Nos environnements sont saturés d’appareils électroniques. Comme ils l’étaient, à une autre époque, par la fumée du tabac. Pas surprenant que nos enfants passent des heures devant des écrans.

Les écrans : une question de bon sens

CHRONIQUE / J’en conviens, c’est une excellente chose que le gouvernement Legault cherche des moyens de réduire le temps d’écran chez les jeunes.

Même si la recherche scientifique en est encore à ses balbutiements dans ce domaine, on sait déjà que trop de temps passé devant les écrans est dommageable à bien des égards.

Les experts notent un effet néfaste sur les habiletés langagières des enfants d’âge scolaire, sans compter un lien avec une hausse marquée de la myopie, de la dépression et de l’anxiété…

Des chercheurs vont jusqu’à comparer le temps passé devant les écrans au tabagisme des années 1960 et 1970. Vous vous souvenez ? Cette belle époque où l’on fumait même dans les hôpitaux…

« En ce moment, rien n’est fait vraiment pour aider la population à se réguler quant au temps d’écran », déplore Patricia Conrod, professeur au département de psychiatrie et d’addictologie de l’Université de Montréal, et citée dans La Presse+.

Comme parent, on rêve d’une réponse claire à cette question bien simple : combien de temps puis-je laisser mes enfants s’amuser devant un écran sans risquer qu’ils deviennent débiles ? Une heure par jour ? Deux heures ? Trois heures ?

En attendant une réponse définitive, les experts nous invitent à jouer de prudence. À appliquer le principe de précaution. Et c’est ce qu’on fait, non ?

On y va au meilleur de notre jugement pour gérer le temps d’écran de nos enfants. Ça peut être une demi-heure pour la plus jeune, une heure pour le plus vieux. Avec tout ce que ça implique de conflits et de négociations avec la progéniture qui en veut toujours plus.

Comment le leur reprocher ? Nos enfants ne sont pas fous. Ils voient leurs parents pitonner à qui mieux mieux sur leurs écrans. Moi-même, je passe des heures devant des écrans. Difficile d’y échapper. Nos environnements sont saturés d’appareils électroniques. Comme ils l’étaient, à une autre époque, par la fumée du tabac.

Et ce n’est pas tout mauvais. Je regarde mon cégépien de fils qui se sert de ses outils électroniques autant pour faire des devoirs que pour lire ou pour jouer à des jeux. Oui, il lui arrive de se coucher trop tard parce qu’il a gossé sur sa tablette jusqu’aux petites heures du matin. Mais il en est conscient. Parce qu’on en a parlé. Les négociations autour du temps d’écran ont un côté éducatif…

Oui, on va devoir, comme société, créer des stratégies pour diminuer le temps passé devant les écrans. Peut-être même que l’abus d’écran représente un problème de santé publique, comme l’affirme le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant.

Il reste qu’au bout de l’exercice, une fois que la science aura éclairé le débat, que nous aurons en main des études pour mieux baliser le temps d’écran, une chose demeurera.

Les parents et les écoles devront continuer d’user de jugement.

Ce sera encore à eux de faire l’arbitrage. De s’assurer que le temps d’écran n’empiète pas exagérément sur du temps de qualité en famille, sur les activités sportives, sur les bonnes nuits de sommeil. Pas besoin d’attendre des politiques de santé publique pour faire preuve de gros bon sens.