Le gouvernement de François Legault pousse plus loin la distinction du Québec au sein du Canada. Pour le pire, selon certains; pour le meilleur, selon plusieurs.

Legault rouvre les options

CHRONIQUE / Le premier ministre François Legault parle de nationalisme plutôt que d’autonomisme. Il n’empêche que son gouvernement a résolument mis le cap sur une gouvernance autonomiste.

Ne présumons pas des résultats. Mais le contraste est frappant avec le gouvernement de Pauline Marois, qui peinait même à mettre un peu de chair autour de l’os de sa très officielle «gouvernance souverainiste».

Immigration et laïcité. Il ne s’agit pas de reprendre encore une fois ici le débat sur la pertinence des décisions prises par le gouvernement Legault en ces matières. Mais de les mettre en exergue pour souligner qu’à travers elles, il élargit le concept de «société distincte» — bien qu’il n’ait pas encore obtenu l’accord qu’il désire avec Ottawa en immigration.

Pour espérer parvenir à son objectif sur ce plan, il aura sans doute besoin de l’élection des conservateurs d’Andrew Scheer l’automne prochain.

Quoi qu’il en soit, le gouvernement de François Legault pousse plus loin la distinction du Québec au sein du Canada. Pour le pire, selon certains; pour le meilleur, selon plusieurs.

Il peut être soupçonné de vouloir chercher des querelles avec Ottawa pour conserver les faveurs d’une partie importante de l’électorat québécois — Ottawa étant généralement et historiquement confiné au rôle de vilain. Mais notez la différence : le gouvernement Marois, lui, n’était pas simplement soupçonné, mais carrément accusé de vouloir créer et entretenir des querelles dans le but de mousser l’option souverainiste, laquelle était par ailleurs déjà pas mal tombée en berne.

Or — et c’est là que je veux d’abord en venir —, ces accusations paralysaient le gouvernement de Pauline Marois avant même qu’elles ne soient lancées.

Elles le paralysaient tout autant que le fait d’être coincé par son statut de gouvernement minoritaire.

Le gouvernement Legault bénéficie du poids de l’opinion publique. Celui de Mme Marois en pâtissait.

Des exemples

À terme, le gouvernement de la Coalition avenir Québec mettra en vigueur une disposition législative sur la langue française flottant dans les limbes depuis pas moins de 17 ans. Celle-ci fera en sorte que les communications écrites de l’administration publique québécoise avec les personnes morales établies au Québec devront être uniquement rédigées en français. Le gouvernement Marois n’avait pas manifesté cette intention.

L’équipe ministérielle de Mme Marois aurait-elle eu du mal à décréter le transfert de deux écoles de la commission scolaire English-Montréal à la commission scolaire de la Pointe-de-l’Île? Elle aurait probablement craint d’être accusée par l’opinion publique en général de faire fi des droits de la minorité anglophone québécoise.

Pourtant, cette décision se défend. Elle est malheureusement rendue nécessaire en raison d’une irresponsable absence de planification datant de nombreuses années.

Sans complexes

Là où le gouvernement de Pauline Marois voyait ou craignait des coûts politiques, celui de François Legault voit des opportunités politiques. Voilà là où je voulais finalement arriver. L’équipe Legault avance sans complexes.

L’opportunité politique? Elle est le résultat d’une évaluation entre, d’une part, la priorité qu’on accorde ou qu’on peut se permettre d’accorder à telle ou telle chose et, d’autre part, les bons commentaires que tel ou tel élément pourrait déclencher par rapport aux polémiques qu’il pourrait au contraire susciter.

En bout de course, l’opportunité politique correspond à la différence qu’un gouvernement entrevoit entre les coups qu’il est susceptible d’encaisser et le niveau d’approbation qu’il s’attend à recevoir. Le gain réel est encore plus positif, évidemment, lorsque les voix de désapprobation nourrissent la satisfaction du plus grand nombre.

Le «nous» de Marois

Pour le pire, selon certains; pour le meilleur, selon plusieurs… Le gouvernement Legault pousse plus loin la distinction du Québec au sein du Canada. Il donne au fond du coffre au «nous» que Pauline Marois avait tenté de réhabiliter il y a plus de 10 ans.

Ces éléments font rêver de nombreux indépendantistes, qui y voient un futur nouveau socle pour rebondir. C’est possible. Rien n’est impossible dans la vie.

Mais cet approfondissement de la distinction du Québec au sein du Canada pourrait aussi démontrer, avec le temps, qu’Ottawa et les autres provinces s’ajustent à la nouvelle donne québécoise, ou du moins l’acceptent. Qui sait?

Une conclusion? Elle est d’ordre général, mais pleinement politique : le gouvernement Legault rouvre les options.

Dans ce Québec d’aujourd’hui et de demain, une nécessité cependant demeurera : faire du «nous» de Pauline Marois un «nous» inclusif. Un «nous» pour tous. C’est notre défi collectif à tous.