Dans les CHSLD, un résident qui veut jouer au bingo doit payer ses cartes 25 sous chacune, pas plus que quatre par semaine.

Les cartes de bingo

CHRONIQUE / C’est un tout petit montant, 25 sous, on ne peut plus acheter grand-chose avec ça, peut-être des jujubes au dépanneur.

Même plus un appel dans une cabine téléphonique.

Dans les CHSLD, c’est le prix d’une carte de bingo, quand il y a du bingo. Chacun des résidents qui veut jouer doit payer ses cartes, pas plus que quatre par semaine. Le gros lot est symbolique, quelques dollars.

Le montant est prélevé dans l’argent de poche des résidents, une sorte de petite caisse qui sert à payer ce qui n’est pas inclus dans le forfait de base, comme la coiffeuse, les achats à la boutique du CHSLD, les sorties au restaurant.

Des gâteries.

Au Centre intégré universitaire en santé et en services sociaux (CIUSSS) de la capitale nationale, on explique que le bingo est généralement organisé par des bénévoles, que les 25 sous vont dans la cagnotte. «Plusieurs de nos résidents jouaient au bingo dans leur ancienne vie», souligne René Bouchard, adjoint au PDG.

On limite le nombre de cartes pour que tout le monde suive le jeu.

Une piastre par semaine, max.

C’est la même chose pour les personnes qui sont sur la Curatelle, on pige un caribou pour avoir une carte.

Un homme m’a appelée, sa femme est en CHSLD depuis un certain temps, il se demandait pourquoi il devait maintenant remplir un formulaire en trois copies pour déposer de l’argent dans la petite caisse de son épouse. Avant, la préposée à l’accueil s’occupait du dépôt, lui communiquait le solde aussitôt.

Maintenant, ça peut prendre sept jours.

Depuis le 23 février, le CIUSSS a uniformisé ses pratiques pour l’ensemble des «petites caisses», dont le total monte à 760 000 $. «Le dépôt s’effectue à la direction des finances, pour que ce ne soit pas une seule personne qui manipule l’argent et qui effectue la transaction. C’est pour prévenir la fraude, il faut s’assurer de bien gérer l’argent que les gens nous confient.»

Aucun cas de fraude n’a été signalé. «On préfère ne pas attendre que ça arrive. Le principe de base, c’est que le processus doit être sécuritaire.»

Ça se défend. 

Même si on a pris quelque chose de simple, et qu’on l’a compliqué.

C’est le monsieur qui m’a dit que sa femme devait payer pour jouer au bingo, quand je lui ai demandé à quoi servait l’argent qu’il déposait. 

Je trouve ça cheap.

On s’entend là-dessus, ce n’est pas un scandale, ça n’émouvra pas grand-monde au ministère. Si ça se trouve, personne n’est au courant. René Bouchard m’explique que ça fonctionne comme ça depuis longtemps. 

«Personne ne s’en est plaint.» 

Évidemment. On a bien d’autres choses pour lesquelles se plaindre en CHSLD et personne n’est contraint à jouer au bingo. Mais quand même. Me semble qu’il y a quelque chose d’absurde à faire payer un montant, même dérisoire, pour pouvoir faire un aussi dérisoire gros lot.

Ne serait-ce que pour ne pas avoir à gérer des 25 ¢.

Déjà qu’on a les bénévoles ou encore le responsable des loisirs, quand il y en a un, pour animer les parties, que le CHSLD doit seulement «fournir le personnel pour s’occuper des résidents», ce qu’il doit faire de toute façon, bingo ou pas. 

On est dans les principes, dans les économies de bout de chandelle.

À coups de 25 cennes.