Selon le chroniqueur Patrick Duquette, Clément Bélanger « veut fonder un parti politique, mais pour les mauvaises raisons ».

Les idées d’abord

CHRONIQUE / Un ancien candidat à la mairie veut former un second parti politique à Gatineau ? Bonne idée ! Ça fait longtemps que je dis que Gatineau est rendue là.

Mais je suis pour la création d’un vrai parti qui rassemble du monde autour d’une vision commune de la ville. Or j’écoutais Clément Bélanger, je l’écoutais dire une chose et son contraire, et je trouve que sa démarche est bien mal partie. Il veut fonder un parti politique, mais pour les mauvaises raisons. Selon moi, il va se planter. Et c’est dommage parce que c’est un homme articulé, intelligent — et qui a des idées.

Clément Bélanger souhaite former un parti politique essentiellement pour s’opposer à Action Gatineau. S’il n’en tenait qu’à M. Bélanger, il n’y aurait pas de parti politique à Gatineau. Mais à partir du moment où Action Gatineau existe, il faut en créer un second pour lui tenir tête, soutient-il. Un parti par défaut, en quelque sorte.

C’est vrai que le parti du maire Maxime Pedneaud-Jobin en mène large. Malgré son statut minoritaire, il domine souvent les débats au conseil municipal. Le travail d’équipe des élus d’Action Gatineau neutralise les efforts mal concertés des indépendants.

Derrière la démarche de M. Bélanger, je soupçonne qu’il y a aussi une tentative de faire jeu égal au plan financier avec le parti politique. Action Gatineau reçoit des subventions et peut recueillir des contributions électorales en tout temps — alors que les élus indépendants ne peuvent amasser de l’argent qu’en période électorale. En outre, la base militante d’Action Gatineau se transforme en une redoutable machine électorale à chaque 4 ans, un autre avantage dont sont jaloux les indépendants.

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Sauf que former un parti politique — je veux dire un vrai parti, avec des militants convaincus et une vision élaborée — n’est pas une mince affaire. C’est un travail de longue haleine. Il n’y a pas de raccourcis.

Action Gatineau a montré la voie à suivre. Ils ont commencé par mobiliser une base militante en organisant des colloques, des congrès, des sommets, conviant les citoyens à discuter de leur ville. Et à mesure que les gens se rencontraient, que les idées se précisaient, il s’est dégagé une ébauche de vision, qui a fini par devenir un programme, puis une plate-forme électorale. 

Former un vrai parti politique, avec des militants engagés, ça commence par rassembler du monde autour d’une vision commune. Or il me semble que Clément Bélanger fait les choses à l’envers.

Il commence par dire : je songe à bâtir un parti. Qui veut embarquer ? On a l’impression que les idées viendront plus tard. D’autres ont tenté cette approche. Qu’on se rappelle de l’expérience malheureuse de Démocratie Gatineau au début des années 2000, Une coquille vide de sens, sans chef et sans candidat, qui n’avait pas fait long feu.

Pourtant, Clément Bélanger en a, des idées. Il l’a démontré en campagne électorale. Il était pour les tours Brigil. Il voulait réduire les taxes. Améliorer les services de base. Stimuler le tourisme. Il a suggéré de construire une Maison du Québec sur le site de l’aréna Guertin. Il a les idées. À lui de prouver qu’il peut rassembler des gens autour de sa vision.

Car on n’en sort pas. Un parti politique se bâtit sur une vision, sur des propositions concrètes portées par des militants. C’est une approche positive. Pas une bête réaction à l’existence d’un autre parti.