Les médecins nous disent que les risques d’effets secondaires des vaccins sont minimes.

Le virus de la peur

CHRONIQUE / La vaccination contre la grippe ? Je suis pour, totalement pour.

Je n’ai pas peur, pas une seconde, de tomber malade parce que je me fais vacciner.

Les médecins nous disent que les risques d’effets secondaires sont infimes. Je les crois sur parole, ce sont eux, les experts.

Les théories voulant que les campagnes de vaccination massives soient de sombres machinations orchestrées par des géants de la pharmaceutique, je n’embarque pas là-dedans, pas une miette.

Je crois même que c’est un acte de solidarité de se faire vacciner contre la grippe. On ne le fait pas seulement pour se protéger soi, mais aussi pour préserver le troupeau. Surtout les plus vulnérables comme les personnes âgées, les enfants et les malades chroniques.

Le discours antivaccin m’agace au plus haut point par son hypocrisie. Ceux qui refusent un vaccin pour des motifs idéologiques profitent de ce que la majorité de la population est protégée pour ne pas attraper le virus.

Ils oublient que la vaccination de masse, devenue un acte très sécuritaire au fil du temps, a permis d’éradiquer des maladies dévastatrices comme la polio ou la rougeole.

J’aime cette idée que pour obtenir l’immunité de groupe, chaque individu qui se fait vacciner accepte un très, très faible risque d’effet secondaire. Ce qui veut dire que ceux refusent de jouer le jeu compromettent l’efficacité du processus…

J’ai l’air de vous faire la morale ?

Pantoute.

Parce que malgré tout ce qui précède, je ne vais  presque jamais me faire vacciner contre la grippe saisonnière. 

Et non, je n’ai rien d’intelligent à dire pour ma défense, Votre Honneur.

Si je vous dis que c’est trop compliqué, que je n’ai pas le temps, que ça ne me tente pas d’aller me faire piquer sur le bras, c’est une bonne excuse ? Non ? C’est bien ce que je pensais.

La dernière fois que j’ai pris rendez-vous pour faire vacciner ma fille dans une pharmacie, elle est tombée malade la veille. Un simple rhume, pas une grippe. Alors j’appelle la pharmacie pour remettre le rendez-vous. Je tombe sur un répondeur plein. J’ai oublié de rappeler. C’est une bonne défense, ça, monsieur le juge ? Un répondeur plein ?

Attendez avant de me lancer la première pierre. Je suis comme la majorité de mes congénères. Le Québec est la province où la population se fait le moins vacciner, selon Statistique Canada. À peine 24 % de la population s’est fait inoculer le vaccin contre le virus de l’influenza en 2014.

Qu’est-ce qui explique ça ?

D’après une étude réalisée par l’Institut national de santé publique, les Québécois ont le sentiment qu’ils ne risquent pas vraiment d’attraper la grippe s’ils ont une bonne hygiène de vie. Et que même s’ils étaient frappés par le virus, ce ne serait pas si grave. 

Les Ontariens n’ont pas la même attitude, eux qui sont beaucoup plus nombreux à se faire vacciner (34 % de la population en 2014). Faut dire qu’ils y ont goûté en 2003, lors de l’épidémie meurtrière de SRAS. En tout, 44 Canadiens en sont morts, tous dans des hôpitaux de Toronto. Ça laisse des marques.

Il me revient que la dernière fois que je me suis fait vacciner, c’était en 2009. L’année du virus A(H1N1). Vous vous souvenez de l’atmosphère de fin du monde qui régnait à l’époque ? Les médias ne parlaient que de ça. C’était comme si la grippe espagnole préparait son grand retour. Les Gatinois faisaient la file dès l’aube à la porte des CLSC pour obtenir un rendez-vous dans une clinique de vaccination.

Comme quoi, la meilleure campagne en faveur de la vaccination, ce sera toujours la peur virulente de tomber malade, très malade…