Sylvain St-Laurent
Le Droit
Sylvain St-Laurent
Vendredi matin, je lisais un peu sur la carrière de Craig Anderson. Je me suis vite rendu compte que j’en avais oublié un grand bout.
Vendredi matin, je lisais un peu sur la carrière de Craig Anderson. Je me suis vite rendu compte que j’en avais oublié un grand bout.

Les leçons d’Andy

CHRONIQUE / C’est vrai, ce qu’on dit. On peut finir par oublier la grande valeur des gens qui évoluent sous notre nez pendant trop longtemps.

Vendredi matin, je lisais un peu sur la carrière de Craig Anderson. Je me suis vite rendu compte que j’en avais oublié un grand bout.

J’avais oublié qu’il avait fracassé le record de la LNH pour le plus grand nombre d’arrêts effectués dans un blanchissage. Il a stoppé 53 tirs, le 2 mars 2008, dans une victoire des Panthers de la Floride contre les Islanders de New York.

J’avais oublié cet autre blanchissage, encore plus mémorable, réussi deux ans plus tard dans les séries de la coupe Stanley. Il était devenu une star instantanée, à Denver, en réussissant 51 arrêts dans une victoire de 1-0 de l’Avalanche contre les Sharks de San Jose.

J’avais presque oublié à quel point il avait été bon, à son arrivée à Ottawa. Parce qu’il avait conservé une fiche de 11-5-1, dans les dernières semaines de la saison 2010-11, il avait carrément coûté aux Sénateurs la chance de repêcher Gabriel Landeskog ou Jonathan Huberdeau.

J’avais surtout oublié sa grande constance, dans les séries de la coupe Stanley, au fil des ans.

En 2012: ses trois victoires arrachées aux Rangers de New York, dans une série où les Sénateurs étaient grandement négligés.

En 2013: sa victoire contre Carey Price et le Canadien de Montréal au premier tour.

En 2015, il n’a pas été capable de battre Price à nouveau. Il a quand même conservé un taux d’efficacité de 97,2 % et une moyenne de 0,97 quand il a pris la relève d’Andrew Hammond, dans une cause déjà perdue.

Enfin, 2017. On se souvient surtout de la domination d’Erik Karlsson et du réveil inattendu de Bobby Ryan. Anderson, qui revenait au jeu après avoir passé plusieurs mois au chevet de son épouse malade, avait peut-être livré une seule mauvaise performance en 19 parties, en route vers la Finale d’Association.

Anderson a été bon. Très bon, même.

Il n’a jamais appartenu à l’élite. Il n’a jamais représenté les Sénateurs au Match des étoiles. On n’a jamais sérieusement considéré sa candidature pour l’équipe olympique américaine. Il a brièvement fait partie des candidats au trophée Vézina une fois, pendant quelques semaines, durant la saison écourtée 2012-13. Il s’est blessé, il a passé sept semaines sur le carreau. On a tout oublié ça.

Au moment où Anderson s’apprête à quitter Ottawa pour de bon, il laisse une première leçon à la direction des Sénateurs.

Dans la Ligue nationale d’aujourd’hui, il n’est peut-être pas nécessaire de miser sur le meilleur gardien au monde pour gagner.

On peut facilement construire une équipe gagnante autour d’un type solide, constant, honnête, qui effectuera suffisamment d’arrêts pour donner chaque soir à son équipe une chance de gagner.

Ça vaut la peine d’en parler, aujourd’hui, parce que les Sénateurs seront bientôt confrontés à un dilemme.

Le 6 octobre, en soirée, les dépisteurs auront deux choix à faire dans le début de la première ronde.

Au troisième rang, ce ne sera pas compliqué. Ce sera Quinton Byfield ou Tim Stützle.

Au cinquième échelon, ce sera plus compliqué. Il y aura ce jeune gardien russe, Yaroslav Askarov, qui domine déjà dans la KHL, à 20 ans.

Ceux qui s’y connaissent nous disent qu’il est bon. Le plus bel espoir à sa position depuis Carey Price, avancent certains.

C’est sexy, un futur Carey Price.

Mais est-ce vraiment nécessaire?

Cinq jeunes gardiens prometteurs poussent, déjà, au sein de l’organisation. Ne devrait pas davantage miser sur Pierre Groulx? Lui demander de développer le futur Anderson, qui apportera de la stabilité devant le filet pour la prochaine décennie?

Anderson laisse un petit quelque chose à tous les espoirs de l’organisation, aussi.

Je parle ici de Joey Daccord, Filip Gustavsson, Marcus Högberg, Kevin Mandolese et Mads Soogard.

Je vous disais, au tout début de cette chronique, que j’avais presque fini par oublier à quel point Anderson a été bon.

C’est un peu sa faute.

Durant ses années à Ottawa, Anderson s’est fait un devoir de se montrer le moins chaleureux possible.

Sans être ouvertement hostile ou désagréable envers les journalistes, il avait un don très particulier. Il était capable de répondre à toutes les questions en utilisant les quatre ou cinq mêmes clichés.

Ça ne donnait pas le goût de s’attarder devant son casier. Ça lui permettait à se fondre dans le décor.

Je n’ai jamais eu la chance de lui poser la question qui me chatouille depuis longtemps. Cette façon de faire, c’était voulu? C’était pour garder une bonne distance avec les médias?

Si oui, c’est peut-être brillant. C’est peut-être une belle façon de gérer la pression qui accompagne cette position maudite, dans un marché canadien de la LNH.