La médaille remise aux athlètes franco-ontariens lors des Jeux d’hiver de l’Ontario a un petit goût amer.

Les jeux de la «sportivite»

CHRONIQUE / Ah ! Ces fameuses traductions « à la Google »...

On en voit régulièrement. Parfois sur l’emballage d’un produit, parfois sur un site web, parfois sur une affiche publique ou sur un menu de restaurant. Et on en rit. Parce que parfois dans la vie, mieux vaut en rire qu’en pleurer.

Là où c’est moins drôle, c’est lorsqu’une traduction effectuée par un moteur de recherche est gravée pour la postérité.

Souvenez-vous de ce monument de la Défense nationale qui se trouve au Cimetière militaire national, à Ottawa, et sur lequel on avait gravé dans le roc un poème traduit « à la Google ». Là, on ne riait plus. Le poème traduit de l’anglais au français n’avait ni queue ni tête et était une véritable insulte pour les familles des milliers de soldats canadiens-français morts au combat pour leur pays. Et la Défense nationale a été obligée de s’excuser et de débourser d’importantes sommes d’argent pour corriger cette gaffe « monumentale ».

Pourquoi je vous parle de tout ça ce matin ? Vous l’aurez sûrement deviné. C’est qu’il y a une autre traduction « à la Google » qui a été gravée pour la postérité. Mais pas par la Défense nationale cette fois-ci, mais bien par le gouvernement de l’Ontario. Par le ministère du Tourisme, de la Culture et du Sport, pour être précis.

Les Jeux d’hiver de l’Ontario 2018 se sont déroulés à Orillia la semaine dernière. Trois mille athlètes — anglophones et francophones — de partout en province y ont pris part. On y a tenu des compétitions de ski alpin, de hockey, de patinage artistique et le reste. Et comme aux Jeux olympiques, les gagnants sont rentrés à la maison médaille au cou.

Et c’est là que ça se gâte...

Voici ce qui est inscrit en anglais sur ces médailles :

« For the glory of sport and the honour of our teams in the spirit of true sportsmanship. »

C’est beau. Inspirant. Presque poétique. Mais voici la traduction de cette phrase telle qu’on peut la lire sur les médailles remises aux champions de ces Jeux d’hiver de l’Ontario :

« Pour la gloire du sort et l’honneur de nos dans un esprit de sportivite. »

Heu... pardon ? Pourriez-vous répéter s’il vous plaît ?

« Pour la gloire du sort et l’honneur de nos dans un esprit de sportivite ».

L’honneur de nos… quoi ? De nos qui ? Et ça veut dire quoi : « la gloire du sort » ? Et la « sportivite », est-ce que ça s’attrape dans les douches publiques, cette bibitte-là ? Va-t-on chez le dermatologue ou le podiatre quand on attrape la « sportivite » ?

Misère...

Et n’allez pas chercher des explications pour cette traduction plus que boiteuse sur le site web des Jeux d’hiver de l’Ontario, ce site n’existe qu’en anglais. Et dire que le gouvernement provincial a investi un million $ dans cet événement...

On dira que la gaffe a été commise par le comité organisateur de ces jeux de la municipalité d’Orillia. Peut-être. Mais ces jeux sont chapeautés par le ministère du Tourisme, de la Culture et du Sport de l’Ontario. Voici d’ailleurs ce qu’a écrit la ministre Daiene Vernile sur le site de ce ministère :

« Je suis ravie d’accueillir tout le monde aux Jeux d’hiver de l’Ontario 2018 à Orillia ! Notre gouvernement sait à quel point il est important que les athlètes reçoivent un bon soutien pour perfectionner leurs habilités, et le programme des Jeux de l’Ontario leur procure cette importante expérience de compétition. (...) Je n’ai aucun doute que ces Jeux seront une expérience mémorable pour tous les participants et qu’ils donneront à nos jeunes athlètes talentueux l’occasion de briller ».

Tous les athlètes ont sûrement brillé lors de ces Jeux. Mais les jeunes Franco-Ontariens qui sont montés sur le podium à Orillia sont rentrés avec un souvenir plutôt amer au cou.

« La gloire du sort », j’en conclus...