Gilles Vandal
Le candidat Joe Biden veut représenter les démocrates pour les présidentielles de 2020.
Le candidat Joe Biden veut représenter les démocrates pour les présidentielles de 2020.

Le slogan de Joe Biden

ANALYSE / Les huit années que Joe Biden passa auprès de Barack Obama en tant que vice-président représentent la ligne la plus éloquente de son CV. Comme Obama est demeuré le plus populaire des dirigeants démocrates, Biden profite de cette association politique. Néanmoins, celle-ci ne peut pas à elle seule expliquer le soutien constant depuis huit mois de l’électorat démocrate à son égard.

Depuis l’annonce de sa candidature à la présidence américaine en avril dernier, Biden martèle un message simple, mais efficace. Il propose tout simplement d’oublier les trois dernières années et il promet, s’il est élu, un retour à la normale en redonnant de la civilité au discours politique américain.

Avec son slogan, Biden ne fait pas preuve d’une très grande originalité. En 1920, Warren Harding utilisa cette expression pour conquérir la Maison-Blanche comme porte-étendard républicain. Néanmoins, cet apophtegme lui permit de remporter 37 États et d’obtenir 404 des 531 votes au collège électoral.

Contrairement à la plupart de ses adversaires démocrates qui proposent un agenda très radical, Biden a compris que la majorité des Américains désirent par-dessus tout que les choses reviennent à la normale. Les Américains veulent simplement avoir un président dont ils seront heureux de montrer la photo à leurs petits-enfants. Ils veulent un président démontrant qu’il sait comment faire fonctionner le gouvernement et affiche la souplesse nécessaire pour conclure des compromis avec le Congrès.

Biden décode clairement le besoin généralisé de ses concitoyens. Ces derniers ne veulent pas d’une révolution ou d’un héros pouvant dramatiquement transformer la situation. Ils ne veulent plus d’agitation politique ou d’une grande chirurgie sociale, mais une simple restauration de l’ordre des choses, un simple retour à la normalité.

Face à Donald Trump, Biden est généralement perçu comme un antidote. Aussi, il mène en conséquence une campagne astucieuse basée sur des interventions entrecoupées de courtes pauses. Dans ses apparitions publiques, il offre aux électeurs ce que Trump ne peut pas leur offrir : la normalité. Par sa simple présence, il reflète l’image qu’il est capable de diriger un gouvernement fonctionnant normalement.

Les démocrates sont habitués de choisir des porte-étendards inspirants comme Roosevelt, Kennedy, Clinton ou Obama. Être un candidat sans trop de charisme qui propose simplement un retour à la normalité peut paraître quelque peu ennuyeux. Mais en 2020, les électeurs démocrates et les indépendants ne recherchent pas les émotions fortes. 

Après avoir connu Trump, de nombreux électeurs ne veulent pas d’un dirigeant fougueux. Ils veulent simplement un peu de calme, de sérénité et de confort. Ils ne veulent pas un dirigeant avec lequel ils seront en amour, mais un avec lequel ils vont se sentir familiers, avec lequel ils seront à l’aise.

Le message du « Retour à la normale » semble être tout aussi efficace en 2020 qu’il l’a été en 1920. La promesse contenue dans ce slogan est efficace tout simplement parce qu’elle survient dans la foulée de l’administration Trump. Gouvernant exclusivement au profit de sa base, Trump exaspère la majorité des électeurs par sa détermination à accentuer — plutôt qu’à aplanir — les divisions déchirant la nation américaine. Tout ce qu’il fait sort de la normalité.

Différents sondages nationaux, incluant ceux de Fox News, révèlent que la majorité des démocrates partagent un objectif bien simple : battre Trump pour ramener la politique américaine à la raison. En conséquence, ils désirent avoir un candidat qui est capable d’unir leurs concitoyens, non pas un qui cherche à mener une guerre contre l’extrême droite. 

En désaccord avec la façon de gouverner de Trump, ils s’inquiètent des dommages que ce dernier cause à la démocratie américaine. Par ses attitudes de fanfaron et ses sorties intempestives sur Twitter, Trump continue sans arrêt de perturber la vie normale de ses concitoyens. Aussi, Biden représente pour eux le candidat pouvant ramener l’Amérique à une vie politique normale.

Avec une expérience politique s’étalant sur cinq décennies, Biden est perçu par les trois quarts des électeurs démocrates comme le candidat le plus apte à redonner un leadership stable et fiable aux États-Unis. Sa réputation de modéré fait en sorte qu’il est perçu comme le seul candidat de premier plan étant vraiment à l’écoute de son parti.

Ses principaux adversaires démocrates ont endossé un agenda audacieux promettant d’offrir aux Américains un programme unique et universel de santé, de rendre l’éducation universitaire gratuite et de donner à l’Amérique un New Deal vert, etc. Pour ces derniers qui adhèrent à un agenda progressiste identitaire, Biden projette un profil trop vieux jeu et pas assez progressiste. Aussi, ils n’hésitent pas à dénoncer son long bilan comme étant trop sexiste, voire raciste, pour ses compromissions passées.

La route de Biden vers l’investiture démocrate est loin d’être garantie. Mais depuis huit mois, il est perçu par la grande majorité des démocrates comme étant le candidat ayant les meilleures chances de réaliser leur objectif premier, celui de vaincre Trump. Son aura d’éligibilité représente son plus grand atout.

N’en déplaise à la frange progressiste du parti démocrate, Biden, avec son grand sourire, ses origines ouvrières, sa façon posée d’articuler ses propos, demeure pour la plupart un individu très sympa, le petit gars de Scranton. Le personnage de l’oncle Joe qu’il cultiva au cours des décennies le rend non seulement attachant, mais il fait aussi contraste avec l’image brutale de Trump.


Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.