Il y a quelques ressemblances entre Doug Ford et Donald Trump. Mais il y a aussi des différences.

Les airs trumpistes de Doug Ford

CHRONIQUE / Bien voilà, mon vieux, ça, c’est un politicien populiste.

C’est vrai que Doug Ford a de petits airs de Donald Trump.

Dans sa façon d’insister sur ses promesses comme si c’était des formules magiques qu’il suffisait de répéter, et de répéter pour qu’elles se réalisent.

C’est ce qu’il a fait lundi midi alors que sa campagne faisait un arrêt dans un restaurant du secteur Orléans, à Ottawa, en plein dans le fief de la ministre libérale sortante, Marie-France Lalonde.

Doug Ford a promis de mettre plus d’argent dans les poches des Ontariens. Et de réduire la facture d’Hydro. Et de mettre plus d’argent dans les poches des Ontariens. Et de réduire la facture d’Hydro. Et de mettre plus d’argent dans… je vous l’ai-tu dit ? C’était pour être certain que vous ayez bien compris.

Parce que c’est ce que le vrai monde veut, a insisté Doug Ford. Plus d’argent dans leurs poches. Et la Ford Nation d’applaudir à tout rompre.

« C’est ce que j’aime de Doug Ford : il appelle un chien, un chien, et un chat, un chat », m’a dit Claude Iluju Kiringa, un militant conservateur d’Orléans, prof d’université, francophone et originaire du Congo.

J’en profite ici pour souligner une caractéristique du populisme de Doug Ford. Il n’est pas que blanc, comme celui de Donald Trump, et touche une diversité de gens.


« C’est ce que j’aime de Doug Ford : il appelle un chien, un chien, et un chat, un chat »
Claude Iluju Kiringa, un militant conservateur d’Orléans

« À la différence de Trump qui est raciste, Doug Ford ne l’est pas, reprend M. Kilinga. Trump se dit un homme du peuple. Mais ce n’est qu’une façade. Alors que les Ford, Doug et son défunt frère Rob, sont issus d’un milieu modeste. Jamais je ne voterais Trump, mais je vais voter Doug Ford. »

Il reste que Doug Ford ressemble à Trump dans sa manière d’interpeller constamment Kathleen Wynne. Comme s’il voulait personnifier en elle tous les scandales et les déboires des libéraux au pouvoir depuis 15 ans en Ontario. Il ne va pas aussi loin que Donald, il ne dira pas « crooked » Kathleen, comme Trump le disait d’Hillary Clinton. Mais le ton est le même, le sous-entendu aussi : la PM libérale est à la solde de l’establishment et de l’élite avant d’être au service du petit peuple. Le petit peuple qui veut quoi ? Eh oui, plus d’argent dans ses poches…

Après son allocution, Doug Ford a dit qu’il allait prendre les questions des « wonderful medias ». Il l’a dit sur le même ton qu’il emploie pour parler de Kathleen Wynne. Pas sûr du tout qu’il nous trouve si merveilleux. Un autre point commun avec Donald.

Les journalistes ont demandé à Doug Ford s’il avait des engagements précis pour les francophones de l’Ontario. Il a répondu (en anglais) que les francophones veulent la même chose que tout le monde. Quoi, au juste ?

Répétez après moi : plus d’argent dans leurs poches.

Mais encore, M. Ford ? Ce projet d’université francophone, mis de l’avant pas les libéraux, vous allez-en faire quoi ? Il a dit qu’il en discutera avec les responsables une fois élu à Queen’s Park. Flou comme engagement, vous dites ? Rien qu’un peu, oui.

On a posé la même question au candidat conservateur dans Orléans, Cameron Montgomery, un professeur de l’Université d’Ottawa qui s’exprime très bien en français. Celui-ci se satisfait tout à fait de l’« ouverture » de son chef à la francophonie. « C’est juste qu’il veut traiter tous les Ontariens sur un même pied d’égalité. Il ne va mettre personne sur un piédestal. »

Un piédestal ? Comme si protéger les droits des minorités linguistiques, c’était de les mettre sur un piédestal ! Dans les cas des Franco-Ontariens, c’est une question de vitalité linguistique, voire de survie. C’est vrai que le populisme de Ford n’est pas aussi réducteur que celui de Trump. Mais il demeure tout aussi détestable quand il réduit les enjeux de la minorité francophone à une banale affaire d’argent.