L’économie circulaire est-elle une solution ?

CHRONIQUE / Dans une chronique publiée le 23 octobre, je faisais référence à un rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) sur les prévisions de la demande en matériaux à l’horizon 2040. Il ressortait clairement de ce rapport que nous allions encore amplifier les problèmes environnementaux actuels si la croissance économique se maintient, dans un contexte de croissance démographique. Il est assez évident qu’on ne peut pas régler les problèmes en faisant plus de la même chose qui est à leur origine. Mais, peut-on faire autrement ? Comment faire plus et mieux avec moins ? C’est le défi auquel veut s’attaquer l’économie circulaire.

En principe, l’économie circulaire est une approche systémique qui s’applique au cycle de vie et à la chaîne de valeurs des produits et des services que nous consommons pour réduire les impacts négatifs du premier et augmenter les retombées positives de la seconde. De façon caricaturale, l’économie linéaire, celle qui domine notre monde actuel, vise à produire plus au moindre coût afin de satisfaire une demande présumée infinie justifiée par les besoins d’humains avides de confort et de nouveauté. On peut ainsi réaliser des profits en maîtrisant les coûts de matériel et de main-d’oeuvre pour déclasser la concurrence, mais aussi en stimulant la demande par la publicité. Tout ce processus est linéaire, c’est-à-dire que chaque étape nourrit la suivante sans retour en arrière. C’est le modèle « extraire-fabriquer-jeter ».

La résultante est qu’on extrait de plus en plus de ressources et qu’on produit de plus en plus de déchets. Tout au long du processus, les entreprises essaient de privatiser des profits et de collectiviser les impacts négatifs, considérés comme des externalités. Cette déresponsabilisation est favorisée par la mondialisation des entreprises et des marchés. Les faibles redevances sur les ressources naturelles, l’absence de règles de protection des travailleurs ou de règles environnementales strictes deviennent des avantages comparatifs qui justifient la délocalisation des entreprises. En revanche, dans une économie circulaire, les étapes de la production, de la consommation et du recyclage sont interdépendantes et pensées en fonction d’une optimisation globale. Cela implique de nombreux changements. D’abord, il faut penser pour les consommateurs en termes de services plutôt que de biens. Il faut donc parler d’une économie de partage. Par exemple, on peut améliorer sa mobilité avec des automobiles ou des vélos qu’on utilise au besoin avec un abonnement.

Dans un tel système, la durée et la qualité des biens deviennent des facteurs de rentabilité. Ils peuvent donc être conçus pour être réparés ; et leurs composantes, pour être recyclées en fin de vie. Idéalement, le fabricant demeure propriétaire de son produit. Cela permet de créer beaucoup plus de valeur par unité produite. Dans le domaine alimentaire, il faut favoriser les chaînes d’approvisionnement courtes grâce auxquelles producteurs et consommateurs peuvent bénéficier des retombées économiques sur un même territoire et recycler les matières fertilisantes localement. Les maîtres mots sont : penser globalement le cycle de vie des produits et services, réduire les pertes et augmenter l’efficacité, responsabiliser les acteurs tout au long de la chaîne de valeur et créer un maximum de retombées positives sur le plan social, économique et environnemental.

Tout cela nécessite un réel changement de paradigme de la part des consommateurs comme des gouvernements et des entreprises. Un des chefs de file dans la promotion de l’économie circulaire est la Fondation Ellen MacArthur, créée en 2010, en Angleterre, mais on retrouve des initiatives à ce sujet un peu partout dans le monde. L’idée est belle, et il faut y travailler. Le développement durable nécessite ce changement. Mais il y a du travail à faire, car le gaspillage et la déresponsabilisation sont bien en selle !