L’enseignement du hamster

CHRONIQUE / C’est connu : la compagnie d’un animal domestique permet d’aborder divers sujets avec les enfants. Avec notre poisson combattant (Betta Splendens), on avait parlé de suicide il y a quelques années. Vous vous souvenez, le nono avait sauté en dehors de son aquarium un mardi après-midi. Je l’avais retrouvé tout séché au milieu de la cuisine.

À l’époque, on n’avait pas fait de cérémonie. Qui s’attache vraiment à un poisson qui tourne en rond dans un bocal ?

En plus, dans le temps, je faisais partie de ceux qui jugent (un peu) les gens qui traitent leur animal domestique comme un membre de la famille. Une attitude née d’un manque d’expérience, je l’avoue. Jamais je n’ai eu un animal avec lequel ça a vraiment connecté. Pas de chien pour lancer la baballe. Pas de chat affectueux qui s’est blotti contre moi en ronronnant le temps d’un film de filles. Pas de perruche.

Jamais je n’aurais cru le phénomène possible... et ça aura pris un rongeur pour m’attendrir. Grâce à Queurte, j’ai tout compris.

Normalement, un hamster chinois peut vivre jusqu’à trois ans. Si on ignorait complètement que notre petite bête à poils munie d’abajoues logeables trimbalerait un matin des testicules proéminents, ça, nous le savions. Notre petite aussi.

Elle profitait donc de tous les instants en sa compagnie. Tout le contenu du bac de recyclage était matière à lui construire une maison ou un labyrinthe. Avec elle, il a expérimenté le trampoline, voyagé en voiture, visité des amies et la parenté et appris ce qu’était une préposition et un polygone.

La surprise a donc été totale, un soir en revenant de l’école, quand Laurencio a découvert son Queurty, normalement hyperactif, inanimé. Il partageait notre quotidien depuis seulement six mois.

Pauvre petit minou. Elle en tremblait. Sa peine était la même qu’au jour où j’ai décidé d’envoyer sa suce au Roi Lapin. Grande et douloureuse.

Même moi j’étais sous le choc. On niaise souvent à dire qu’on « s’attache à ces p’tites bêtes-là », mais il faut le vivre pour le croire. Moi, attachée à un rongeur ? Les chances étaient aussi élevées que de me voir faire du hula-hoop sur le toit d’un avion en plein vol.

Mais la vie peut être surprenante des fois.

Bref. Laurence a pris son petit ami et l’a déposé tout doucement dans la boîte qui contenait sa première paire de souliers, des Maniqui rouges traversés de lignes vertes et orange. Pendant ce temps, j’ai creusé un trou profond dans le jardin. Après avoir flatté sa fourrure gris marron jusqu’à la dernière minute, elle y a couché son urne improvisée avant d’y jeter, de sa petite main, une première poignée de terre. Au printemps prochain, Queurty fera fleurir nos fèves jaunes et nos concombres libanais. L’idée l’apaisait. Le lendemain, elle souhaitait toutefois ravoir vite un nouveau hamster.

Sa demande m’a chamboulée. Et si on prenait d’abord le temps de vivre ce deuil, que je pensais. Réflexion qui a fait sourire mon chum.

— Chérie, on parle ici d’un HAMSTER !

Oui, peut-être, mais elle y était attachée, que je lui ai dit. Il était parfait pour elle. Elle lui partageait ses joies et ses peines. C’était son ami.

Normal sachant qu’un animal domestique est une véritable éponge à émotions.

La preuve, les deux hamsters qui ont suivi étaient, disait-elle, trop vigoureux, trop gros, pas assez calmes, etc. En fait, c’est allé trop vite. Elle tentait toujours de retrouver Queurte dans ses nouveaux compagnons. D’ailleurs, toutes mes lectures à ce sujet indiquaient que c’était rarement une bonne idée d’adopter un nouvel animal pour combler le manque.

C’est cliché, mais le temps arrange les choses...

J’en profite donc pour offrir mes condoléances à tous ceux qui ont récemment perdu leur vieux chat ou leur bon chien. Car en plus de provoquer un grand vide, leur départ renvoie souvent à notre solitude, voire à notre propre mort. Surtout chez les personnes âgées.

Plus jamais je ne lèverai les yeux au ciel en entendant le récit de gens qui pleurent la mort de leur animal de compagnie. Fini le temps où j’avais une roche à la place du cœur devant le deuil animalier. Mon hamster m’aura prouvé qu’effectivement, leur départ peut ronger un petit cœur longtemps.