La Gatinoise Mélodie Collard accumule les bons coups dernièrement.

Les deux pieds sur terre

CHRONIQUE / Les choses doivent parfois défiler à très vive allure, ces temps-ci, dans la tête de Mélodie Collard. En l’écoutant parler, quelques minutes, on comprend qu’elle pourrait facilement s’égarer.

L’adolescente gatinoise a déjà passé cinq semaines au soleil, plus tôt, cet hiver.

Elle a gagné un tournoi au Panama. Elle en a gagné un deuxième, au Costa Rica.

Quelques semaines plus tard, dans la ville de San José, elle s’est inclinée en finale d’un tournoi majeur où Victoria Azarenka, Björn Borg, Roger Federer et Jana Novotna ont déjà brillé. Sur le court central du Copa del Café, elle a joué devant près de 2000 spectateurs.

Elle s’apprête à repartir pour un voyage de trois semaines en Amérique centrale. Deux autres tournois sont à l’horaire.

Ça fait déjà beaucoup à gérer. La vie sur la route. Le soleil. Se consacrer entièrement à son sport...

« C’est certain que c’est le fun. J’aime vraiment ça. Il y a des moments qui sont vraiment, vraiment trippants », m’a-t-elle confié, hier midi, quand je l’ai croisée à la Sporthèque de Gatineau.

Une fille de 15 ans pourrait facilement s’étourdir et se perdre, dans tout ça.

« Il y a des moments trippants, mais il y a des moments qui sont plus durs, aussi. Quand tu ne gagnes pas, ça devient plus dur », précise-t-elle.

Elle donne ici l’impression qu’elle parvient à garder les deux pieds sur terre. Les avions, les hôtels, les spectateurs, c’est bien beau. Dans le mesure où les succès sont au rendez-vous.

Le tennis, d’abord. Le reste passe au second plan.

L’entraîneur de longue date de Mélodie, Mathieu Toupin, m’avait dressé un petit aperçu du voyage qui s’en vient. Si l’athlète livre de belles performances, dans ses deux prochains tournois, elle pourrait facilement s’immiscer dans le top-100 du classement mondial junior.

Se retrouver parmi les 100 meilleures au monde, ce n’est pas rien. C’est un beau seuil psychologique à franchir.

« Le chiffre, en tant que tel, ne veut pas dire grand-chose, coupe la principale intéressée. Moi, je pense davantage aux opportunités qui vont s’offrir à moi si je réussis à entrer dans le top-100. »

Le duo Collard-Toupin ne fait pas de cachettes. Il suffit de poser la question. Les tournois du Grand Chelem ont des volets juniors. Les Internationaux de France débuteront dans très exactement trois mois et quatre jours.

Une Gatinoise sur la terre battue de Roland-Garros ?

Pourquoi pas ?

« Ce serait le fun de se retrouver au même endroit que les pros, en même temps qu’eux. C’est surtout le fun de se fixer des objectifs ambitieux, mais qu’on peut atteindre. »

Je me répète. Il serait facile de s’égarer, à 15 ans, en frappant des balles sur les mêmes terrains que ses idoles.

« Le circuit junior, ça représente quelque chose. En même temps, ça ne représente rien. Regarde Bianca Andreescu. Elle a bien fait, sans exceller, durant ses années chez les juniors. Elle n’a pas gagné plein de tournois du Grand Chelem. C’est maintenant, avec les pros, qu’elle fait bien. Mon but n’est pas nécessairement de devenir la meilleure joueuse junior. Je veux un jour figurer parmi les meilleures chez les pros. Si je gagne des matches dans le junior en jouant de la mauvaise façon, ça ne m’apportera rien. »

Mélodie Collard a fini par me convaincre qu’elle ne risque pas de s’égarer quand je lui ai posé l’ultime question.

« Quand t’es à la maison, entre deux voyages, as-tu hâte de repartir sur la route ?

— J’aime être chez moi, a-t-elle répondu sans une seconde d’hésitation. Après avoir gagné des gros matches, je suis contente de rentrer chez moi. J’ai toujours besoin de rentrer, de me recentrer, de travailler sur certains aspects de mon jeu. Si je m’absentais trop longtemps, je crois que mes performances deviendraient moins bonnes. Quand je reviens, un peu, je peux me recentrer. Ça me permet de repartir encore plus motivée. »

J’ai parlé un peu d’école, avant de partir. Une adolescente qui vit pour son sport peut facilement négliger les livres.

« Je fais l’école en ligne. J’ai fait un gros rush en début d’année. J’ai pris de l’avance », a-t-elle répondu.

Elle a déjà complété ses mathématiques, son français, son anglais et ses arts de quatrième secondaire. « Ma moyenne générale est d’environ 90 % », me lance-t-elle.

« Il me reste les sciences et l’histoire à compléter. Ce sont deux matières qui sont quand même correctes pour moi. »