Sylvain St-Laurent
Au cours des huit matches où Mario Duhamel a été aux commandes des 67’s, l’équipe n’a pas subi de défaite.
Au cours des huit matches où Mario Duhamel a été aux commandes des 67’s, l’équipe n’a pas subi de défaite.

Les belles Fêtes de Mario

CHRONIQUE / Juste avant Noël, André Tourigny m’a dit qu’il partait avec la conscience tranquille. Il s’envolait vers l’Europe avec Équipe Canada junior, convaincu que ses adjoints le remplaceraient adéquatement derrière le banc des 67’s d’Ottawa.

« Je suis vraiment choyé, qu’il m’avait dit. Je mise sur un vrai groupe d’entraîneurs, pour m’épauler. »

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Il m’avait parlé de Mario Duhamel, en particulier. Un adjoint de luxe, qui pourrait occuper, n’importe où, un poste d’entraîneur-chef.

« Je parie que mes adjoints vont me faire mal paraître », avait-il ajouté, sur un ton léger.

André Tourigny a vraiment dit tout cela.

En quelque part, il n’avait pas vraiment le choix.

André Tourigny

En tant que chef d’entreprise, il ne pouvait pas faire autrement. Il devait soutenir, en surface, son personnel de soutien.

Le reste appartenait à Duhamel. 

Les 67’s avaient déjà le vent dans les voiles. Ils avaient remporté huit matches consécutifs. Il devait trouver une façon de continuer à gagner.

Duhamel a trouvé un moyen.

Les 67’s avaient huit matches à jouer en l’absence du grand patron. Ils ont réussi à les gagner tous les huit.

Ils surfent maintenant sur une séquence de 16 victoires consécutives.

Je me suis rendu à la Place TD, mardi matin. J’ai patiemment attendu Duhamel. Il a été le dernier à quitter la patinoire, au terme de la séance d’entraînement.

Je lui ai simplement demandé si quelqu’un a passé un plus beau temps des Fêtes que lui, dans la vaste région d’Ottawa-Gatineau

Il a juste ri.

« C’est un bel angle », a-t-il fini par répondre, en s’arrêtant pour jaser.

***

Le contexte est important, ici.

Duhamel est un entraîneur professionnel. Il a donc choisi de faire carrière dans un domaine extrêmement difficile.

Dans la Ligue nationale, le Canadien de Montréal s’est donné le mandat de toujours embaucher des entraîneurs bilingues. L’organisation semble vouloir faire de même avec son club-école de Laval.

Ailleurs, il arrive qu’on donne une chance à un homme de hockey francophone. Mais c’est rare.

Pour tous les autres, il reste les 18 organisations de la LHJMQ et les (trop rares) programmes universitaires.

On évalue souvent les compétences d’un entraîneur en s’appuyant sur les succès qu’il a obtenus dans sa dernière affectation.

Et on se souvient fort bien de ce qui s’est produit, lorsque Duhamel a occupé son dernier poste d’entraîneur-chef.

Il a été remercié après cinq courts mois travaillés chez les Olympiques de Gatineau.

En lui cédant sa place pendant quelques semaines, Tourigny lui a offert l’opportunité de rétablir un peu sa réputation.

« L’équipe va toujours passer avant tout », commente Duhamel. 

« J’ai quand même ma fierté personnelle. Pour de bonnes ou de mauvaises raisons, ça ne s’est pas bien passé à Gatineau. En tant qu’entraîneur, en tant qu’être humain fier, il était important pour moi de performer. Je voulais démontrer aux joueurs et me prouver à moi-même que je suis un bon leader et que je peux bien faire les choses. »

« C’est clair que c’était un bon défi. C’est ainsi que je l’ai abordé. »

André Tourigny jure que Duhamel a tout fait seul. Il dit qu’il a passé un seul coup de fil à la Place TD, durant son voyage d’affaires en Europe. Une affaire de rien, un détail communiqué. Une minute à jaser au téléphone, tout au plus.

Duhamel, de son côté, nous dit que la tâche n’a pas été trop difficile.

Il n’était pas trop satisfait du travail accompli par ses protégés, durant la première période de son premier match. C’était le match revanche de la série aller-retour contre les Olympiques.

Au vestiaire, une petite mise au point s’est imposée. « Veux, veux pas, le changement amène l’instabilité. Certains joueurs avaient peut-être des appréhensions. Je travaille habituellement avec les défenseurs. Les attaquants n’étaient pas habitués de m’entendre, de cette façon, durant les matches. »

« J’ai dit aux gars que mes responsabilités changeaient. Pas ma personnalité. »

Tout le reste appartient à l’histoire. Les 67’s ont dominé leurs adversaires 48-15, au chapitre des buts, à partir de ce moment-là.

Duhamel n’est pas fermé à l’idée de reprendre la direction de son propre club junior, un jour.

Il faudra voir à quel point les huit dernières victoires ont fait grimper sa cote.

Au minimum, elles lui auront permis de passer un très beau temps des Fêtes.