David Simard, professionnel en santé environnementale au CIUSSS du Saguenay–Lac-Saint-Jean, met en garde contre les intoxications au monoxyde de carbone.

Les frigos qui intoxiquent

CHRONIQUE / C’est le temps de l’année où les gens ouvrent leur chalet de villégiature pour la période estivale pour profiter des plaisirs de l’été, mais c’est aussi le moment de l’année où surviennent les cas d’intoxication au monoxyde de carbone (CO).

Le professionnel en santé environnementale du CIUSSS régional, David Simard, nous donne des frissons dans le dos quand il nous sensibilise sur les dangers sournois de ce gaz invisible et inodore qui fait partie de nos habitudes de vie. Il n’irrite pas non plus les yeux et les voies respiratoires, il est imperceptible.

«Dans les cas d’intoxication dans les chalets de villégiature, c’est le réfrigérateur au propane qui est responsable dans 89 % des cas qui nous sont signalés en 12 années de données, révèle David Simard, qui profite du printemps pour rafraîchir la mémoire des propriétaires d’appareils de combustion. Le réfrigérateur au propane arrive au troisième rang des responsables d’intoxication derrière les automobiles et les poêles à bois», ajoute-t-il.

Je fais partie des gens qui ont enlevé la pile du détecteur de monoxyde de carbone quand ce dernier s’est mis à faire bip-bip sans arrêt, dans un chalet de pêche que j’avais loué avec des amis en pleine forêt. «Quand un détecteur de monoxyde de carbone se déclenche dans votre maison, il faut sortir à l’extérieur et appeler les pompiers. Ces derniers sont équipés d’appareils pour mesurer le taux de CO dans la maison et détecter la fuite», fait savoir le professionnel en santé environnementale.

«Tous les appareils et véhicules qui brûlent un combustible peuvent émettre du monoxyde de carbone s’ils sont défectueux ou mal utilisés dans un endroit insuffisamment ventilé. C’est le cas des personnes qui font fonctionner des véhicules dans un garage même si ce n’est que quelques minutes», met-il en garde.

David Simard cite les cas où les personnes vont faire fonctionner un moteur hors-bord, une scie à chaîne, une souffleuse à neige, une tondeuse, un VTT ou une génératrice dans leur garage en ouvrant la porte et qu’une fois le moteur éteint, ils referment la porte pour continuer à «bazouter» dans leur garage mal ventilé. «Une longue exposition peut causer des maux de tête, des nausées, des étourdissements, de la faiblesse et un évanouissement. Dans ces cas, il faut évacuer les lieux et demander une assistance médicale, fait valoir le professionnel. Une intoxication plus grave peut conduire à la mort en quelques minutes», ajoute-t-il.

Il y a aussi tous les électroménagers au gaz ou au gaz propane comme ces fameux réfrigérateurs, ou les cuisinières, de plus en plus populaires dans les maisons. «Nous n’avons pas encore eu de cas signalés pour des intoxications dans des pavillons extérieurs où les gens utilisent des chaufferettes de terrasse ou des feux d’ambiance au propane, mais les gens doivent être très prudents et installer un détecteur de monoxyde carbone dans ces abris où on peut fermer les côtés pour se protéger des moustiques ou de la pluie», met en relief celui qui collige les données régionales.

En écoutant David Simard pendant l’entrevue, je repassais dans ma tête toutes les négligences que j’ai commises durant toutes ces années. Je lui ai promis que je ferais ramoner la cheminée du foyer à la maison et que j’allais changer la pile du détecteur de monoxyde de carbone.

«Quand on laisse mourir les cendres dans un foyer, ça n’émet pas de fumée, mais ça dégage du monoxyde de carbone. Dans tous les cas, il faut faire affaire avec des spécialistes pour faire vérifier le bon état des équipements», conseille le spécialiste en santé environnementale.

Les détecteurs de monoxyde de carbone peuvent sauver des vies.

50 cas en 2018

En 2018, il y a eu 50 cas d’intoxication au CO (20 de plus qu’en 2017) en incluant une douzaine de cas d’ordre professionnel. «Il y a eu 32 cas d’intoxications environnementales accidentelles l’année dernière. On profite donc du printemps pour rappeler aux gens l’importance d’installer un détecteur de monoxyde de carbone», fait valoir David Simard.

L’intoxication au CO est une maladie à déclaration obligatoire, mais selon David Simard, les intoxications déclarées à la Santé publique ne représentent qu’une partie des réelles intoxications. «Ce ne sont pas toutes les personnes qui ont été intoxiquées qui consultent à l’urgence ou leur médecin. Une intoxication peut avoir des conséquences à long terme sur la santé des individus», fait savoir celui qui incite les gens à consulter leur médecin en cas d’intoxication.

Sur les 287 cas d’intoxication déclarés depuis 2007, on compte 209 hommes et 78 femmes. De toute évidence, le gaz est une affaire de gars. C’est dans la résidence principale, le garage et la résidence secondaire que se produit la majorité des intoxications.