L’arrivée d’un refuge de 350 lits risque de chambouler la vie dans le quartier Vanier.

L’enjeu oublié

CHRONIQUE / Et si on parlait un peu, juste un peu, de santé publique? Parce que dans toute cette saga autour du déménagement du refuge de l’Armée du Salut à Vanier, il me semble qu’on a négligé d’éclaircir cet enjeu.

Est-ce que d’installer un mégarefuge de 350 lits dans le quartier Vanier aidera à résoudre les problèmes d’itinérance à Ottawa? C’est pourtant une question centrale, mais qui n’est abordée que du bout des lèvres depuis le début de cette histoire.

L’Armée du Salut défend avec acharnement le modèle de mégarefuge qui a toujours été le sien. Peut-être que ça facilite les choses au plan de la gestion. Mais est-ce que de concentrer ainsi toute la misère au même endroit favorisera la réhabilitation, l’insertion et la réintégration sociale des itinérants?

J’en doute, même si je ne suis pas un spécialiste de la question.

Mais avec tout ce qu’on connaît aujourd’hui des problèmes de santé mentale et du phénomène de l’itinérance, on peut se demander si ce modèle de vaste complexe pour sans-abri n’est tout simplement pas dépassé.

D’ailleurs, même la Ville d’Ottawa ne préconise plus ce genre d’approche. Son programme pour contrer l’itinérance, baptisé Logement d’abord, propose d’offrir des logements supervisés dans la communauté plutôt que des gros refuges de plusieurs centaines de lits.

Quand l’Hôpital Montfort s’est mêlé du débat, c’était justement pour rappeler que la tendance actuelle est d’offrir des logements d’aide éparpillés sur le territoire plutôt que de concentrer toute la misère dans le même secteur.

D’ailleurs, je m’interroge sur le silence de Santé publique Ottawa. L’organisme refuse de commenter le dossier. Il me semble pourtant bien placé pour éclairer le débat au moyen de faits et d’études. Par exemple, pourquoi ne pas faire une recension des meilleures pratiques contre l’itinérance dans des villes de tailles comparables à Ottawa?

Il me semble que ce débat a besoin d’un minimum de réflexion pour sortir du bourbier actuel.

Tout ce qu’on entend, c’est que personne ne veut du nouveau mégarefuge. Ça, on l’a bien compris. Vanier n’en veut pas, le centre-ville n’en veut plus. Je ne jette pas la pierre aux résidents de Vanier. L’arrivée d’un refuge de 350 lits a de quoi chambouler profondément la vie de n’importe quel quartier.

Mais on a l’impression que les motivations politiques ont pris toute la place dans ce dossier. Contrairement à son habitude, le maire Jim Watson a rapidement pris position en faveur du projet, peut-être trop heureux de voir l’Armée du Salut quitter le centre-ville. Quant au conseiller Mathieu Fleury, qui se bat contre le déménagement à Vanier, il a lâché avec amertume que «la politique, c’est dégueulasse» après sa défaite devant le comité d’urbanisme vendredi dernier.

Tout ce climat de confrontation n’aide en rien à bâtir un minimum d’acceptabilité sociale autour du projet.