Les animaux et le climat

CHRONIQUE ENVIRONNEMENT/ Quand on parle de lutte aux changements climatiques, les végétaux sont au premier plan. Par exemple, avec Carbone boréal, nous avons planté, en 10 ans, plus de 1,2 million d’arbres, qui vont contribuer à capter environ 145 000 tonnes de CO2. Les arbres, par la photosynthèse, captent le dioxyde de carbone, principal gaz responsable du réchauffement climatique. Ils le stockent sous forme de matière ligneuse pendant un siècle ou plus. Mais qu’en est-il du rôle des animaux dans l’équation ? Les animaux se nourrissent de végétaux et retournent le dioxyde de carbone dans l’atmosphère par leur respiration. Une étude publiée dans la revue Science, le 7 décembre, a étudié cette question. Les auteurs ont compilé les données de nombreuses études faites dans des contextes expérimentaux et en pleine nature, et les constats sont fort intéressants.

D’abord, il n’est pas surprenant que les herbivores réduisent la capacité des plantes à stocker le carbone. Ils les consomment. Mais lorsqu’on introduit des carnivores, l’effet se stabilise, et on voit même des gains dans certains écosystèmes, comme les forêts, les prairies, dans les lacs et les océans.

L’abondance de l’ours ou du loup dans les forêts boréales permet de limiter les populations d’herbivores, donc de favoriser la séquestration du carbone, en permettant le maintien d’espèces feuillues. Dans le Pacifique, la loutre de mer, en mangeant les oursins, protège les grandes algues laminaires qui stockent elles aussi d’importantes quantités de carbone. Et cela n’affecte pas que le CO2. Par exemple, dans les lacs, certaines bactéries dites méthanotrophes se nourrissent de méthane, un gaz à effet de serre dont l’effet sur le réchauffement est 28 fois plus important que celui du CO2. Certaines espèces de zooplancton mangent ces bactéries, ce qui augmente la libération de méthane du lac. Si on y introduit des perchaudes qui sont des poissons planctonivores, la libération de méthane du lac est réduite de 50 %.

Mais les herbivores n’ont pas qu’un effet négatif. Dans les écosystèmes de prairie, ils accélèrent le cycle des nutriments, ce qui favorise la séquestration du carbone dans les sols par les graminées. Dans la réserve du Serengeti, en Tanzanie, la population de gnous avait beaucoup diminué dans les années 1960 en raison du braconnage et des maladies. On a alors assisté à une augmentation des feux de brousse, puisque la végétation qui n’était plus broutée constituait un stock de combustible propice aux grands feux dans les périodes sèches. Le territoire perdait alors plus de carbone qu’il n’en fixait. Avec la protection du parc naturel et le rétablissement de la population de ces bovidés, les incendies ont diminué en ampleur, et le parc est redevenu un puits de carbone.

Malgré leur faible biomasse par rapport aux végétaux, les animaux jouent un rôle important dans le cycle du carbone et leur présence dans des écosystèmes complexes contribue aux services écologiques par leur diversité. Habituellement, on parle de l’effet négatif du réchauffement climatique sur la biodiversité. Dans cet article, les auteurs nous permettent de comprendre qu’il y a aussi un effet de la biodiversité sur la lutte aux changements climatiques. En créant de nouvelles forêts ou en reboisant des territoires dégradés, on crée des conditions favorables à l’habitat d’espèces animales qui contribueront par leurs relations trophiques à l’équilibre de la biosphère.

Bien sûr, il faut aussi conserver des forêts et les gérer en tenant compte des habitats fauniques, car des forêts en santé contribuent mieux aux équilibres planétaires. Cette étude nous permet de voir comment les trois grandes conventions signées à Rio lors du Sommet de la Terre en 1992 sont complémentaires. La lutte contre la désertification et la conservation de la biodiversité vont de pair avec la lutte aux changements climatiques. En écologie, tout est lié.