Le porte-parole en santé de la coalition Équité Outaouais, le Dr Gilles Aubé

Le retour du Dr Aubé

CHRONIQUE / Voilà que le Dr Gilles Aubé reprend du service en politique à la veille des élections provinciales au Québec. Non, il ne sera pas candidat péquiste pour une 5e fois dans Hull. Il se joint plutôt à une nouvelle coalition citoyenne, syndicale et communautaire appelée Équité Outaouais.

Ce qu’elle revendique ? L’équité, bien entendu.

L’équité en santé et en éducation postsecondaire pour l’Outaouais, deux chevaux de bataille dont on a beaucoup entendu parler. Mais aussi l’équité en matière de financement des groupes communautaires de la région qui seraient, eux aussi, sous-financés par rapport au reste du Québec.

En conférence de presse mardi matin, les membres de cette coalition citoyenne ont dévoilé toute une panoplie de chiffres pour étayer leur prétention : l’Outaouais n’a pas droit à sa juste part en santé et en éducation. Sous-entendu : le gouvernement de Philippe Couillard et les députés libéraux de l’Outaouais sont à blâmer pour leur inaction. Certains intervenants l’ont d’ailleurs souligné à gros traits lors de la période de questions réservée au public.

Selon le Dr Aubé, Québec devrait construire l’équivalent d’un troisième hôpital en Outaouais pour rétablir la parité avec le reste de la province. C’est d’ailleurs ce que nous disaient aussi des médecins spécialistes de la région, il y a quelques semaines.

Juste en santé, il manquerait 40 médecins de famille, 227 spécialistes, 139 pharmaciens, 975 infirmières et 2085 travailleurs de la santé pour que l’Outaouais puisse se comparer avec d’autres régions du Québec. Quant au sous-financement chronique de l’Outaouais, il se chiffrerait à 182 millions par année.

Le portrait n’est pas tout noir. D’ailleurs, Équité Outaouais a reconnu certains mérites aux libéraux, que ce soit l’ouverture de la superclinique Médigo, l’urgence pédiatrique de Gatineau, le CLSC de Saint-André-Avellin ou la nouvelle maison des naissances. Le recrutement des médecins de famille va aussi très bien.

Pour l’instant, c’est du côté des médecins spécialistes que le bât blesse. Le retard dans le recrutement est considérable en Outaouais et on voit mal comment on pourra en attirer des tonnes avec des hôpitaux vieillissants et des blocs opératoires qui fonctionnent au ralenti.

Maintenant, Équité Outaouais se veut un regroupement… apolitique. Ce sera difficile avec Gilles Aubé comme porte-parole en santé ! Comme candidat péquiste, il ne manquait pas une occasion de répéter que l’Outaouais était la grande oubliée du Québec et que les libéraux n’en avaient que pour la région de Montréal, plus payante politiquement.

J’entends déjà le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, discréditer les propos d’Équité Outaouais en disant : «Bien oui, on sait bien d’où ça vient, ces chiffres-là…. »

C’est ce qu’il a fait, il y a quelques semaines, lorsque Santé Outaouais 2020 a déposé un rapport accablant sur les effets néfastes de la réforme de la santé dans le Pontiac. Le Dr Aubé est aussi associé à ce groupe.

Quant à la porte-parole en matière d’éducation postsecondaire d’Équité Outaouais, Suzanne Tremblay, elle a beau affirmer qu’elle s’implique comme citoyenne d’abord, elle demeure quand même présidente du Syndicat de l’enseignement de l’Outaouais. Difficile de dissocier les deux rôles !

De toute manière, qu’Équité Outaouais soit vraiment apolitique ou non ne change rien à la pertinence des données présentées mardi et qui illustrent de nombreuses iniquités.

Comme l’Alliance pour la cause de l’enseignement supérieur l’avait fait à l’élection de 2014, Équité Outaouais met la table à un débat intéressant et bien documenté en vue des prochaines élections provinciales. C’est une bonne chose pour la démocratie.

Le Dr Aubé n’est peut-être plus candidat au poste de député dans Hull, il a quand même trouvé le moyen de se payer une traite aux dépens de ses vieux rivaux libéraux. Si ça trouve, il aura encore plus de liberté de parole que lorsqu’il se présentait pour le Parti québécois.