Lorne Boyd fêtera son centième anniversaire le 11 novembre prochain.

L’enfant de l’Armistice

CHRONIQUE / Lorne Boyd tient à remercier sa mère qui lui a donné naissance le 11 novembre 1918. Le jour même où les hostilités prenaient fin en Europe, après quatre ans d’un conflit mondial sanglant et meurtrier.

Cent ans plus tard, ce vétéran de la Seconde Guerre mondiale a encore l’œil vif, le pied alerte et le sens de l’humour bien aiguisé. « Eh oui, je suis né le jour de l’Armistice », me glisse-t-il avec un sourire espiègle.

« J’imagine que je dois remercier ma mère. Parce que si j’avais été à la Première Guerre mondiale, je suis pas mal certain que je n’en serais pas ressorti vivant ! »

Voilà, ça vous donne le ton de ma conversation avec M. Boyd que j’ai rencontré à la Place Mont Roc de Hawkesbury où il habite. La direction de la résidence s’apprêtait à fêter son 100e anniversaire de naissance avec des membres de sa famille, du poulet et des ribs comme il les aime.

« À la Légion canadienne, ils m’ont aussi organisé un petit quelque chose », me glisse le bientôt vénérable centenaire.

M. Boyd se réjouit de ne pas avoir participé à la Première Guerre mondiale. Mais c’est pourtant lui, de son propre chef, qui s’est enrôlé pour participer au second grand conflit mondial en 1942. « Par sens du devoir ! », m’explique-t-il, soudain sérieux.

Mais il a été réformé. À cause d’un problème de vision.

« J’avais seulement un œil de bon. Au bureau de recrutement, ils m’ont dit qu’ils n’envoyaient pas au front les gars comme moi. À moins d’être très, très mal pris… »

Avec le recul, il s’amuse d’avoir été réformé en raison d’une mauvaise vision. Jusqu’à la semaine dernière, il conduisait fièrement sa Crown Victoria 1994 à travers les rues de Hawkesbury. Le gouvernement de l’Ontario vient juste de lui retirer son permis de conduire. D’ailleurs, il n’a pas l’intention de se laisser faire. « Ce n’est pas fini cette affaire-là ! », jure-t-il.

Lorne Boyd, qui est né le jour de l’Armistice, est un vétéran de la Seconde Guerre mondiale.

Même s’il a été jugé inapte au service militaire outremer, M. Boyd a fait partie de la réserve durant la Seconde Guerre mondiale. Au grand désespoir de sa femme, il consacrait au moins une semaine de ses vacances estivales à aller s’entraîner dans un camp militaire à Farnham, dans les Cantons-de-l’Est.

« J’étais chauffeur, raconte-t-il. Un jour, il a fallu tester un Bren Gun Carrier (une chenillette d’infanterie) afin de déterminer si elle était capable de franchir une large tranchée protégée par un parapet. »

« Comme personne ne se portait volontaire, j’ai fini par dire : il faut bien que quelqu’un le fasse, alors je vais le faire. J’ai fait quelques tours du champ pour prendre un maximum de vitesse et… j’ai atterri 5 ou 6 pieds de l’autre côté de la tranchée », raconte-t-il en riant.

« C’est la plus grande émotion que j’ai vécue de toute la guerre. Non, je ne passerai pas à l’histoire pour cela. On en a fait des choses stupides à l’époque. Nous étions si jeunes… »

M. Boyd a tout de même contribué à sa façon à l’effort de guerre. Durant le second conflit mondial, il a travaillé dans une usine d’aviation qui fabriquait sous licence des bombardiers anglais Handley-Page Hampden.

Après la guerre, il a eu une vie bien remplie, toujours dans le domaine de l’aéronautique.

Il m’a montré des photos de ses 4 enfants et de sa défunte épouse avec qui il a été marié pendant 50 ans. Il m’a parlé de ses voyages à l’étranger, de son bateau, des endroits où il a habité dans la région de Lachute et de Montréal.

Je l’ai taquiné en voyant une bouteille d’alcool fort sur une photo prise dans un hôtel étranger. « Oui, il y avait souvent une bouteille autour, m’a-t-il confirmé en riant. Mais c’est fini ce temps-là ! »

Sa mère, qu’il remercie de lui avoir donné naissance le jour de l’Armistice, a vécu jusqu’à 102 ans. « Vous me semblez dangereusement en forme pour un quasi-centenaire », lui ai-je lancé.

« Franchement, j’ignore si je suis en forme pour un gars de 100 ans, a-t-il rétorqué. C’est la première fois que ça m’arrive… »