Maxime Brinck-Croteau tentera d’obtenir un des derniers laissez-passer individuel s pour les JO 2020 de Tokyo. Maxime pratique l’escrime depuis maintenant 22 ans.

Les deux filets de Maxime

CHRONIQUE / Ce n’est pas la façon idéale de commencer une entrevue. Désolé, Maxime. Je constate que nous n’avons à peu près rien écrit à son sujet au cours des deux dernières années.

En sa qualité d’olympien — 27e au concours individuel à l’épée aux Jeux de Rio, Maxime Brinck-Croteau est un des meilleurs athlètes de l’Outaouais.

« T’as pas à t’excuser, a répondu l’escrimeur avec empressement. Je pratique un sport méconnu. Disons qu’on ne se retrouve pas en manchette trop souvent... »

« Aussi, j’avais pratiquement annoncé ma retraite après Rio. J’avais tellement de mal à gérer ma douleur. La simple action d’enfiler mes bas, chaque matin, me faisait excessivement souffrir. »

Bonne nouvelle. Brinck-Croteau ne souffre plus. Grâce aux bons soins d’un ami chiropraticien, il a décidé de remettre à plus tard l’intervention chirurgicale qu’il devait subir.

Ce n’est pas la seule chose qui a été repoussée. « Je suis all-in jusqu’à Tokyo », déclare-t-il avec enthousiasme.

Obtenir un ticket pour les JO de l’été 2020 sera tout, sauf facile. Il est le premier à reconnaître qu’il faudrait « une série de quatre ou cinq miracles » pour que le Canada se qualifie au concours par équipe, à l’épée.

Brinck-Croteau devra donc se battre pour obtenir un des derniers laissez-passer individuels qui sont alloués aux représentants de la zone des Amériques.

Encore une fois, ce ne sera pas de la tarte.

« C’était la même chose pour Rio. Ça s’est joué sur une journée, au fond. Lors de la dernière épreuve de sélection, aux championnats pan-américains, j’ai remporté une médaille d’argent », se souvient-il.

« Moi, ça fait 22 ans que je pratique l’escrime. Je commence à réaliser que j’ai acquis bien des choses, là-dedans. Je pratique ce sport pour les bonnes raisons. En ce moment, j’essaie simplement de me surpasser. Je veux juste finir ma carrière sur un gros blast. Si jamais ça ne fonctionne pas, j’ai toujours mon safety net. J’ai quand même eu la chance de réaliser ce rêve quand je suis allé à Rio. »

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Un safety net, comme un filet de sécurité. Dans une longue conversation, mercredi, Maxime Brinck-Croteau a utilisé cette expression à deux occasions.

La deuxième fois, c’était pour parler de ce qu’il compte faire après Tokyo.

Sur papier, il est ingénieur. Il a suivi sa formation à l’Université du Québec en Outaouais. Il a utilisé son diplôme pendant une courte année, alors qu’il était à l’emploi d’une firme d’ingénierie de Gatineau.

« Mes études en Génie, au fond, m’ont servi à passer quelques années de plus à la maison. Mes parents s’étaient engagés à me loger et à payer mes droits de scolarité tant que j’étudiais. Grâce à eux, j’ai pu mettre tout mon argent dans le trou noir financier qu’était l’escrime », raconte-t-il avec humeur.

« J’ai un diplôme. C’est un autre safety net. Je l’ai comme un peu mis de côté », précise-t-il.

Débrouillard, le jeune Maxime a trouvé le moyen de gagner sa vie grâce à l’escrime. Il s’est d’abord expatrié en Chine pour enseigner son art. Il a passé quatre belles années en Asie. Quand il est rentré au pays, il s’est déniché un autre boulot d’entraîneur, dans la région de Toronto.

Depuis quelques semaines, Brinck-Croteau est de retour à la maison. Il prépare son mariage, qui aura lieu plus tard cette année. Il a le goût de déposer ses valises. Il a le goût de rentrer à la maison.

Il aimerait consacrer ses énergies à développer l’escrime dans sa région.

« Je sais où je veux aller. Je ne sais pas encore très bien quel chemin emprunter », avoue-t-il.

Il pense commencer, littéralement, à la case départ. Le Masque de fer, club d’escrime où il a fait ses classes, s’entraîne toujours dans la palestre de l’école secondaire Nicolas-Gatineau. Ça le désole.

« Le club a placé des tas d’athlètes dans les équipes canadiennes au fil des ans, mais on s’entraîne toujours dans la même palestre où j’ai fait mes débuts, en 1999. Ça n’a pas de sens ! C’est un peu comme si un club s’entraînait dans un gymnase où il n’y a pas de paniers ou de lignes pour délimiter l’espace, sur le plancher. »

Son premier objectif sera donc de trouver un domicile permanent et adéquat pour travailler avec la relève.

Maxime, l’athlète, n’a pas toujours défrayé les manchettes. J’ai comme l’impression que Maxime, le coach, le bâtisseur, saura faire parler de lui.