes en arrivant sur scène brandissant un drapeau vert et blanc. M. Gauthier était très malade et son absence à ce rassemblement historique aurait certes été justifiée et compréhensible. Mais ce grand Franco-Ontarien, qui avait lancé un cri de solidarité aux siens tout au début de la lutte, tenait à y être. Malgré la maladie, malgré le fait qu’il devait se déplacer en fauteuil roulant et malgré le fait qu’il était trop faible ce jour-là pour prendre la parole, il tenait à y être.

Il a été accueilli en héros.

« Pour moi, Jean-Robert n’a jamais été aussi «debout» devant l’adversité », avait déclaré par la suite la présidente de S.O.S. Montfort, Gisèle Lalonde.

Celle-ci a pris la parole pour le Sénateur Gauthier lors du Grand rassemblement. Et les mots qu’elle a prononcés — Jean-Robert Gauthier à ses côtés — résonnent toujours. Et plus fort que jamais…

Les voici :

« J’ai rêvé d’un grand pays. J’ai rêvé d’un pays où j’avais ma place. Où moi et tous les miens avions notre place.

Avoir notre place, c’est ne plus avoir à quêter pour des choses si simples et si faciles.

Lors du Grand rassemblement S.O.S. Montfort du 22 mars 1997 à Ottawa, Jean-Robert Gauthier a brandi un drapeau franco-ontarien sur scène.

Avoir notre place, c’est qu’on respecte notre langue lorsque nous dépensons l’argent durement gagné.

Avoir notre place, c’est ne plus avoir à nous battre pour ce qui est si facile à comprendre.

Avoir notre place, c’est ne plus voir d’enfants qui ont peur de parler la langue de leurs parents.

Avoir notre place, c’est ne plus avoir de parents qui ont peur pour l’avenir de leurs enfants.

Avoir notre place, c’est ne plus avoir à attendre pour des écoles qui sont vraiment à nous.

Avoir notre place, c’est ne plus se faire dire que notre langue coûte trop cher, que tout se ferait si simplement dans l’autre.

Avoir notre place, c’est avoir le droit d’être malade et soigné en français.

Avoir notre place, c’est le droit de naître et de mourir en français.

Avoir notre place, c’est ne plus jamais subir des affronts inutiles comme celui de Montfort.

Avoir notre place, c’est vivre dans l’égalité, chez nous, maintenant, pour demain et pour toujours.

Avoir notre place, c’est être traités en Canadiens et Canadiennes, par d’autres Canadiens et Canadiennes.

Restons un peuple fier.

Ne soyons plus jamais divisés !».