Patrick Duquette
Le Droit
Patrick Duquette
La nouvelle bibliothèque Donalda-Charron de Gatineau est entourée d’un jardin communautaire à l’arrière, de structures de jeux, d’un skate-parc, d’une patinoire.
La nouvelle bibliothèque Donalda-Charron de Gatineau est entourée d’un jardin communautaire à l’arrière, de structures de jeux, d’un skate-parc, d’une patinoire.

Le vrai game changer

CHRONIQUE / Pour être belle, est elle belle la nouvelle bibliothèque Donalda-Charron de Gatineau.

Même si elle n’est pas tout à fait terminée, elle se démarque déjà par son architecture élégante.

De grandes baies vitrées, des lignes épurées. On devine déjà les espaces intérieurs lumineux, vastes, aérés, modernes. Avec de jolies structures de bois décoratives.

Bref, on est loin de l’image de la bibliothèque sombre et poussiéreuse, où il est interdit de parler sous peine d’expulsion.

Une bibliothèque qu’on a d’ailleurs voulu forger à l’image du quartier. 

Les citoyens ont participé au choix du nom, d’une oeuvre d’art et à la conception architecturale. 

Quant au «spot», il est idéal. 

Elle est entourée d’un jardin communautaire à l’arrière, de structures de jeux, d’un skate-parc, d’une patinoire.

Le marché public du samedi attire déjà les foules.

Qu’est-ce que ce sera quand Agora, le gros complexe commercial, ouvrira ses boutiques et cafés dans quelques mois?

Bref, le quartier-dortoir du Plateau, le quartier où j’habite, est en train de reprendre vie.

Et cette bibliothèque publique, qui serait déjà ouverte sans la COVID, en deviendra le coeur.

La conseillère Isabelle N. Miron, responsable de la culture à la Ville de Gatineau, en parle avec enthousiasme.

La bibliothèque Donalda-Charron, prédit-elle, sera un «game changer» dans le vieux débat entre l’asphalte et les bibliothèques à Gatineau.

«Beaucoup de Gatinois pensent encore qu’une bibliothèque est un endroit où piler des livres. Il leur suffira d’entrer à Donalda-Charron pour se convaincre du contraire», lance-t-elle.

Ça, ça reste à voir. Mais j’y reviendrai.

Il suffit de s’informer un peu pour comprendre tout ce qu’une bibliothèque moderne peut apporter à une ville. 

«Les bibliothèques conçues comme des entrepôts de livres sont une image du passé», tranche Marie Martel, experte en bibliothéconomie de l’Université de Montréal. 

Aujourd’hui, c’est la connexion entre la bibliothèque et sa communauté qui importe.

Autant le prêt de livres permet de transmettre des connaissances dans la communauté, autant la communauté peut partager ses propres connaissances par le biais de la bibliothèque. «Ça va dans les deux sens», image l’experte.

La nouvelle bibliothèque Donalda-Charron de Gatineau.

Les bibliothèques publiques deviennent des lieux d’échanges, de débats. Dans une société où la diversité culturelle cause des malaises, elles servent à bâtir des ponts entre les communautés. C’est ainsi qu’une bibliothèque de Montréal a organisé une rencontre entre des résidents et des Juifs hassidiques, raconte Mme Martel.

«On peut en faire des lieux de culture, de pratique créative, de rencontre avec les citoyens, etc, poursuit-elle. Les bibliothèques deviennent un appareil intéressant à proposer aux citoyens parce qu’elles peuvent répondre à une diversité de besoins. En Europe, plusieurs administrations municipales investissent davantage dans les bibliothèques que dans d’autres d’infrastructures en raison de l’élargissement de leur rôle.»

Maintenant, c’est une chose de construire de jolies bibliothèques. Encore faut-il leur donner les moyens de leurs ambitions.

«Quand on parle de programmer des activités, d’organiser des débats, de faire du développement de compétence technologique ou numérique dans les bibliothèques, et bien ça prend du monde pour faire ça», reprend Marie Martel.

Du monde?

À ce chapitre, la bibliothèque de Gatineau fait figure d’enfant pauvre au Québec.

Son personnel comptait 37 employés à temps plein, en 2018, pour une population d’environ 280 000 personnes, selon StatBib.

Un ratio de 13 employés par 100 000 habitants qui la place au dernier rang parmi les plus grandes villes du Québec — et bien sous  le seuil du service de base établi par le ministère de la Culture et des Communications.

Oui, il se construit de plus en plus de bibliothèques au Québec. Des bibliothèques plus belles que jamais. Donalda-Charron ne fait pas exception.

«Maintenant, il faut faire en sorte que la programmation sociale, culturelle, communautaire soit à la hauteur de leur qualité architecturale. C’est le défi d’aujourd’hui», ajoute l’experte Marie Martel.

Le vrai «game changer», il est là.