Les «campeurs de Bayview» ont été sommés de quitter leur camp de fortune dimanche.

«L’épicentre de la drogue»

CHRONIQUE / Les jours, pour ne pas dire les heures, sont comptés pour les « campeurs de Bayview ».

Ils sont une douzaine de sans-abri qui, depuis avril, vivent sous des tentes montées dans un boisé situé près de la station de train Bayview, au centre-ville d’Ottawa, à deux pas des plaines LeBreton. Avant, certains d’entre eux habitaient une maison de chambres de la rue LeBreton. Mais un incendie a ravagé cet immeuble en avril dernier et, faute de logements abordables, les sinistrés n’auraient eu d’autre choix que de se tourner vers le « camping urbain ». Et la plupart des résidents de ce campement improvisé s’étaient installés pour l’hiver en se maintenant au chaud par des chauffages au kérosène alimenté par des batteries de voiture.

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Mais triste ironie du sort – ce qui devait arriver arriva – un incendie s’est déclaré dans l’une des tentes la semaine dernière. Et les « campeurs » font maintenant face à un avis d’éviction, tant pour leur sécurité que pour celle du public.

Mais où les loger ? Où les diriger ?

La réponse évidente : l’Armée du salut ou les Bergers de l’espoir, dans le marché By. Ou encore tout autre endroit à Ottawa qui offre de l’hébergement d’urgence.

Le hic, c’est que ces « campeurs » ne veulent rien entendre de ces centres de refuge déjà débordés. Ils luttent déjà contre une dépendance, ils ne veulent pas être replongés là où les drogues de rue sont facilement accessibles. Leur chez-soi, leurs points de repère et les centres où ils reçoivent les traitements, les services et l’aide nécessaire à leur survie se trouvent tous à proximité de leur camping de fortune.

Le propriétaire de la tente incendiée, Justin Bolger, a déclaré à Radio-Canada, dimanche, que la Ville d’Ottawa leur aurait offert des chambres d’hôtel temporaires à Vanier. Il n’y a pas de Hilton à Vanier, même pas de Holiday Inn. Mais une chambre dans un petit hôtel de quartier coté d’une ou de deux étoiles est tout de même mieux que la rue. Mieux aussi qu’une tente de camping par nuit glaciale.

Mais lorsque la Ville aurait proposé ces chambres d’hôtel temporaires aux « campeurs de Bayview », Justin Bolger a répliqué :

« Nous sommes tous à différentes étapes de traitement de nos dépendances, et nous envoyer à l’épicentre de la drogue, ça ne va pas aider. […] La plupart d’entre nous font du bénévolat ici, au Centre de santé communautaire Somerset West. Pourquoi voudrions-nous aller à Vanier ? »

Ces gens tentent de se reprendre en main, de refaire un peu leur vie. La tâche est ardue. Les défis sont nombreux. Ils sont fragiles, vulnérables.

Et là, on voudrait les retirer de leur milieu, loin de leurs points de repère, loin de tout ce qui leur est familier et loin des gens qui leur ont tendu la main pour les aider, pour les parker dans ce qu’ils qualifient « l’épicentre de la drogue », là où tout pourrait vite basculer.

Ça en dit long, je trouve, lorsque les sans-abri eux-mêmes refusent de « séjourner » à Vanier.

Et dire que l’Armée du salut veut quitter le marché By pour s’installer dans un tout nouveau centre de refuge à… Vanier, et y aménager 140 lits de court séjour comme hébergement d’urgence.

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