Avec 66 fusillades depuis le début de l’année, la capitale est en voie de battre les 68 répertoriées l’an dernier.

Les gangs de rue

CHRONIQUE / Peut-être à cause du cinéma, on se fait une image très stéréotypée des gangs de rue.

On s’imagine des bandes de jeunes marginaux, organisés selon une hiérarchie et des codes qui leur sont propres.

Les gangs rivaux se livreraient de féroces luttes de territoire pour contrôler les lucratifs marchés de la drogue et de la prostitution.

Dans notre esprit, il y a un cerveau à la tête de chaque bande. Une sorte de parrain qui prend les grandes décisions et dirige les troupes.

Quand on entend qu’une autre fusillade est survenue à Ottawa, on s’imagine tout de suite un affrontement entre gangs ennemis.

Or il semble que cette perception très stéréotypée des bandes de rue ne correspond pas à la réalité vécue dans la capitale fédérale.

Contrairement à une perception répandue, la violence observée dans les rues d’Ottawa n’est pas très organisée, nous dit l’organisme Prévention du crime Ottawa.

Il n’y a pas de regroupement clair ni de territoire identifié à une bande ou à une autre. 

Même que les allégeances des gens impliqués dans le trafic de la drogue changeraient tout le temps, selon les intérêts et les occasions de faire un bon coup d’argent.

La violence existerait plus au sein des regroupements eux-mêmes qu’entre bandes rivales, selon les rapports. 

« Les disputes qu’on a vues, ce n’est pas entre différents groupes organisés, c’est surtout entre individus. Ce sont des allégeances qui changent tout le temps », a confié à Radio-Canada, Nancy Worsfold, directrice générale de Prévention du crime Ottawa.

C’est une nuance importante pour les organismes communautaires. Avec ce constat, ils pourront mieux cibler leurs interventions en prévention auprès des jeunes et des communautés à risque.

Mais c’est aussi un message important pour la population en général aussi.

On présentait mardi matin un rapport relatant des témoignages (anonymes) de gens ayant été impliqués dans les gangs ou dans la violence de rue.

Ils répondaient à deux questions: la première portait sur ce qui aurait pu les empêcher de sombrer dans le crime. La seconde, sur ce qui les aiderait aujourd’hui à ne pas y retomber.

Ils ont tous plus ou moins répondu la même chose: dans leur jeunesse, ils auraient aimé avoir des mentors pour leur indiquer le bon chemin à suivre. Ils auraient voulu des parents plus présents, voire des parents qui ne se droguaient pas ou ne les battaient pas...

Ils auraient voulu des infrastructures sportives dans leur quartier. Des gyms, des piscines, des terrains de soccer, des centres communautaires où s’amuser. Bref, quelque chose d’intéressant à faire après l’école, quelque chose d’autre que boire, se droguer ou retourner dans un foyer où ils ne se sentaient pas en sécurité.

Sur ce qui ferait une différence dans leur vie aujourd’hui, les jeunes ont parlé d’avoir un emploi avec un salaire décent. Ils souhaitent des employeurs qui oseront leur donner une seconde chance. Ils rêvent de voir leurs enfants plus souvent, de récupérer leur permis de conduire ou de retourner aux études. Un petit comique a même répondu qu’il souhaitait une carte-cadeau chez Wal-Mart. À chacun sa conception du bonheur.

Tout ça pour dire que la lutte contre les gangs de rue se fait beaucoup en amont. Une fois qu’un jeune est criminalisé et bien incrusté dans un gang ou dans la violence, il n’y a souvent plus rien à faire d’autre que l’arrêter et le mettre en prison.

Le vrai travail se fait avec la communauté.

Dans la nouvelle stratégie de lutte relative aux gangs de rue à Ottawa, on parle de forger une meilleure cohésion dans les quartiers, de faire de la prévention auprès des jeunes à risque. On parle de mentorat, de programme de formation et d’emplois…

Dans le fond, on parle de responsabilisation collective face à un phénomène qui gagne en ampleur. Avec 66 fusillades depuis le début de l’année, la capitale est en voie de battre les 68 répertoriées l’an dernier.