Les gens tentent de se rafraîchir du mieux qu'ils peuvent durant la canicule.

Les étés d’autrefois

CHRONIQUE / On devrait ériger un monument sur la colline parlementaire en hommage à Willis Haviland Carrier.

En hommage à qui, demandez-vous ? À W.H. Carrier. L’inventeur de la climatisation. L’inventeur du tout premier climatiseur.

Cet Américain était un génie.

Imaginez si le climatiseur n’existait pas en cette canicule interminable. Combien faisait-il hier après-midi ? Trente-six degrés ? Ou 84 avec le facteur humidex ? C’est ça ?

Je ne m’en plains pas, soyons clair. Je ne peux tout de même pas me proclamer le « chialeux anti-hiver » par excellence et me mettre à déblatérer contre l’été. On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre. Mais il fait chaud, mettons. C’est le moins qu’on puisse dire.

En fait, cette chaleur écrasante est un peu comme l’hiver. Parce qu’en hiver, on reste au chaud et on regarde du hockey ou des films. Et en cette canicule, on reste au froid et on regarde du baseball ou des films.

Je me pose une question depuis quelques jours. Que faisait-on chez nous quand j’étais enfant ? Comment mes parents faisaient-ils l’été pour contrer ces chaleurs écrasantes ?

Parce que nous n’avions pas de climatiseur dans les années 1960. Oui, l’appareil existait. Mais je devine qu’il se vendait à un coût astronomique et très loin des moyens financiers de mon père. L’achat d’un simple ventilateur était un luxe chez nous. Et un ventilateur qui n’oscillait même pas. Et en plastique.

Mais j’oublie qui étaient les chanceux qui avaient droit à ce ventilateur la nuit venue. Nous étions sept enfants chez nous et la maison comptait trois chambres à coucher. Une chambre pour les cinq gars. Une autre pour les deux filles. Et la chambre des maîtres pour Puckeye, notre chien. (C’est une blague. Mes parents couchaient évidemment dans la chambre des maîtres. Puckeye couchait au sous-sol, là où c’était frais. Le chanceux.)

Alors dans quelle chambre mon père installait-il notre seul et unique ventilateur en plastique ? J’oublie. Dans la sienne, je devine. Et on s’en fichait bien.

Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais dans ma jeunesse, ces grosses chaleurs ne me dérangeaient pas. Mais pas du tout.

Il faisait chaud. Tant mieux. Une excellente raison pour aller au Dairy Queen, n’est-ce pas P’pa ? C’est comme ça que je voyais les choses. C’est comme ça que je voyais la vie.

Nous n’avions pas de climatiseur, pas de crème solaire non plus, on passait nos journées dehors, le boyau d’arrosage devenait notre meilleur ami et nous étions bien. C’était l’été. Les journées étaient interminables. Pas d’école le lendemain. Et nous avions droit à des popsicles à volonté. L’insouciance totale, quoi.

J’oublie à quel moment et à quel âge les grosses chaleurs d’été sont soudainement devenues écrasantes et presque insupportables. À 40 ans ? À 50 ans ? Je ne sais plus.

Mais du jour au lendemain, il me fallait des climatiseurs à tout prix. Un au travail, un à la maison (central s’il vous plaît), et un autre dans ma voiture. Plus question d’avoir chaud.

C’est normal, je le sais bien. Lorsqu’on atteint un « certain âge », les grandes chaleurs peuvent devenir carrément dangereuses. Il faut se protéger. Mais j’avoue, ces chaudes journées d’été de mon enfance me manquent.

Ceci dit, c’est pour quand le monument en l’honneur de Willis Haviland Carrier ?

Et y a-t-il un rabais pour les 55 ans et plus au Dairy Queen ?