L’idée du conseiller Daniel Champagne de profiter du projet de modernisation de la bibliothèque Guy-Sanche pour faire de cet édifice un véritable centre culturel mérite qu’on s’y arrête.

Les bibliothèques, ces mal-aimées

CHRONIQUE / On s’est éloigné un peu des couches lavables pour discuter des vraies affaires mercredi au conseil municipal de Gatineau.

Les élus ont parlé des bibliothèques municipales. Et de l’asphalte, bien sûr, puisqu’on se plaît à mettre constamment en opposition ces deux enjeux lors des débats budgétaires.

Je m’attendais à des réminiscences de la dernière campagne à la mairie où on a beaucoup entendu dire que « le vrai monde » ne veut pas de bibliothèques. Que ça coûte trop cher.

Mais mercredi matin, rien de tout ça… ou si peu. Comme si on avait enfin compris qu’une grande ville peut à la fois construire des bibliothèques ET asphalter ses rues.

J’ai bien aimé l’idée du conseiller Daniel Champagne. Il veut profiter de la modernisation de la grosse bibliothèque Guy-Sanche dans le secteur Gatineau pour transformer l’édifice en véritable centre culturel. Il a raison, il y a une réflexion à faire en ce sens-là.

L’édifice abrite déjà la Maison de la culture, avec une salle de spectacle qui a remporté de nombreux prix et une galerie d’art. Qu’est-ce que ce serait d’y faire une place pour des artistes émergents ? On pourrait même y louer des instruments de musique, à l’exemple de la Bibliothèque publique d’Ottawa. Tous les ingrédients sont réunis pour faire de cet endroit une véritable… bibliothèque centrale. Nous y revoilà, l’air de rien : où est le vrai centre-ville de Gatineau ? Dans le secteur Hull ou dans le secteur Gatineau ? Mais c’est un autre débat.

C’est vrai que la population de Gatineau n’est pas chaude à l’idée de dépenser des millions pour de nouvelles bibliothèques. Je l’ai entendu moi-même de la bouche de plusieurs citoyens lors de la récente élection. On peut les comprendre. Les bibliothèques actuelles ne paient pas de mine. Les succursales Lucien-Lalonde, Lucy-Faris ou de la Maison du Citoyen font dur. On s’y sent à l’étroit, écrasés par les masses oppressantes de livres qui encombrent les étagères. Tellement qu’on a presque de la misère à respirer.

Pas étonnant que les taux d’abonnements à la bibliothèque de Gatineau soient inférieurs à la moyenne québécoise et de beaucoup à la moyenne canadienne. Le conseiller Mike Duggan a même proposé de bannir le mot « bibliothèque », devenu invendable politiquement, pour le remplacer par « centre culturel », une appellation soi-disant plus rassembleuse. Je doute qu’une pirouette sémantique suffise à changer la perception du public.

Comme l’a dit le conseiller Gilles Carpentier, il faut bien appeler un chat, un chat… surtout lorsque vient le temps de remplir une demande de subvention auprès du gouvernement du Québec. C’est la bonne nouvelle dans toute l’affaire : on s’apprête à débloquer des fonds en haut lieu pour subventionner des projets de bibliothèque. Voilà qui aiderait à soulager l’impact fiscal sur les contribuables gatinois.

Là où M. Duggan a raison, c’est qu’il y a beaucoup à faire pour redorer l’image de la bibliothèque municipale. La future succursale du Plateau, qui a fait l’objet d’un concours d’architecture, pourrait y contribuer de manière déterminante. Voilà la vitrine idéale pour vendre une bibliothèque centrale à la population.

Le maire Maxime Pedneaud-Jobin en est d’ailleurs convaincu. La future succursale du Plateau, avec son toit vert, ses grandes baies vitrées et sa terrasse extérieure, deviendra un excellent argument de vente. « Ça me fait même un peu peur. Tous les quartiers vont en vouloir une pareille… », confie le maire.

Bien des gens ont encore l’impression qu’une bibliothèque est un banal entrepôt de livres. Ils ont besoin qu’on leur démontre à quoi ressemble une bibliothèque moderne, de même que l’impact qu’elle peut avoir sur la vie communautaire.

Dans une ville comme Gatineau, il n’y a pas de raison que les gens lèvent le nez de la sorte sur leurs bibliothèques. Le niveau d’éducation de la population est plus élevé que la moyenne. On a un fabuleux Salon du livre. La région compte sur toute une industrie du savoir liée à la haute technologie. On a des universités, des collèges…

Non, il n’y a pas de raison.