La nouvelle députée de Louis-Hébert, Geneviève Guilbault, a été accueillie par le caucus caquiste mercredi. Pas peu fier de la victoire de sa nouvelle recrue, le chef, François Legault, a souligné qu’elle avait fait tomber «la forteresse» libérale «avec panache».

L’effet d’entraînement

CHRONIQUE / Il y a toujours un facteur de chance en politique. Les caquistes l’admettent volontiers, ils n’auraient jamais obtenu 51 % des voix dans Louis-Hébert si leur premier candidat, Normand Sauvageau, n’avait pas été obligé de céder sa place. C’est la personnalité de Geneviève Guilbault qui leur a valu un tel succès.

C’est là où le bât blesse pour les libéraux : la campagne électorale dans Louis-Hébert a été tellement médiatisée qu’elle a créé une vedette pour la Coalition avenir Québec, une vedette qui incarne le changement.

C’est justement ce dont François Legault a besoin en vue des prochaines élections générales : des candidats jeunes et articulés qui vont faire rêver de changement à un électorat désillusionné. Plus vous avez de Geneviève Guilbault et de Simon Jolin-Barrette dans votre équipe, plus il devient facile d’en attirer d’autres. Et je tiens de bonnes sources que c’est précisément ce sur quoi François Legault travaille depuis quelques mois.

Les libéraux sont bien conscients de la situation. Ce n’est pas pour rien que Philippe Couillard promet de «transformer» le Québec depuis quelques semaines. Après 15 ans de pouvoir presque ininterrompu, ils subissent le sort de tous les gouvernements en place depuis longtemps et qui sont confrontés au désir de changement de leur population. Mais le premier ministre a beau promettre de transformer le Québec, il n’est plus perçu comme un agent de changement. Il a beau vanter le courage de son équipe qui a libéré le Québec de ses déficits chroniques, les critiques sur l’attente aux urgences ou les mauvais services dans les CHSLD font plus de bruit que son discours.

Mardi, le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, a fait valoir que deux de ses députés, Catherine Fournier (Marie-Victorin) et Marc Bourcier (Saint-Jérôme), ont également été élus avec des majorités similaires à celle obtenue par Geneviève Guilbault dans Louis-Hébert. Il a raison, mais ces deux circonscriptions appartenaient déjà au PQ et n’ont pas eu droit à un battage médiatique aussi important que celui qui a prévalu dans Louis-Hébert. Malgré son expérience et ses compétences indéniables, M. Bourcier n’est pas connu sur la scène nationale. Quant à Catherine Fournier, malgré sa jeunesse et toute la place que le PQ lui accorde dans ses évènements publics, elle n’a pas impressionné la galerie au point d’être perçue comme un agent de changement dans l’équipe péquiste.

Mardi, comme c’est la coutume après une telle rebuffade dans une élection complémentaire, les rumeurs sont reparties de plus belle sur un remaniement imminent du conseil des ministres. C’est théoriquement possible, puisque l’Assemblée nationale sera en pause la semaine prochaine. Mais un remaniement ministériel aussi rapide serait perçu comme un geste de panique. Et à moins de faire un chambardement considérable, quasi impossible dans le contexte actuel, l’accueil de deux ou trois nouvelles figures au cabinet ne serait pas perçu comme un vent de changement. La nomination de Sébastien Proulx à l’éducation a été bien reçue, mais M. Proulx, ancien leader parlementaire de l’ADQ sous Mario Dumont, était déjà connu, et jouissait aussi d’une grande expérience parlementaire. Les quelques jeunes dont parlent les libéraux lorsqu’ils évoquent le changement n’ont pas sa notoriété et son expérience.

Au fond, la «transformation» du Québec dont nous parle le premier ministre depuis quelque temps devrait d’abord passer par la transformation de son équipe. Mais à un an des élections générales, une telle transformation est quasi impossible à l’interne, et il est trop tôt pour aller puiser à l’externe.